Un derby entre titis, enfin
Le dernier match entre le PSG et le PFC remonte au 17 décembre 1978.
Les deux équipes avaient fait match nul (1-1) au Parc des Princes.
L’affrontement entre le PSG et le PFC est le premier depuis quarante-sept ans et revêt une valeur symbolique et historique évidente. Les deux clubs repoussent toute forme de concurrence. Une entente durable ?
LE MATCH D’À CÔTÉ
4 Jan 2026 - L'Équipe
HUGO DELOM (avec ARNAUD HERMANT)
C’est un temps que seuls les plus de quarante-sept ans connaissent. L’année 1978 touche à sa fin. Les fans de Claude François n’en finissent plus de pleurer sa mort, Jacques Mesrine, l’ennemi public n° 1, s’amuse, interview à Paris Match à l’appui, à jouer avec les nerfs du commissaire Robert Broussard et les Bronzés de la bande du Splendid font rire les salles de ciné.
Au Parc des Princes, pour une modeste 24e journée de D1, le PFC de Jean-Christophe Thouvenel affronte le PSG de Carlos Bianchi. Dans leurs maillots Europe 1 d’un côté et RTL de l’autre, les Dahleb, Pilorget et Bathenay défient les Laachi, Eo ou Beltramini… Ces hommes aux cheveux longs et à la moustache touffue ne le savent pas, mais ce derby PSG-PFC du 17 décembre, achevé sur un nul (1-1) j ugé comme un « triste spectacle » par L’Équipe, sera le dernier avant presque un demi-siècle.
Ce soir, sur les coups de 20h 45, après un hommage si mérité à Jean-Louis Gasset, c’est un pan d’histoire du football parisien et français qui se jouera. Quarante-sept ans plus tard. La dimension symbolique de ce premier derby parisien de l’ère moderne entre le PSG et le PFC paraît évidente. Mais comme l’a dit un jeune philosophe en short, le « foot, il a changé » en quasi cin
Antoine Arnault, un supporter du PSG
D’un côté, le PSG – le mastodonte –, ses 850 M€ de budget, son sextuplé l’an dernier et son statut, développé depuis l’arrivée des Qatariens en 2011, de club à la puissance financière infinie. De l’autre, un drôle de promu nouveau riche, racheté l’an dernier par Antoine Arnault, un fan revendiqué du PSG (présent à Bruxelles en 1996 pour la finale de la Coupe des Coupes) aux ambitions sportives assumées. Une première rencontre étonnante dans un derby revendiqué comme le plus proche du monde (12 mètres dans la rue Claude Farrère). De chaque côté, on veille depuis des mois à renvoyer l’image de deux clubs ravis de se retrouver. « Je suis supporter du PSG depuis que j’ai 12 ans, donc vous ne m’entendrez jamais dire un mot négatif sur le PSG, glissait Antoine Arnault lors de l’officialisation de l’achat du Paris FC à l’automne 2024. Ce serait bien présomptueux de notre part, d’imaginer pouvoir rivaliser avec le PSG. Je n’exclus pas de soutenir deux clubs à Paris. Et même en L1, je soutiendrai le PSG, sauf deux fois par an. »
Ce soir, le propriétaire du PFC prendra place aux côtés de Nasser al-Khelaïfi, un homme dont il loue publiquement le travail et avec lequel, en privé, il entretient des relations cordiales à défaut d’être régulières. De rivalité, officiellement, il n’y aura donc pas.
Dans la continuité du discours officiel depuis des mois, prolongé par Luis Enrique en conférence de presse – « C’est beau pour la ville. J’espère qu’on jouera beaucoup de matches contre eux » –, le PSG avec ses 20 points d’avance sur son voisin (36 contre 16 pour le PFC) se réjouissait ce samedi de vivre « une belle fête du foot parisien » en rappelant les « très bonnes relations » entre les deux entités. « Nous avons toujours estimé qu’il y avait la place pour deux clubs à Paris et que c’était jusque-là une anomalie » , glisset-on en interne.
La formation comme futur champ de bataille ?
Même tonalité au PFC où, dans un discours volontairement humble, on a toujours revendiqué un maintien en L1 cette saison avant, à moyen terme, de disputer la Coupe d’Europe, sans chercher à rivaliser avec le PSG. Un discours entendu et durable? Tout l’enjeu se situe là. Car les dirigeants du PSG mesurent trop la dimension symbolique de la ville de Paris dans le développement mondial de l’image du club pour ne pas garder un oeil sur la stratégie de communication de leur voisin. Il n’a échappé à personne, en interne, que la puissance du réseau du LVMH de la famille Arnault lui offrirait une force de frappe conséquente. Et que les équipes du Paris FC aimaient, ces dernières années, draguer des personnalités pour garnir les tribunes de Charléty (des acteurs comme Guillaume Canet, des mannequins, des gens du showbusiness, des entrepreneurs sont régulièrement conviés…).
Mais, avant de prendre un visage commercial ou sportif, la rivalité se jouera sans doute sur la formation. Le savoir-faire du PFC en la matière est reconnu. Il ne pouvait pas, jusque-là, offrir un horizon lointain de haut niveau à ses « titis ». La puissance financière et l’apport de Red Bull vont ouvrir d’autres perspectives… Le futur Messi – rêve revendiqué par le PSG – portera-t-il d’abord le maillot bleu clair et blanc? La réponse prendra du temps à émerger. En attendant, ce soir, une nouvelle ère va s’ouvrir. Un pan d’histoire va s’écrire. Et ça, en 1978, peu l’auraient prédit.
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