Cofidis - Place au Jeune
De gauche à droite : Bryan Coquard,
Milan Fretin, Raphaël Jeune et Alex Aranburu.
Reléguée en Pro Tour mais toujours invitée sur les grandes courses, l’équipe nordiste s’est renouvelée avec un manager, Raphaël Jeune, qui souhaite apporter de « l’humanité » pour relancer ses cadres et propulser ses coureurs d’avenir.
"On doit préparer l’avenir avec les coureurs arrivés récemment… (…)
Je pense que c’est du jamais vu chez Cofidis.
La moyenne d’âge est passée de 31 à 28 ans"
- RAPHAËL JEUNE, MANAGER DE COFIDIS
27 Jan 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX
Cofidis a lancé sa saison dans la discrétion, début décembre, à travers un communiqué laconique listant son nouvel effectif. Pas de grand discours vantant les mérites d’un tel ou d’un autre, ni de bilan de l’exercice 2025. La relégation en Pro Tour, la Deuxième Division professionnelle mondiale, dit assez la médiocrité sportive qu’il s’agit d’oublier en retournant bosser dans un climat plus serein depuis l’éviction de Cédric Vasseur du poste de manager général, fin septembre.
Son successeur, Raphaël Jeune (50 ans), est moins connu du grand public mais déjà familier des coureurs et du staff, établi depuis presque dix ans dans la structure à travers le partenariat entre Cofidis et la marque Look, dont il était responsable du sponsoring. Sa connaissance des lieux n’a pas précipité sa démarche. « Il lui faut un petit temps d’adaptation pour prendre un peu de distance et voir comment tout fonctionne » , remarquait Bryan Coquard en décembre.
Ressouder l’équipe
Le nouveau patron veut surtout éviter le dirigisme reproché à Vasseur. « Il n’y avait pas beaucoup de choses à changer mais à apporter, explique-t-il. J’ai toute une équipe avec moi, on communique beaucoup. En manager général, je ne me prends pas pour le président de la République. Peut-être que je serai parfois un peu plus dur, mais je dois rester tel que les coureurs me connaissent. Je veux parler à tout le monde, aux coureurs, au staff, aux assistants, aux juristes… Je pense que c’est ce qu’il manquait à cette équipe: de l’humanité. »
« C’était le moment qu’on se redonne une dynamique » , pointait Gilles Sauret, le président du directoire de Cofidis, en octobre. Raphaël Jeune prend pour exemple Benjamin Thomas, un des coureurs apparemment lessivés par les brouilles internes en cours de saison, et qui s’est pourtant battu pour finir le Tour de Lombardie antépénultième (94e) et récolter dix points UCI à son équipe. « Je ne suis pas sûr qu’il l’aurait fait un mois en arrière » , note le nouveau manager.
L’abnégation du Tarnais de 30 ans ne fut pas suffisante pour assurer le maintien mais ce genre d’efforts a au moins permis à Cofidis de finir loin devant TotalEnergies pour s’assurer une place dans les wildcards automatiques, qui permettent de s’aligner sur toutes les courses de niveau World Tour, y compris le Giro, le Tour de France et la Vuelta. « La visibilité en tant que marque est assurée » , s’est consolé Sauret.
Repenser le calendrier
Cette position offre aussi le privilège du choix. Cofidis n’a par exemple pas fait le voyage en Australie pour le Tour Down Under la semaine dernière et pourrait décider de décliner le Giro pour ne pas s’éparpiller. En décembre, Jeune racontait avoir eu avec ses directeurs sportifs une « grosse réflexion sur le calendrier pour contenter tout le monde et gagner. Un cassetête » . La formation nordiste compte notamment dans ses rangs de nombreux sprinteurs. « Ce sont des projets distincts » , explique le manager. À 33 ans, Coquard espère prendre un nouveau virage. « J’étais l’un des meilleurs sprinteurs qui grimpaient bien, maintenant j’ai envie d’être le meilleur sprinteur des puncheurs, j’aspire à un rôle à la Michael Matthews » , explique le Normand.
Ou « à la Thor Hushovd à la fin de sa carrière, retient Jeune. Il apporte aussi beaucoup par son professionnalisme, sa sympathie. C’est un très bon capitaine de route ». Qui ne rechignerait pas à apporter son expérience au jeune talent Milan Fretin (24 ans). « Il a pris le leadership » , admet Coquard, qui pourrait désormais s’investir sur d’autres courses, « par exemple revenir sur l’Amstel » , et jouer un rôle libéré au Tour de France, dans le train du Belge et avec sa carte sur les arrivées en petit comité. « Il y a aussi un mec comme Stan Aniolkowski, qui a très peu gagné et à qui on doit apporter de la confiance avec un programme de courses fait pour l’aider à gagner » , note Jeune. Un nouveau comme Hugo Page (24 ans) aura aussi sa chance sur certaines arrivées massives, et « doit devenir l’un des meilleurs classicmen français à l’avenir » . Recrue phare il y a un an, l’Espagnol Alex Aranburu devrait également retrouver de la cohérence dans son calendrier, qui l’avait éreinté en 2025.
Côté classement général, faut-il « se battre pour faire 15e »? Jeune pose la question de façon rhétorique mais cite les « jeunes grimpeurs, Yaël Joalland ( 25 ans), Louis Rouland (23 ans), qu’on doit amener à plus haut niveau. On doit préparer l’avenir avec les coureurs arrivés récemment, Camille Charret qui a 19 ans, Edoardo Zamperini 22 ans… Je pense que c’est du jamais vu chez Cofidis. La moyenne d’âge est passée de 31 à 28 ans. » Le manager veut un « état d’esprit conquérant » dès cette saison, espère des victoires dans tous les sens, même sur le Tour de France où « des coureurs pas très “connus” ont gagné des étapes ces dernières années » , mais le projet pourrait prendre du temps.
Dans cette optique, l’expertise de Jeune niveau matériel pourrait être l’une des principales avancées à long terme. Satisfait par la cellule de performance que son prédécesseur avait brutalement renouvelée l’hiver d’avant, le Doubiste vante la signature de « plein de partenariats “invisibles” pour des gains marginaux. Sur certains, on sera les seuls au monde à les mettre en application… C’est ma fibre. Je vais en louper, c’est sûr, mais j’essaie d’anticiper pour mettre les coureurs et le staff dans les meilleures dispositions ».
Sponsor fidèle depuis trente ans, Cofidis a signé en 2024 un contrat jusqu’en 2028, mais le nouveau manager reste confiant: « Il y a un projet bien au-delà. Maintenant, on se doit de redorer le blason de ces deux dernières années. »
Les équipes françaises à un tournant
Plusieurs équipes ont récemment disparu et le peloton est désormais soumis au budget démentiel des grosses structures. À l'entame de la nouvelle saison, les formations françaises sont, elles, chacune à un carrefour déterminant pour leur survie.
Hier : Groupama-FDJ United / aujourd’hui : Cofidis, le virage Jeune / demain : Unibet Rose Rockets, l’ovni français / jeudi : TotalEnergies, l’année de la peur / vendredi : Decathlon-CMA CGM, en perte d’identité ?
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