«J’ai eu peur»
Victime d’une chute dans le final, Tadej Pogacar souffre de blessures légères, qui pourraient l’amoindrir aujourd’hui vers Hautacam. Hier, lui se montrait confiant.
"Peut-être que ça va lui donner de la motivation pour Hautacam"
- PAVEL SIVAKOV, COÉQUIPIER DE TADEJ, POGACAR
17 Jul 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
TOULOUSE – En se présentant spontanément à Matxin Fernandez, le directeur sportif d’UAE EmiratesXRG, Tobias Johannessen a posé la même question que tout le monde à l’arrivée, à Toulouse : «Comment va-t-il?» Puis le coureur norvégien d’Uno-X Mobility a présenté ses excuses pour avoir envoyé involontairement Tadej Pogacar dans le décor à un peu plus de cinq kilomètres de l’arrivée. Le dirigeant espagnol ne savait alors rien des blessures de son leader, il a juste félicité Johannessen pour la victoire de Jonas Abrahamsen, sans s’appesantir ni le condamner : « Aucun problème, c’est le vélo.»Tombé à environ cinq kilomètres de l’arrivée, hier à Toulouse (en haut), Tadej Pogacar a franchi la ligne avec des écorchures sur le bras gauche et le cuissard troué (à droite).
L’agitation autour de la formation émirienne est quotidienne, une fourmilière chaotique, plutôt heureuse dans l’attente du retour du Slovène. Mais hier, le staff courait dans tous les sens, le manager général Mauro Gianetti n’affichait plus son habituel sourire pendant qu’Alex Carera, l’agent de « Pogi », tirait nerveusement sur sa cigarette. Le coude et l’avant-bras gauche râpé, le cuissard troué, Pogacar est entré, rapidement et sans un mot, dans le car de son équipe, où Gianetti l’a retrouvé « fâché à cause de la chute. Quand il m’a dit: “Regarde, je vais avoir une cicatrice”, je n’ai pas rigolé, car la situation ne s’y prêtait pas. Mais cela signifiait que cela allait mieux.»
Le champion du monde, à travers un message vocal relayé par son équipe, a voulu se montrer rassurant: «Après la montée, des coureurs ont voulu prendre des secondes dans le final, ils ont attaqué, certains ont commencé à suivre, et malheureusement, un coureur a décidé de suivre de gauche à droite. Il ne m’a pas vu, il a touché ma roue. Heureusement, j’ai juste un peu de peau enlevée.»
Une belle pizza quand même mais, rétrospectivement, c’est le terme « peur » qui revenait dans les propos de l’encadrement – «Il a eu peur comme nous, plus que nous » – et du coureur : « J’ai eu peur en voyant le trottoir, pensant que j’allais y aller tête baissée. Mais heureusement, ma peau est résistante et m’a arrêté avant le trottoir. » On l’entendait presque sourire mais, une heure après, notre photographe Étienne Garnier l’a revu à son hôtel, près de l’aéroport, le visage fermé. Le bilan médical, diffusé dans la soirée, indiquait que « Tadej ne souffre d’aucune blessure sérieuse, aucune commotion cérébrale, ni fracture. Il a des ecchymoses et des écorchures sur le bras avant et la hanche, mais sinon, ça va».
À la veille d’ «une étape décisive », selon les dires de Simone Pedrazzini, le directeur sportif, Tim Wellens estimait que «ce n’est jamais l’idéal d’avoir des blessures ». Mais Pavel Sivakov, de nouveau opérationnel après une infection et une bronchite, ne semblait pas inquiet, au contraire : « Je l’ai vu (Pogacar) dans le bus, il allait bien, et peut-être que ça va lui donner de la motivation pour Hautacam ( sourire). La situation est ainsi, nous devons simplement y faire face, rester calmes et nous concentrer sur le lendemain.»
