Greg Bovino, avatar de Donald Trump à Minneapolis et paria


DAVE DECKER/ ZUMA/SIPA PORTRAIT 
Gregory Bovino, entouré de nervis encagoulés 
de L’ICE, à Minneapolis, le 15 janvier.

Le commandant en chef de l’opération fédérale dans la plus grande ville du Minnesota incarne la mission confiée par le président suprémaciste à la police de l’immigration et des frontières : semer la terreur dans les villes démocrates.

« L’ICE et le CBP n’ont pas besoin de plus de formation. 
Ils doivent être éliminés de fond en comble. »
   - BILL KRISTOL, ÉDITORIALISTE CONSERVATEUR

27 Jan 2026 - L'Humanité
CHRISTOPHE DEROUBAIX

L’homme demande aux manifestants de reculer tout en tentant de dégoupiller une grenade lacrymogène. Il met de très longues secondes avant d’y arriver puis lance l’arme dans la mauvaise direction, face au vent : la fumée du gaz revient en pleine poire de ses collègues. Qui est donc ce personnage si sûr de son autorité mais si peu au fait des tactiques de « maintien de l’ordre » ? Une recrue récente pas encore au bout de sa formation ? Non, le très médiatique commandant des opérations fédérales : Greg Bovino, qui aime se mettre en scène, même à ses dépens. Quelques jours plus tôt, une vidéo le montrait, vêtu d’un long manteau avec de larges revers, d’imposants boutons métalliques et des épaulettes, paradant au milieu des agents masqués de la police de l’immigration (ICE) et autres agents fédéraux armés, intimant l’ordre à tout ce qui n’était pas en uniforme de « reculer », encore une fois. Une scénographie pour le moins troublante : certains y voyaient une séquence Dark Vador, d’autres un spectacle nazi. Les cinéphiles pensent au colonel Kilgore d’apocalypse Now ou, plus récemment, au personnage incarné par Sean Penn dans Une bataille après l’autre.

Le visage découvert de Greg Bovino représente désormais pour toute l’amérique la croisade de l’administration Trump contre les sans-papiers et ceux qui s’opposent à leur traque. Agent de la police des frontières (CBP) depuis 1996, le quinquagénaire a subitement pris du galon depuis le retour de Donald Trump à la Maison-blanche.

En juin 2025, il est nommé commandant « tactique » de l’opération à Los Angeles, avant d’être envoyé à Chicago pour le même type de mission puis promu, en octobre, « commandant en chef » de la police des frontières.

« IMMUNITÉ FÉDÉRALE » POUR LES TUEURS

Greg Bovino est devenu la façade médiatique et politique d’une agence – la police de l’immigration – dont il n’est pas membre, mais qu’il dirige néanmoins dans le cadre de l’opération « Metro Surge » à Minneapolis. Il couvre les agissements de « ses hommes » ( « les véritables victimes » , dans le meurtre d’Alex Pretti, ose-t-il prétendre auprès de CNN), autant qu’il est couvert par l’administration Trump. Il peut ainsi mentir éhontément à un juge fédéral sur un projectile qu’il aurait reçu pour justifier un tir de gaz lacrymogène et rester en place. Stephen Miller, conseiller du président nationaliste, les assure tous d’une « immunité fédérale » qui n’existe que dans son esprit. La « garde prétorienne » en profite : elle arrête les habitants au faciès ou à leur accent, quitte à envoyer des citoyens états-uniens pour quelques heures dans une geôle fédérale, voire un enfant de 5 ans utilisé comme « appât » pour faire sortir ses parents de leur maison. Et, quand des agents tuent des citoyens, l’appareil fédéral invente un mensonge d’état.

Les opérations d’expulsion de migrants ne constituent qu’une façade. Il s’agit de semer la terreur dans des villes démocrates, qui allient la diversité démographique et l’opposition aux projets trumpistes. Pourquoi jeter son dévolu sur Minneapolis et ses 130 000 sanspapiers alors que le Texas et la Floride, deux États républicains, en comptent plusieurs millions ? Pour faire un exemple. La création de L’ICE en 2003 sous la présidence de George W. Bush répondait déjà à la volonté de porter le fer au coeur des « villes sanctuaires », ces cités qui accordent soutien et protection à ceux qui ne disposent pas d’un statut légal.

EN VIOLATION DU QUATRIÈME AMENDEMENT

Sous Trump II, les moyens alloués ont explosé. En juillet, « la grande et belle loi » met à la disposition de L’ICE un budget supplémentaire de 75 milliards de dollars sur quatre ans. Colossal pour une agence qui ne dispose que de 10 000 agents mais qui recrute à tour de bras. Elle en compte désormais 22 000. Tout est bon pour embaucher : on abaisse l’âge plancher à 18 ans contre 21, on réduit la période de formation de treize semaines à six ou huit et on n’est pas regardant sur les CV. La journaliste Laura Jedeed a raconté dans Slate comment elle a réussi à se faire recruter, sans se soumettre aux tests nécessaires ni parapher les documents présentés comme obligatoires. Selon le Wall Street Journal, les agents obtiennent des primes pour chaque arrestation, même si la personne s’avère parfaitement en règle. Un mémo interne, daté du 12 mai 2025, les autorise à entrer dans les maisons sans mandat judiciaire, en violation flagrante du quatrième amendement de la Constitution américaine. La perspective de traquer en toute impunité migrants et opposants politiques attire, en plus d’une prime à la signature de 50 000 dollars, ceux qui veulent en découdre, militants au sein de milices d’extrême droite ou individus isolés avides d’actions racistes. Même Joe Rogan, le podcasteur le plus populaire du pays, soutien de Trump en 2024, compare les méthodes de L’ICE à celles de la Gestapo. Mais les militants des droits civiques préfèrent une autre analogie, plus endogène : celle des « slave patrols », ces « patrouilles d’esclaves » qui ont formé les embryons des premières forces de police.

« Je ne suis pas d’accord avec ceux qui affirment que L’ICE et le CBP ont besoin de “plus de formation”. Ils font exactement ce que cette administration leur a appris à faire : instaurer un règne de terreur dans les villes démocrates. Ils n’ont pas besoin de plus de formation. Ils doivent être éliminés de fond en comble » , estime l’éditorialiste conservateur Bill Kristol. La population états-unienne arrive à la même conclusion : pour la première fois depuis la création de l’agence, une majorité d’entre elle se prononce pour son abolition, mot d’ordre de la gauche radicale en 2020, à laquelle l’establishment démocrate reprochait d’être coupée des réalités et de lui faire perdre des électeurs. À Washington, des sénateurs démocrates ont déjà fait savoir qu’ils ne voteraient pas un « package » de financement qui inclue des fonds pour l’agence. Le pays fonce donc vers un nouveau shutdown. Il n’aura donc fallu qu’une année de stratégie Trump et quelques mois de gestion Bovino pour que L’ICE devienne un corps paria dans la société des États-unis. Le sens du vent, là encore.

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