Le petit Kopa est mort


Lucien Muller, ici en mars 1966, l’année où il a remporté 
la Coupe d’Europe des villes de foires avec le FC Barcelone.

Seul Français à avoir évolué au sein du Real Madrid et du Barça, club qu’il a aussi entraîné, Lucien Muller est décédé hier à l’âge de 91 ans.

« Les gens te regardaient comme si tu étais Dieu 
mais en te laissant une certaine tranquillité »
   - LUCIEN MULLER À PROPOS DE SON PASSAGE AU BARÇA

« Il y a une fontaine dans le centreville de Barcelone dont on dit que, 
lorsqu’on y boit, on ne repart jamais ! J’ai dû y boire »
   - LUCIEN MULLER

21 Jan 2026 - L'Équipe
JEAN-PHILIPPE COINTOT

Il était moins connu que les Raymond Kopa, Just Fontaine ou Jean Vincent qui brillèrent lors de la Coupe du monde 1958 en Suède, mais Lucien Muller, mort hier à l’âge de 91ans, a lui aussi côtoyé les sommets. S’il fut sans aucun doute le plus grand footballeur alsacien de tous les temps, Lucien Muller-Schmidt (son nom complet) a surtout laissé une trace indélébile dans le football hexagonal et espagnol. Son palmarès, immense, en témoigne.

Ce meneur de jeu brillant, surnommé «le Petit Kopa», fut deux fois champion de France avec Reims (1960 et 1962) et trois fois champion d’Espagne avec le Real Madrid (1963, 1964 et 1965), avec lequel il a joué une finale de Coupe des clubs champions européens (1-3 en 1964). Il remporta également la Coupe d’Europe des villes de foires avec le FC Barcelone (en 1966) et la Coupe de France 1985 avec l’AS Monaco contre le Paris-SG (1-0) en tant qu’entraîneur, une saison après avoir perdu en finale contre le FC Metz (0-2 a.p.).

Et pourtant, malgré tous ces titres de gloire, peu de personnes se souviennent de ce joueur, seul Français à avoir évolué dans les deux plus grands clubs espagnols. Le seul également à avoir été joueur et entraîneur du Barça.

Pourquoi Lucien Muller n’a-t-il jamais été reconnu à son juste mérite dans son propre pays ? Pour deux raisons. La première concerne la sélection. Sous le maillot bleu, ses performances ne furent jamais à la hauteur de ses prestations en club. Surtout, l’Alsacien aux 16 sélections – la première en 1959 contre la Bulgarie (0-1) – n’a pas participé à la Coupe du monde 1958, au cours de laquelle les Bleus montèrent sur le podium et se fabriquèrent une image de héros à l’époque où le football français n’en comptait pas.

La deuxième raison, c’est que Muller a passé plus de cinquante ans en Espagne, ce qui l’a considérablement éloigné de la médiatisation. Il n’en a pourtant jamais souffert, comme il l’expliqua un jour en 2012 : « On ne parlait guère de moi en France déjà à l’époque où j’y jouais, et aujourd’hui ça n’a évidemment pas changé. Je ne sais pas pourquoi. Quand on évoque à la télé les joueurs français qui sont passés par le Real ou le Barça, jamais on ne me cite. Ça ne me fait pas plaisir mais je n’en fais pas un drame non plus. Je suis plus reconnu et considéré en Espagne. Là-bas, même si vous avez 100 ans, les gens se souviennent de vous si vous avez joué au Real ou au Barça

Là-bas, au milieu des années 1960, Muller fut surnommé « el Francés », « Don Luciano » ou bien « el Fatigué », «car je me plaignais souvent à l’entraînement du mardi d’être fatigué » , avait-il expliqué. C’est Miguel Munoz, mythique joueur et entraîneur du Real, qui l’envoyait à la douche en l’appelant ainsi.

Après trois saisons chez les Merengues, où il a été adoubé par un certain Alfredo Di Stefano, qui aimait ce demi « qui sait lancer les attaquants » , Muller est transféré en 1965 chez le grand rival : le FCBarcelone. Un séisme à l’époque car, jusqu’alors, les transferts de joueurs confirmés se faisaient en sens inverse. Il y a découvert le Camp Nou, inauguré en 1957, et une nouvelle forme de popularité. « L’ambiance autour de l’équipe était assez unique. Les gens te regardaient comme si tu étais Dieu, mais en te laissant une certaine tranquillité dans la vie de tous les jours.»

Muller raccroche les crampons en 1970, après deux dernières saisons au Stade de Reims (1968-1970), et revient en Espagne pour y découvrir le métier d’entraîneur. « J’avais gardé mon appartement à Barcelone. Il y a une fontaine dans le centre-ville dont on dit que, lorsqu’on y boit, on ne repart jamais ! J’ai dû y boire. » Sa nouvelle carrière, il l’entame à Castellon (1970-1974), qu’il dirige de nouveau de 1990 à 1992. Après des passages à Burgos et Saragosse, il revient effectivement à la maison en 1978, en retrouvant le Barça.

Son passage sur le banc catalan ne dure que 27 journées de Liga. Il est remercié alors que le club est 7e et toujours en course en Coupe des Coupes. « On avait une belle équipe mais j’ai subi une pression terrible. » Muller retrouve le Championnat de France en s’engageant à Monaco en 1983. Il y vit le premier match diffusé par Canal+ en 1984, avant de terminer une carrière bien remplie, chez lui, de l’autre côté des Pyrénées, à Majorque et Castellon.

***

EN BREF

LUCIEN MULLER
Décédé à 91 ans. 16 sélections. Poste : milieu de terrain.

Parcours de joueur :
Strasbourg (1953-1957), Toulouse (1957-1959), Reims (1959-1962), Real Madrid (1962-1965), FC Barcelone (1965-1968), Reims (1968-1970).

Parcours d’entraîneur : Castellon (1970-1974), Burgos (1975-1976), Saragosse (1976-1977), Burgos (1977-1978), FC Barcelone (1978-1979), Burgos (1980-1981), Majorque (1981-1983), Monaco (1983-1986), Majorque (1987-1988), Castellon (1990-1992).

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