Gianetti, qui a opéré le SAV dans toutes les langues, dans une lutte psychologique à distance avec Visma-Lease a bike afin que le poison du doute autour de son leader ne se diffuse pas, mise, lui aussi, sur le côté bête blessée du Slovène: «On l’a vu se relever tout de suite pour remettre sa chaîne, c’était le premier signe rassurant. Et mentalement, c’est quelqu’un qui regarde devant lui, il n’est pas du genre à se laisser influencer par ce genre de choses.»
L’an passé, sans chuter aussi lourdement, il s’était déjà offert deux frayeurs, en évitant de justesse un panneau de signalisation monté sur un terre-plein entre Saint-Jean-de-Maurienne et Saint-Vulbas (4e étape), puis en étant pris dans une chute, sans lui-même tomber, mais en étant retardé après avoir changé de vélo (12e étape). Déjà orphelin de son lieutenant Joao Almeida, victime d’une sévère gamelle sur la route de Mûr-de-Bretagne, le Slovène a saisi, hier, combien on peut avoir la meilleure équipe du monde, la plus riche, la mieux préparée et risquer de voir tout s’effondrer pour une roue avant effleurée par un concurrent.
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Les Visma-Lease a bike et Jonas Vingegaard ont tenté de
mettre Tadej Pogacar sous pression dans l’ultime descente.
La faute des Frelons ?
La chute de Tadej Pogacar n’est pas la conséquence directe de l’accélération des Visma-Lease a bike, mais l’équipe de Jonas Vingegaard a encore tenté de mettre la pression en descente au Slovène. Qui n’aime pas ça.
LUC HERINCX
Tadej Pogacar l’a déjà dit : c’est une méthode qu’il exècre. « Le fait qu’ils m’aient énervé dans la descente m’a donné un peu plus de motivation » , avait raconté le champion du monde après sa victoire à Valmeinier 1800, lors de la 7e étape du Dauphiné, après que les VismaLease a bike l’avaient attaqué dans la plongée vers Saint-Jean-de-Maurienne, dans la foulée de l’ascension de la Croix-de-Fer. Cette pointe d’agacement, les Frelons l’ont notée et tentent parfois d’en profiter depuis le début de ce Tour. La chute de Pogacar, hier, est en partie liée à l’une de ces tentatives de déstabilisation. Après la banderille de Jonas Vingegaard à 100 m du sommet de la côte de Pech David, son lieutenant américain, Matteo Jorgenson, a accéléré dans la descente, à environ 7 km de l’arrivée. Sans succès puisque le Slovène a immédiatement pris la roue du double vainqueur de Paris-Nice. Mais la manoeuvre a contribué à l’essorer, comme celle de son propre coéquipier, Jhonatan Narvaez.
Un moment d’inattention
Plutôt que de veiller sur son leader, qui n’aime pas prendre de risque dans les descentes, le seul soutien restant de Pogacar a attaqué un kilomètre plus loin. Un mouvement incompréhensible puisqu'il ne représente aucun danger au général pour les Visma. L’Équatorien n’a pas insisté et la formation néerlandaise l’a vite repris, mais il a concouru à rendre ce final pénible, n’offrant aucun répit à « Pogi ».
Ce dernier en avait pourtant besoin, au bout d’une étape folle, au début de laquelle le Slovène avait même été piégé dans un second peloton. La chute est intervenue ensuite à environ 5 km de la ligne. Pogacar a été fauché par la roue arrière de Tobias Halland Johannessen (Uno-X Mobility), qui s’est déporté brusquement vers la droite, suivant une vague du groupe du Maillot Jaune de ce côté pour tenter de suivre une attaque de Kévin Vauquelin (Arkéa-B&B Hotels). Les Visma n’y sont pour rien en théorie, Pogacar a juste manqué d’attention. Au moment du déséquilibre, il n’a pas pu se rattraper car son bras droit n’était pas sur le guidon, utilisé pour se ravitailler ou parler à la radio. Mais il n’avait peut-être pas eu le temps de faire plus tôt, le final en descente ayant été durci par les Visma, puis par son propre coéquipier.
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