Un match de gala qui ne passe pas


PHILIPPE LECOEUR/FEP/ICON SPORT 
Le 4 janvier à Marseille, lors du match de Ligue 1 opposant L’OM au FC Nantes.

FOOTBALL - Le PSG affronte L’OM, jeudi soir, au Koweït pour le Trophée des champions. Une délocalisation pour des raisons financières et promotionnelles qui suscite beaucoup de critiques.

Le petit État du golfe Persique a en effet mis 3,5 millions d’euros sur la table.

7 Jan 2026 - L'Humanité
NICOLAS GUILLERMIN

La 31e édition du Trophée des champions 2025 se tient au Koweït, jeudi 8 janvier, entre le Paris SaintGermain et l’Olympique de Marseille (19 heures, Ligue 1 +). Depuis 2009, ce match opposant le champion en titre au vainqueur de la Coupe de France – le PSG ayant réussi le doublé au terme de la saison 2024-2025, il affronte le deuxième de la L1 – se déroule à l’étranger. Une stratégie de délocalisation mise en place par la Ligue de football professionnel (LFP) pour des raisons purement financières et promotionnelles, loin de satisfaire tout le monde.

Après le Canada en 2009, ce match de gala a été organisé pêle-mêle en Chine (2014, 2018 et 2019), en Tunisie ( 2010), au Maroc (2011 et 2017), aux États-unis (2012), au Gabon (2013), en Israël (2021 et 2022) ou encore au Qatar (2024). Sur cette période, la rencontre ne s’est jouée que deux fois en France, à Lens (2020) et au Parc des Princes (2023). C’est la première fois que le Koweït accueille ce qui est devenu une véritable vitrine commerciale pour le football français.

« Ce match revêt un enjeu de notoriété et de développement international important pour la LFP en mettant aux prises les deux meilleures équipes de la saison dernière sur un marché étranger, explique Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d’économie du sport, à Limoges. Les droits télé internationaux annuels ont quasiment doublé, passant de près de 80 millions en 2024 à 160 millions aujourd’hui. Et la Ligue a l’ambition de poursuivre cette augmentation. »

LES SUPPORTERS NE FERONT PAS LE DÉPLACEMENT

À côté de cette recherche de visibilité internationale, la délocalisation de ce match obéit aussi à une logique économique. « L’autre enjeu est financier bien sûr, car le Trophée des champions est un produit commercial, précise Christophe Lepetit. Il y a un appel d’offres, des discussions pour proposer cette rencontre de prestige. Faisant partie des cinq grandes Ligues en Europe (la France est 5e – NDLR), la LFP suit cette tendance de délocalisation de cette rencontre pour exister face à la super-coupe d’espagne ou celle d’Italie. »

Pour décrocher la timbale, le petit État du golfe Persique a en effet mis 3,5 millions d’euros sur la table, plus les frais annexes d’organisation, afin de remporter la mise face à la Côte d’ivoire et Oman, également candidats. « Les pays du Golfe sont friands d’événements sportifs, qu’ils organisent avec des standards organisationnels élevés, car cela sert leur propre stratégie de diplomatie sportive », souligne l’économiste. La fédération espagnole, elle, a clairement fait un choix financier en faisant le pari controversé d’installer la rencontre en Arabie saoudite depuis 2022. Pour s’approprier l’événement, dont chaque édition oppose quasi systématiquement le Real Madrid au FC Barcelone, la fédération saoudienne aurait signé un chèque de 40 millions d’euros annuels, selon le journal sportif espagnol AS.

En France, cette délocalisation ne passe pas. À commencer par l’entraîneur italien de Marseille, qui a donné son point de vue le 3 janvier. « La super-coupe de France, la super-coupe d’italie, la super-coupe d’espagne, peu importe, devraient se jouer dans le pays concerné, devant les supporters concernés. (…) C’est une logique économique et j’y suis opposé », a clairement signifié Roberto De Zerbi.

Les fans affichent la même désapprobation. Tous les groupes de supporters de L’OM ont refusé de faire le déplacement pour ce match, jugeant que son organisation au Koweït n’était « pas compatible avec la culture ultra ». La direction de L’OM a pourtant bien essayé de convaincre ses supporters de venir soutenir leur équipe en proposant à 150 d’entre eux de ne payer chacun que 150 euros, le reste du coût du déplacement étant pris en charge par le club. En vain.

Même son de cloche du côté du PSG, qui a annulé, lundi soir, son pack proposé aux supporters, faute d’inscrits. Moins généreux que L’OM, le club de la capitale proposait une formule « all inclusive » (tout compris) à ses fans les plus fidèles pour 800 euros (aller-retour en avion, repas et transferts sur place). Sans supporters des deux équipes, le stade Jaber al-ahmad (60 000 places) de Koweït City risque de sonner creux.

Pour Ronan Evain, directeur de Football Supporters Europe, association qui revendique 3 millions de supporters, ces délocalisations « posent de nombreuses questions au niveau environnemental. Avant c’était au Canada, puis en Chine, au Qatar, etc. Tout cela est fait sans se soucier du respect des standards internationaux en termes d’impact environnemental ni de droits humains. Au Koweït, il n’y a pas de liberté de la presse, pas de liberté religieuse, ni de liberté de choisir son orientation sexuelle. La ligue s’assoit complètement sur ces questions-là… »

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