Graham Potter à l’école des sorciers
En crise, l’équipe de Suède, qui affronte la Suisse ce samedi à Genève (20h45), a fait appel à l’ancien entraîneur de Chelsea, qui s’était révélé avec Östersunds. Avant lui, plusieurs coachs anglais se sont fait un nom en Suède, dont un certain Roy Hodgson
«Les Suédois n’aimaient pas trop l’idée que leur jeu soit dominé par deux Anglais»
- ROY HODGSON, ANCIEN ENTRAÎNEUR DE HALMSTADS BK
«English Graham» est l’héritier de ce qui commence à ressembler à une longue tradition
15 Nov 2025 - Le Temps
Laurent Favre
L’équipe de Suisse de football n’est pas surprise de ne pas retrouver Jon Dahl Tomasson ce samedi sur le banc de la Suède. Très contesté après la victoire de la Nati à Solna (0-2), le 10 octobre dernier, le Danois a été licencié quatre jours plus tard, au lendemain d’une nouvelle défaite à domicile face au Kosovo. Plus étonnant en revanche a été le nom de son successeur: l’Anglais Graham Potter, encore à la tête de West Ham en septembre, entraîneur de Chelsea il y a deux ans. Et là où Tomasson s’exprimait en anglais, Potter a tenu sa première conférence de presse en suédois. Une langue apprise entre 2011 et 2018 lorsqu’il entraîna Ostersunds FK.
Du Kipling au bord de la Baltique
Un entraîneur anglais à la tête de la Suède, c’est comme si la Suisse avait une fois nommé un sélectionneur anglais. Wait a minute! C’est arrivé, il y a une trentaine d’années, avec un certain Roy Hodgson. Qui venait de Suède. Comme Potter, Roy Hodgson avait été un modeste joueur, s’était lancé dans le métier d’entraîneur jeune et en parfait nobody, dans une Angleterre où, nous avait dit Martin Chivers l’an dernier, «l’important n’est pas ce que tu connais mais qui tu connais», avant de se faire un nom en Suède. Hodgson avait débarqué au royaume de Carl XVI Gustaf sur les conseils et les recommandations de son ami Bob Houghton. Houghton et Hodgson, sorte de Dupont et Dupond originaires de Croydon, au sud de Londres, ont eu une influence décisive sur le football local, comme avant eux George Raynor, le premier des coachs anglais en Suède et le seul, à ce jour, à avoir été anobli par la maison Bernadotte.
La carrière d’entraîneur de George Raynor avait débuté d’une drôle de manière. En 1939, les footballeurs qui ne voulaient pas être enrôlés dans l’armée active devaient s’engager comme instructeurs physiques pour les soldats. Posté en Irak, Raynor y monta une sorte de sélection nationale qui obtint des résultats suffisamment bons pour attirer l’attention de Stanley Rous, secrétaire général de la Football association anglaise (FA), lequel le recommanda à la Fédération suédoise de football (SvFF) en 1946. Mais n’était-ce pas une façon de l’éloigner? En Angleterre, George Raynor, joueur modeste, personnage irrascible et obsessionnel, n’eut jamais vraiment sa chance, pas même après ses succès avec la Suède – titre olympique en 1948; troisième place de la Coupe du monde 1950; deuxième place à celle de 1958, à domicile, face au Brésil de Pelé. La Suède n’a jamais fait mieux, n’en déplaise à Zlatan Ibrahimovic.
En 1963, Raynor pensait être nommé à la tête de l’équipe d’Angleterre en vue de la World Cup 1966. Après tout, il était le seul entraîneur anglais à avoir connu une finale de Coupe du monde. Mais la FA lui préféra Alf Ramsey, et son expérience comme coach dans son pays se résumera finalement à quatre pauvres mois à Coventry City. Ce dédain transparaît dans La Pyramide inversée, somme supposée sur la tactique du football, où l’auteur Jonathan Wilson ne lui accorde qu’un paragraphe, attribuant même le titre olympique de 1948 à la neutralité de la Suède durant la guerre, qui aurait laissé sa jeunesse en meilleure forme physique que celles de ses rivaux.
Dans les années 1950, George Raynor avait pourtant su maintenir des résultats excellents en dépit de l’amateurisme qui perdurait en Suède et qui le privait le plus souvent de ses meilleurs joueurs, partis dès 1949 en Italie.
