« Mon credo : aller vers le haut niveau avec des valeurs strictes »
ENTRETIEN - Jordan Jegat, de l’équipe Totalenergies,
lors de la 13e étape du Tour de France, le 18 juillet 2025.
Jean-René Bernaudeau, qui aura 70 ans en juillet, se cherchait un successeur afin de pérenniser le travail de toute une vie. Le propriétaire de la formation Totalenergies a choisi qui en devient le manager général avant d’en prendre la tête d’ici à un an.
« Je ne deviens pas le patron de la structure.
Le PDG reste Jean-René. »
5 Jan 2026 - L'Humanité
L’arrivée de Stéphane Heulot (54 ans), comme manager général de la formation Totalenergies appartenant à Jean-René Bernaudeau (69 ans) est un peu la grosse surprise de cette fin d’année. L’ancien maillot jaune du Tour de France en 1996, qui était ces trois dernières années à la tête de l’équipe belge Lotto Dstny, devient le bras droit de « J.-R. ». Une petite révolution au sein de l’équipe vendéenne, mais une certaine logique pour les deux hommes qui partagent nombre d’idées sur le cyclisme, et ce même si le plus ancien représente le feu et le nouvel arrivant l’eau. Un mariage plus que de raison.
Quelles sont les raisons qui vous ont amené à mettre fin à votre collaboration avec l’équipe cycliste Lotto Dstny ?
J’ai passé trois belles années avec le staff et les coureurs. Cela a été très riche en enseignements. Maintenant, c’est aussi une structure assez compliquée dans le sens où il y a un choc des cultures. Les Flandres belges sont une région très partisane. Le cyclisme là-bas est dans L’ADN des gens. Il y a une très grande forme d’exigence par rapport à ce sport. Quoi qu’il en soit, dès la fin de la saison 2024, je commençais à avoir des doutes sur l’idée de continuer en tant que manager. L’autre épisode qui a entraîné ma décision est intervenu au printemps dernier lorsque Arnaud De Lie, notre leader, a été au plus mal. J’ai ressenti que lui et moi n’étions absolument pas soutenus par les dirigeants. J’ai compris que j’arrivais au bout de ma mission dans une structure qui ne fonctionne pas comme celle que j’ai pu connaître auparavant.
Le fait que Lotto Dstny fusionne avec l’équipe belge Intermarché-Wanty n’a-t-il pas accéléré ce processus ?
Cela a été la goutte d’eau. Après, c’est le choix du propriétaire. Je n’ai jamais été impliqué dans les discussions à propos de cette fusion. À partir de là, je ne comprenais plus. Je ne suis pas une marionnette ! J’ai des convictions et celles-ci n’étaient plus en adéquation avec l’avenir de cette équipe qui a pris une autre trajectoire.
Y a-t-il une si grande différence entre le cyclisme flamand et français ?
Ce qui m’a vraiment blessé durant cette expérience de trois années, c’est cette forme de racisme linguistique de certains médias flamands. Ils sont hypertoxiques et très intrusifs, au point d’oublier pas mal des règles déontologiques de leur métier. On peut contester les résultats de l’équipe ou de mon travail, mais lorsque cela devient des attaques personnelles sur le fait que je ne parle pas la langue, même si je la comprends très bien, cela m’a profondément choqué. Je n’ai jamais fait ce métier pour me faire insulter comme cela a été le cas.
Passons maintenant à votre nouvelle vie au sein de la formation Totalenergies, dont vous devenez le manager général. Comment s’est passé votre rencontre avec Jean-rené Bernaudeau et le staff ?
