Une tuile utile pour Van Aert?
Vendredi, le joli mano a mano sous la neige entre Mathieu van der Poel (au 2e plan) et Wout Van Aert a tourné court à deux tours de la fin quand le Belge a chuté. Il souffre d’une fracture de la cheville droite, qui entache son hiver.
Victime d’une chute et souffrant d’une fracture de la cheville droite, le coureur belge ne va pas préparer sa campagne des classiques dans les meilleures conditions mais la coupure pourrait lui être bénéfique.
"C’est un petit coup d’arrêt mais cela ne devrait
pas avoir de conséquences sur les classiques"
- MATHIEU LE STRAT, MÉDECIN DE KÉVIN VAUQUELIN CHEZ ARKÉA-B & B HÔTELS, PASSÉ DEPUIS CHEZ GROUPAMA-FDJ
4 Jan 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
Après les deux grosses chutes (À Travers la Flandre et Vuelta) qui avaient fracassé sa saison 2024, ses sept côtes, son sternum, sa clavicule et son genou (et son mental), sa double crevaison, le 29 décembre à Loenhout, pour son dernier cross d’une année 2025 plutôt marquée par le succès (victoires d’étapes sur le Giro et le Tour), ressemblait davantage à une péripétie. Et pouvait laisser penser que Wout Van Aert avait refilé le mistigri à d’autres.
À Mol, vendredi, lors du premier cyclo-cross de 2026, le Belge a même cru, un instant, que Mathieu van der Poel en avait hérité après que le Néerlandais eut goûté à la neige boueuse mais c’est bien le coureur de VismaLease a bike qui, de nouveau, a pris une gamelle et acté son premier abandon en 240 courses dans les labours. Et comme souvent avec « WVA », les conséquences ne sont jamais bénignes : « une petite fracture » de la cheville et des « égratignures » à son genou déjà bien amoché par le passé, selon son équipe qui a communiqué sur l’opération « réussie » , hier, au sein de l’établissement d’Herentals que le coureur ne connaît que trop bien.
Si, jusque-là, sa participation aux Mondiaux de cyclo-cross d’Hulst aux Pays-Bas (1er février) suscitait, comme l’an passé, une interrogation, le débat se reporte beaucoup plus loin maintenant, sur sa campagne des classiques. En novembre, en voyage promotionnel aux États-Unis, il avait évoqué cet objectif de s’imposer enfin sur « ses » courses, lui qui n’a remporté « que » Milan-San Remo et les Strade Bianche (en 2020): « J’ai tout fait pour y arriver durant ma carrière mais remporter ces classiques serait la cerise sur le gâteau. »
À 31 ans, le Campinois va devoir patienter dans un premier temps mais Mathieu Le Strat, médecin de Kévin Vauquelin quand l’ancien de chez Arkéa-B & B Hôtels s’est abîmé la cheville juste après le Tour de France (fracture à l’extrémité distale de la fibula, une saillie osseuse sur la surface latérale de la cheville), se montre « plutôt optimiste. C’est un petit coup d’arrêt mais cela ne devrait pas avoir de conséquences sur les classiques si on se fie à ce que transmet son équipe. Sa fracture est moins compliquée que celle de Kévin, qui était plus instable et avec un temps de consolidation plus long. Dans la même situation que Kévin, Wout n’aurait pas été prêt pour les classiques. » Le Normand, 7e du dernier Tour et aujourd’hui chez Ineos Grenadiers, était remonté sur home-trainer au bout d’un mois. Le délai pourrait être divisé par deux pour le Belge, selon le médecin passé à l’intersaison chez Groupama-FDJ : « Vu sa chute, on est sur un mécanisme typique d’entorse, avec une à deux semaines sans trop de charge puis une reprise sur home-trainer, en fonction de la gravité. Mais chez Visma, ils savent faire et vont mettre en place le renforcement pour éviter la fonte musculaire. Du fait de sa saison de cross, il était très en forme. La première semaine (de coupure), il va augmenter son niveau, la deuxième, il va se désadapter, c’est-àdire “se désentraîner”, mais il ne va pas perdre grand-chose. »
De la marge pour son programme de classiques
Greg Van Avermaet pourrait conseiller son compatriote, il avait connu à l’automne 2016, quelques mois après son sacre olympique, une chute un peu similaire en VTT: « J’avais voulu poser le pied au sol et au moment de relancer, tout mon poids s’était trouvé dessus. » Le Belge de 40 ans note quand même que « cela m’était arrivé le 11 novembre, lui le 2 janvier. Plus de six semaines, cela fait une grosse différence, surtout quand cela se déroule lors d’un mois de janvier très important pour faire de l’endurance. » Le calendrier de Van Aert lui laisse néanmoins un peu de marge avec des débuts programmés initialement lors de Milan-San Remo (le 21 mars) avant d’enchaîner avec À Travers la Flandre (le 29 mars), l’E3 (le 27 mars), le Tour des Flandres (le 5 avril) puis Paris-Roubaix (le 12 avril) : « Une chute à ce moment de la saison, pour faire des bons résultats, ce n’est jamais idéal, estime Van Avermaet. Mais il lui reste du temps, tout n’est pas perdu. »
C’est aussi l’avis de Mathieu Le Strat, qui parie même sur un grand Wout dans deux mois et demi: « Cette coupure peut lui offrir de la fraîcheur. Et c’est quand même Wout, un athlète avec une capacité extraordinaire de cicatrisation. Dans un mois, il sera dehors pour faire de l’endurance. Derrière, il lui restera un mois et demi avant de reprendre la compétition, même s’il ne sera pas à son meilleur niveau pour Milan-San Remo qui sera une course de reprise. »
Double vainqueur d’étape du Tour (2015 et 2016), Greg Van Avermaet avait connu ce protocole de reprise, un mois après sa blessure, et le Belge était « arrivé frais lors du stage avec l’équipe en décembre. J’avais réussi ensuite ma meilleure saison ». Et, notamment, une campagne des classiques exceptionnelle avec des succès au Nieuwsblad, à Harelbeke, sur Gand-Wevelgem et, bien sûr, sur le vélodrome de Roubaix. Wout Van Aert connaît, à peu près, la voie à suivre.
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