L’amateurisme obligatoire tomba à la fin des années 1960, ainsi qu’un autre anachronisme: le système en WM (une sorte de 3-2-2-3). Le football suédois se mit alors à copier le style de jeu de la RFA (trois ou cinq défenseurs avec un libéro décroché, marquage individuel) mais surtout commença une pratique qui allait avoir son importance: toutes les équipes du pays devaient adopter la même tactique. Deux clubs s’y refusèrent: Malmö FF et Halmstads BK. L’un était dirigé depuis 1974 par Bob Houghton, arrivé inconnu à l’âge de 27 ans, l’autre depuis 1976 par Roy Hodgson, 29 ans et seulement connu de son ami Bob, qui l’avait recommandé à Halmstads. Il faut voir ce duo comme une version moderne de Daniel Dravot et Peachey Carnehan, les deux aventuriers en route vers la gloire et le Kafiristan dans L’Homme qui voulut être roi de Rudyard Kipling.
De 1974 à 1980, année où ils partent à Bristol (sans réussite), leurs deux équipes remportent cinq fois le championnat en six saisons: trois fois pour Houghton et Malmö (1974, 1975, 1977), deux fois pour Hodgson et Halmstads (1976, 1979). Houghton gagne en outre quatre Coupe de Suède et fait de Malmö le premier et unique club suédois à avoir disputé une finale de Coupe d’Europe des clubs champions (devenue Ligue des champions), en 1979, défaite 1-0 face au Nottingham Forest de Brian Clough, but de Trevor Francis, le premier footballeur à 1 million de livres sterling. Malmö n’aligne que des joueurs recrutés dans un rayon de 30 kilomètres.
En Suède, «English Bob» et «English Roy» triomphent avec les recettes que Hodgson exportera en Suisse dans les années 1990: un 4-4-2 à plat avec marquage de zone, utilisation proactive du «piège du hors-jeu», pressing défensif et jeu direct vers l’avant. Les automatismes sont réglés au millimètre et cent fois répétés lors de séances d’entraînement fastidieuses quoique toujours avec le ballon. Le style ne fait pas l’unanimité, trop ennuyeux et robotique, mais il gagne. «Les Suédois n’aimaient pas trop l’idée que leur jeu soit dominé par deux Anglais», dira quelques années plus tard Roy Hodgson. L’échec de l’équipe de Suède au Mundial 1978 (13e rang final) et à l’Euro 1980 (non qualifiée) incite la SvFF «à déclarer officiellement le 11 décembre 1980 que le style anglais ne sera plus appliqué en équipe nationale ni enseigné dans aucune institution nationale», mentionne Jonathan Wilson.
Il est pourtant repris par Sven-Göran Eriksson, alors jeune entraîneur peu connu, qui conduit l’IFK Göteborg à un triplé coupe-championnat-coupe de l’UEFA en 1982. Ironie de l’histoire, Eriksson est devenu en 2001 le premier étranger sélectionneur de l’équipe d’Angleterre. «Bob Houghton et Roy Hodgson ont eu une influence considérable sur le football suédois, soulignait il y a quelques années l’ancien sélectionneur Lars Lagerback dans le bien nommé magazine FourFourTwo. Ils ont changé la manière de jouer, mais aussi de s’entraîner, de préparer une équipe et d’aborder le football.» Roy Hodgson reviendra faire deux doublés coupe-championnat en 1986 et 1988 avec Malmö.
Trois promotions en quatre saisons
En 2010, sa trace est encore bien visible lorsque Graham Potter est nommé à Ostersunds, club relégué en quatrième division. L’ancien défenseur central de Southampton ou West Bromwich Albion n’a obtenu de poste qu’à l’Université de Hull lorsqu’il débarque avec femme et enfant dans une ville surtout connue des amateurs de biathlon, où le stade ne fait le plein que pour le motocross sur neige annuel. Il restructure le club, revoit la politique de recrutement, fait faire du théâtre et de la musique à ses joueurs «pour les sortir de leur zone de confort». Ostersunds sort de nulle part et Graham Potter de l’anonymat, avec trois promotions en quatre saisons, une victoire en Coupe de Suède (2017), une qualification en Ligue Europa émaillée d’une victoire à l’Emirates contre Arsenal. Au contraire de Houghton et Hodgson, son équipe est flexible tactiquement et aime garder le ballon mais «English Graham» est bien l’héritier de ce qui commence à ressembler à une longue tradition.