Pour le staff, il a fallu lors de la première réunion faire avec certains une mise au point. Quant à Jean-rené, je le connais depuis de nombreuses années. Il y a toujours eu une communion d’idées, de convictions et de valeurs entre nous, même si nous avons deux personnalités différentes. Quand, à l’époque, j’ai créé ma première structure, je me suis inspiré de ce qu’il avait fait avec Vendée U, sa pépinière. L’accompagnement vers le haut niveau, avec des valeurs strictes où il ne pouvait être question de dopage et autres sujets a toujours été mon credo. Il y avait aussi l’idée de donner du temps aux coureurs pour qu’ils mûrissent, qu’ils aient aussi une éducation solide, afin de devenir des hommes. Comme lui, en créant à l’époque ma propre équipe, j’ai voulu redonner à mon sport ce qu’il m’avait apporté. Il y a chez nous cette volonté d’apporter au cyclisme une autre vision que celle que l’on a pu connaître, où tricher faisait partie des choses normales.
Mais cette rencontre vous amenant à accepter sa proposition, elle date de quand ?
Nous nous sommes rencontrés dès l’été dernier. Il m’avait alors confié sa volonté de prendre du recul, de profiter plus de sa famille, de ses petits-enfants mais, dans le même temps, il ne voulait pas lâcher ce qu’il a construit durant près de trente-cinq années. C’est comme cela qu’il a fini par me dire que plus il avançait dans sa réflexion et plus il pensait que j’étais la bonne personne pour prendre peu à peu sa succession afin de l’épauler, pérenniser le projet mais aussi le faire grandir. J’ai réfléchi un certain temps avant de me dire que cela correspondait au défi que je voulais me fixer.
Quel va être votre rôle ?
D’abord et avant toute chose, j’aimerais réaffirmer que je ne deviens pas le patron de la structure. Le PDG reste Jean-rené. Je suis là en soutien et conseils. Tous les départements sont pourvus et parfaitement dirigés. Mon rôle sera bien évidemment de travailler à trouver aussi des partenaires, puisque Totalenergies se retire à la fin 2026. Au niveau sportif, tout était déjà en place avant mon arrivée. Pour cette année, je n’aurai pas à intervenir, même si je suis en contact avec les coureurs car j’ai besoin de leur parler.
Vous arrivez à un moment où l’on parle beaucoup d’une redistribution plus juste des ressources financières que génère le cyclisme afin de remédier à la disparition de nombreux sponsors. Avez-vous une opinion sur le sujet ?
Le cyclisme est en soi un sport unique qui ne peut se départir de son côté populaire et gratuit. Nous ne pouvons pas faire comme le football, la F1 et même le rugby. Privatiser la route ou une petite partie n’est pas évident, même si cela existe sur certaines classiques.
Quant aux droits télévisions, comment redistribuer l’argent de manière juste entre tous ?
J’ai le sentiment que les sommes finiraient par être ridicules pour chaque équipe.
Ensuite, est-ce que les équipes pros se préoccupent d’aider les clubs amateurs, ceux qui forment les futurs champions ?
Non ! Alors balayons d’abord devant notre porte avant d’entamer cette discussion qui doit de toute manière avoir lieu. Les organisateurs doivent prendre en compte aujourd’hui le fait que les équipes pros se déplacent avec plus de personnels, beaucoup plus d’invités qu’à l’époque. Aller sur une course coûte de plus en plus cher. Il faut donc porter la discussion afin qu’une meilleure répartition existe.
C’est la sportive française de ce début d’année 2026. Amandine Fouquenet a signé son deuxième succès de la saison, une semaine après sa victoire à Heusden-zolder, en remportant le cyclocross de Gullegem, en Belgique. La Française, qui s’est liée il y a quelques jours à la formation Pauwels après la disparition de la structure Arkea, disputait sa première course sous le maillot de l’équipe belge. La Bretonne de 24 ans s’est imposée avec 9 secondes d’avance sur la championne de Belgique, Marion Norbert-riberolles, et 11 sur la Canadienne Rafaëlle Carrier. Déjà victorieuse à HeusdenZolder le 23 décembre, Amandine Fouquenet (76 points) se rapproche de la leader du Superprestige, Aniek van Alphen (83 points), arrivée 4e à Gullegem.
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