Groupama-FDJ - La vie (presque) sans Madiot


De gauche à droite : Philippe Mauduit, Romain Grégoire, 
Thierry Cornec, Marc Madiot et Valentin Madouas.

Le manager de Groupama-FDJ United Marc Madiot a cédé sa place cet hiver à Thierry Cornec, un profil de chef d’entreprise moderne aux antipodes du patron historique qui ne va pas encore s’effacer totalement, laissant en interne le sentiment d’une transition douce mais nécessaire.

“Si on a un problème, un besoin, hop c’est réglé parce que Thierry (Cornec) a fait le lien. Son job, c’est de tout centraliser pour que le coureur n’ait plus qu’à pédaler sans réfléchir à tout ce qui se passe autour"
   - VALENTIN MADOUAS

"Depuis deux ou trois ans, il y a eu un coup d’accélérateur impressionnant. Je savais que ça bougeait, que ça avançait, mais je pensais un peu moins vite..."
   - MARC MADIOT

26 Jan 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX et THOMAS PEROTTO

Sans lire de notes, emporté par sa passion, vingt-neuf ans d’expérience et leur flot d’émotions, animé par une de ces métaphores dont il raffole – ici la transmission paysanne, lui qui est né dans une ferme mayennaise –, Marc Madiot (66 ans) a passé le témoin publiquement début janvier, lors de la présentation de Groupama-FDJ United à Paris. Le patron historique a appelé son successeur sur la scène, Thierry Cornec (53 ans), qui a humblement embrayé sur le bilan 2025 « pas à la hauteur de nos attentes » et les nouveaux objectifs, pas que sportifs, puisque l’ancien directeur commercial des cadres Lapierre a fait l’annonce d’une « évolution importante ».

Chacun jugera la portée de cette transformation, une nouvelle identité visuelle accompagnée d’un slogan, « Dream forward » , fruit des travaux d’une agence marketing lyonnaise. La formule tournée vers l’avenir, en anglais et concise, dans les standards du milieu entrepreneurial moderne, tranche en tout cas avec les élans émotionnels de Madiot, ses causeries improvisées truffées de références historiques. « Ce ne sont pas deux mondes qui s’affrontent mais deux visions quand même assez différentes » , résume Philippe Mauduit. Le directeur course n’a pas pour autant senti un « changement radical, car Marc a préparé le terrain depuis pas mal d’années » . Cornec est arrivé il y a un an et demi pour apprivoiser les lieux, cerner la personnalité du fondateur de l’équipe, et confirmer la possibilité d’un binôme – Madiot endossant désormais un rôle de « président » de l’équipe. « On a appris à se connaître, on se complète vraiment, note Cornec. Les premiers mois, on a pu constater que le côté instinctif de Marc était différent de mon approche, qui est, à certains moments, plus calculée, plus technique. »

En interne, la logique de cette transition semble faire l’unanimité. Elle répond à des changements dans le milieu du cyclisme qui « se sont accélérés depuis trois ou quatre saisons » , selon Mauduit. « Thierry aide l’équipe à évoluer avec son temps, pense Thibaud Gruel (21 ans), l’une des figures du projet d’avenir de la formation. Chaque aspect du vélo évolue, la récupération, la préparation mentale, la mécanique… On va chercher les détails et c’est Thierry qui chapeaute ça, on s’en rend compte. Il est vraiment investi, est au courant de tout. »

Valentin Madouas (29 ans) a vécu chez Groupama-FDJ l’avant et l’après Covid-19, une crise souvent pointée comme la rupture entre deux époques, avec des staffs grossissants et spécialisés. Pour lui, l’esprit d’entreprise de Cornec « apporte de la sérénité, remet du lien entre tout le monde. Si on a un problème, un besoin, hop c’est réglé parce que Thierry a fait le lien. Son job, c’est de tout centraliser pour que le coureur n’ait plus qu’à pédaler sans réfléchir à tout ce qui se passe autour, qu’on n’ait pas besoin d’appeler un tas de gens. »

La bascule cet hiver aurait permis d’accélérer cette fluidification. « Il y a eu un marquage clair des rôles de chacun, observe Mauduit. Cette restructuration hiérarchique nous permet à tous de gagner du temps dans les prises de décision. Thierry, c’est l’école managériale: mettre en place des stratégies, “processiser” les actions. »

Une novlangue déjà entendue ailleurs, du côté de l’équipe Decathlon-CMA CGM et son patron Dominique Serieys, arrivé il y a deux ans dans une démarche semblable mais plus brutale, pour succéder au manager historique Vincent Lavenu, licencié dans la foulée du Tour de France 2024.

Ce ne devrait pas être le destin de Madiot, vanté comme l’avatar de la formation qu’il a créée. « Marc, c’est la culture de l’équipe, l’ADN, le mec qui joue sur la motivation, le père de famille qui peut être réconfortant… Ou le père fouettard » , explique Mauduit. « Il incarne l’esprit de l’équipe, d’après la recrue Bastien Tronchon. Quand il prend la parole, ça fait quelque chose. » « C’est vraiment lui qui nous motivait, qui faisait des discours comme il sait si bien le faire avant les courses importantes, détaille Gruel. Il avait toujours les mots justes pour nous donner les frissons. » Madouas confirme et rassure : « Il sera toujours là ! On a mis les termes sur cette évolution depuis un an et demi. »

Madiot lui-même consent à cette transition. « C’est la vie qui impose ça, comprend le double vainqueur de Paris-Roubaix, en 1985 et 1991. Depuis deux ou trois ans, il y a eu un coup d’accélérateur impressionnant. Je savais que ça bougeait, que ça avançait, mais je pensais un peu moins vite… Les sponsors ont besoin d’avoir un langage qu’ils comprennent. Celui que je peux encore avoir, s’il n’est pas amendé ou soutenu par des gens, il est moins compréhensible que par le passé. Parce que je suis d’une autre période, c’est tout. »

Le Mayennais n’était pas complètement dépassé, Madouas notant qu’il gérait tout cela « très bien, mais ça devenait de plus en plus gros et il avait envie de léguer pour se focaliser sur ce qu’il sait faire de mieux: gérer les partenariats, et la télé ( rires) ». Il reste « la tête d’affiche » , comprend Gruel.

Groupama et FDJ sont engagés pour l’instant jusqu’en 2027 avec, selon nos informations, une option dans le contrat signé en août 2024 pour aller jusqu’en 2028. Dans un contexte de grands écarts, d’équipes-États face auxquelles il n’est possible de rivaliser qu’avec des moyens colossaux, la question de la présence de ces partenaires à long terme, et la hauteur de leur apport, risque tout de même de se poser. La pérennité de l’équipe passera d’abord par des réussites sportives, mais l’histoire récente, avec la disparition d’Arkéa-B & B Hotels malgré l’été éclatant de Kévin Vauquelin, a prouvé qu’elles ne suffisaient pas toujours. Le pathos de Madiot et le logo de Cornec sont des armes.

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