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Graham Potter alla scuola dei maghi
In crisi, la nazionale svedese, che sabato affronterà la Svizzera a Ginevra (ore 20:45), ha chiamato l'ex allenatore del Chelsea, che si era rivelato con l'Östersund. Prima di lui, diversi allenatori inglesi si sono fatti un nome in Svezia, tra cui un certo Roy Hodgson
«Agli svedesi non piaceva molto l'idea che il loro gioco fosse dominato da due inglesi»
- ROY HODGSON, EX ALLENATORE DELL'HALMSTAD
«English Graham» è l'erede di quella che sta diventando una lunga tradizione
15 novembre 2025 - Le Temps
L. F.
La nazionale svizzera di calcio non è sorpresa di non trovare Jon Dahl Tomasson sabato sulla panchina della Svezia. Molto contestato dopo la vittoria della Nati a Solna (0-2) lo scorso 10 ottobre, il danese è stato esonerato quattro giorni dopo, all'indomani di una nuova sconfitta in casa contro il Kosovo. Più sorprendente è stato invece il nome del suo successore: l'inglese Graham Potter, ancora alla guida del West Ham a settembre e allenatore del Chelsea due anni fa. E mentre Tomasson parlava in inglese, Potter ha tenuto la sua prima conferenza stampa in svedese, lingua che ha imparato tra il 2011 e il 2018 quando allenava l'Östersund.
Da Kipling alle rive del Baltico
Un Ct inglese alla guida della Svezia è come se la Svizzera avesse nominato un selezionatore inglese. Aspetta un attimo! È successo, circa trent'anni fa, con un certo Roy Hodgson. Che veniva dalla Svezia. Come Potter, Roy Hodgson era stato un modesto calciatore, aveva intrapreso la carriera di allenatore da giovane e da perfetto sconosciuto, in un'Inghilterra dove, come ci aveva detto Martin Chivers l'anno scorso, «l'importante non è cosa sai, ma chi conosci», prima di farsi un nome in Svezia. Hodgson era approdato nel regno di Carlo XVI Gustavo (di Svezia, ndr) su consiglio e raccomandazione del suo amico Bob Houghton. Houghton e Hodgson, una sorta di Dupont e Dupond originari di Croydon, a sud di Londra, hanno avuto un'influenza decisiva sul calcio locale, come prima di loro George Raynor, il primo allenatore inglese in Svezia e l'unico, ad oggi, ad essere stato nominato cavaliere dalla casa Bernadotte.
La carriera di George Raynor come allenatore era iniziata in modo piuttosto singolare. Nel 1939, i calciatori che non volevano essere arruolati nell'esercito dovevano impegnarsi come istruttori fisici per i soldati. Di stanza in Iraq, Raynor mise insieme una sorta di nazionale che ottenne risultati sufficientemente buoni da attirare l'attenzione di Stanley Rous, segretario generale della Federcalcio inglese (FA), il quale lo raccomandò alla Federcalcio svedese (SvFF) nel 1946. Ma non era forse un modo per allontanarlo? In Inghilterra, George Raynor, giocatore modesto, personaggio irascibile e ossessivo, non ebbe mai davvero la sua occasione, nemmeno dopo i successi con la Svezia: titolo olimpico nel 1948, terzo posto al Mondiale del 1950, secondo posto in quello del 1958, in casa, (in finale) contro il Brasile di Pelé. La Svezia non ha mai fatto di meglio, con buona pace di Zlatan Ibrahimovic.
Nel 1963 Raynor pensava di essere nominato alla guida della nazionale inglese in vista dei Mondiali del 1966. Dopotutto, era l'unico allenatore inglese ad aver disputato una finale mondiale. Ma la FA preferì Alf Ramsey, e l'esperienza (di Raynor) come allenatore nel suo Paese si ridusse alla fine a quattro miseri mesi al Coventry City. Questo disprezzo traspare in La piramide rovesciata, un'opera sulla tattica calcistica, in cui l'autore Jonathan Wilson gli dedica solo un paragrafo, attribuendo persino il titolo olimpico del 1948 alla neutralità della Svezia durante la guerra, che avrebbe lasciato i suoi giovani in condizioni fisiche migliori rispetto a quelli dei rivali.
Negli anni '50, George Raynor era comunque riuscito a mantenere ottimi risultati nonostante il dilettantismo che persisteva in Svezia e che spesso lo privava dei suoi migliori giocatori, partiti già nel 1949 per l'Italia.
Il dilettantismo obbligatorio cadde alla fine degli anni '60, insieme con un altro anacronismo: il sistema WM (una sorta di 3-2-2-3). Il calcio svedese iniziò allora a copiare lo stile di gioco della Germania Ovest (tre o cinque difensori con un libero sganciato, marcatura a uomo), ma soprattutto diede inizio a una pratica che avrebbe avuto la sua importanza: tutte le squadre del Paese dovevano adottare la stessa tattica. Due club si rifiutarono: il Malmö e l'Halmstad. Il primo era guidato dal 1974 da Bob Houghton, arrivato sconosciuto all'età di 27 anni, il secondo dal 1976 da Roy Hodgson, 29 anni e conosciuto solo dal suo amico Bob, che lo aveva raccomandato all'Halmstads. Questo duo può essere visto come una versione moderna di Daniel Dravot e Peachey Carnehan, i due avventurieri in viaggio verso la gloria e il Kafiristan ne L'uomo che volle farsi re di Rudyard Kipling.
Dal 1974 al 1980, anno in cui partono per Bristol (senza successo), le loro due squadre vincono cinque volte il campionato in sei stagioni: tre volte Houghton con il Malmö (1974, 1975, 1977), due volte Hodgson con l'Halmstads (1976, 1979). Houghton vinse inoltre quattro Coppe di Svezia e fece del Malmö l'unico club svedese ad aver disputato una finale di Coppa dei Campioni (ora Champions League), nel 1979, sconfitta per 1-0 contro il Nottingham Forest di Brian Clough, con un gol di Trevor Francis, il primo calciatore da 1 milione di sterline; quel Malmö schierava solo giocatori reclutati in un raggio di 30 chilometri.
In Svezia, «English Bob» e «English Roy» trionfano con le ricette che Hodgson porterà in Svizzera negli anni '90: un 4-4-2 piatto con marcatura a zona, uso proattivo della «trappola del fuorigioco», pressing in difesa e gioco diretto in avanti. Gli automatismi sono regolati al millimetro e ripetuti centinaia di volte durante allenamenti noiosi, ma sempre con il pallone. Lo stile non mette tutti d'accordo, troppo noioso e robotico, ma vince. «Agli svedesi non piaceva molto l'idea che il loro gioco fosse dominato da due inglesi», dirà qualche anno dopo Roy Hodgson. Il fallimento della nazionale svedese ai Mondiali del 1978 (13° posto finale) e agli Europei del 1980 (non qualificata) spinse la SvFF (la Federcalcio locale, ndr) «a dichiarare ufficialmente l'11 dicembre 1980 che lo stile inglese non sarebbe più stato applicato nella nazionale né insegnato in alcuna istituzione nazionale», riferisce Jonathan Wilson.
Viene però ripreso da Sven-Göran Eriksson, allora giovane allenatore poco conosciuto, che nel 1982 porta il Göteborg a una tripletta coppa-campionato-coppa UEFA. Ironia della sorte, nel 2001 Eriksson è diventato il primo straniero a guidare la nazionale inglese. “Bob Houghton e Roy Hodgson hanno avuto un'influenza considerevole sul calcio svedese”, sottolineava alcuni anni fa l'ex Ct Lars Lagerback nella rivista FourFourTwo. “Hanno cambiato il (nostro) modo di giocare, ma anche di allenarsi, di preparare una squadra e di affrontare il calcio”. Roy Hodgson tornerà a conquistare due double coppa-campionato nel 1986 e nel 1988 con il Malmö.
Tre promozioni in quattro stagioni
Nel 2010, la sua impronta è ancora ben visibile quando Graham Potter viene nominato all'Östersund, club retrocesso in quarta divisione. L'ex difensore centrale del Southampton e del West Bromwich Albion ottiene un posto solo all'Università di Hull quando arriva con moglie e figlio in una città nota soprattutto agli appassionati di biathlon, dove lo stadio fa il tutto esaurito solo per l'annuale motocross sulla neve. Riorganizza il club, rivede la politica di reclutamento, fa recitare e suonare i suoi giocatori “per farli uscire dalla loro comfort zona”. L'Östersund esce dal nulla e Graham Potter dall'anonimato, con tre promozioni in quattro stagioni, una vittoria nella Coppa di Svezia (2017) e una qualificazione all'Europa League coronata da una vittoria all'Emirates contro l'Arsenal. A differenza di Houghton e Hodgson, la sua squadra è tatticamente flessibile e ama mantenere il possesso palla, ma “English Graham” è il degno erede di quella che sta diventando una lunga tradizione.

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