« JE SUIS VENU POUR ÊTRE HEUREUX »
La nouvelle star brésilienne de l’OL et de la Ligue 1 assume monopoliser la majorité des tirs de son équipe. Le numéro 9 prêté par le Real Madrid nourrit de grandes ambitions à Lyon, où il s’est parfaitement adapté.
"Si tu ne joues pas bien dans ton club,
tu ne peux pas prétendre à la Seleçao"
31 Jan 2026 - L'Équipe
DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX RÉGIS DUPONT et HUGO GUILLEMET
DÉCINES (RHÔNE) – Endrick est une star qui sait se fondre dans le décor. Une demi-heure avant de nous accorder cet entretien, l’attaquant prêté par le Real Madrid patientait au milieu de la file des employés venant déjeuner à la cantine du centre d’entraînement de l’Olympique Lyonnais. À 19 ans, il arrive donc encore qu’il fasse son âge. Pourtant, moins d’un mois après son arrivée dans le Rhône, le prodige révélé il y a plus de trois ans avec Palmeiras a déjà profondément changé le paysage du club. Avant lui, l’OL gagnait malgré unpouvoir offensif trop neutre. Avec lui, ces limites semblent avoir disparu. Venu en Ligue 1 pour avoir sa chance au poste d’avant-centre de la Seleçao pour la prochaine Coupe du monde, le Brésilien a marqué quatre buts et délivré une passe décisive en trois matches. Et Lyon, neuf victoires d’affilée toutes compétitions confondues avant de recevoir Lille demain, peut rêver.Auteur d’un triplé dimanche face à Metz (2-5), Endrick partage sa joie avec ses coéquipiers Clinton Mata, Ainsley Maitland-Niles (n° 98) et Afonso Moreira.
Vous avez inscrit à Metz (5-2) le week-end dernier un premier triplé qui en annonce beaucoup d’autres ?
C’était une sensation incroyable pour moi. C’était aussi une victoire de plus pour l’équipe, et le plus important c’est d’aider l’équipe. Monadaptation est presque parfaite. Depuis que je suis arrivé, la communication avec mescoéquipiers et le staff est excellente. Je les remercie vraiment pour cette aide au quotidien. J’espère maintenant m’améliorer unpeu plus àchaque match, pour qu’à la fin de la saison nous atteignions nos objectifs.
Que connaissiez-vous de l’OL avant d’arriver ?
J’avais mapetite doc à la maison sur ce qu’était le club. Sur comment ça se passait au quotidien, qui étaient mes futurs coéquipiers… Le fait que les dirigeants viennent à ma rencontre, qu’ils me donnent leur parole, c’était marquant. J’ai ressenti leur confiance. J’ai trouvé ici une équipe vraiment très unie, où il y a de l’amitié, c’est important. C’est même le plus important. S’il y a une union sur le terrain et hors terrain, les choses sont plus fluides, naturelles.
Vous connaissiez la tradition brésilienne à Lyon ?
Oui, je sais que beaucoup de joueurs sont déjà passés ici, que les plus récents sont Lucas Paqueta et Bruno Guimaraes (2020-2022 tous les deux), que beaucoup de Brésiliens ont eu une histoire merveilleuse àl’OL. J’espère marquer aussi cette histoire. Avant de venir, j’en ai parlé avec Paqueta et Bruno. Ils m’ont dit que c’était un endroit où je pourrais être très heureux. Et ce n’était pas une blague.
Quels ont été les mots de Paulo Fonseca pour vous convaincre ?
Il aparlé de l’équipe, duplan de jeu, de ce qui serait fait si mavenueseconcrétisait. Il a été fondamental. Il m’a dit les choses, il m’a dit comment ça serait ici, et aujourd’hui c’est exactement comme je l’avais pensé, c’est merveilleux.
Aviez-vous vu beaucoup de matches avant de venir ?
Oui, quand j’ai su que j’allais certainement signer, j’ai regardé pas mal de matches de Ligue Europa et de Ligue 1. Je connaissais un peu l’équipe et les joueurs. Je ne suis pas arrivé ici sans connaître personne. J’ai vu vraiment beaucoup de matches de l’OL, et de très bons matches !
Êtes-vous ici en mission Coupe du monde ?
Non, je suis venu ici pour être heureux, pour jouer au football. Évidemment, c’est un rêve que j’ai, ça ne va pas changer. Si Dieu le veut, je disputerai la Copa mais mamission, c’est de bien jouer ici, parce que si tu ne joues pas bien dans ton club, tu ne peux pas prétendre à la Seleçao. Ma mission est de faire le meilleur pour Lyon. Et il y aura ensuite les conséquences qui vont avec. Comme pouvoir aider mon paysàgagner une Coupe du monde (sourire).
Vous jouez plutôt à droite depuis votre arrivée. Or la Seleçao cherche un avantcentre. Ça peut être un problème ?
Non, vous savez, tous ceux qui connaissent le foot savent que monposte n’est pas sur le côté droit, c’est “camisa nove” (numéro 9). Mais c’est ce que je dis toujours, je veux jouer et je vais tout faire pour jouer. Si on me dit d’être àdroite, je vais le faire pour aider monéquipe. À droite, Paulo (Fonseca) me laisse de la liberté. Et lors dudernier match, j’ai marquéle premier but dans une position de 9. Paulo sait que je suis un numéro9, mais il aeubesoin de moi à droite. Comme je l’ai dit, je suis là pour aider Lyon, pour être unplus. Commeailier droit ou comme numéro 9 ou même numéro 10.
On a l’impression que vous êtes placé à droite pour rentrer beaucoup dans l’axe…
J’ai joué dans cette position à Palmeiras, déjà, où j’avais aussi cette liberté. Ici, finalement, c’est la mêmechose. Je suis un numéro 9 qui aime participer unpeuplus au jeu. Bien sûr, quand je vais àdroite, j’ai l’opportunité de faire des choses que je ne fais pas dans la position de numéro 9, qui est un peu différente. Mais j’aime beaucoup cette liberté de pouvoir faire des mouvements à droite, pour que quelqu’un soit à l’intérieur. J’aime mesentir libre sur le terrain, mais bien sûr avec des obligations, défensives et offensives.
Paulo Fonaseca est portugais, comme Abel Ferreira qui vous a lancé à Palmeiras. Ils se ressemblent ?
Ils sont de la mêmeécoledepenséemais ils sont différents. L’identité de jeu n’est pas la mêmemaisils melaissent de la liberté sur le terrain.
Que vous a dit Abel Ferreira lorsque vous avez signé à Lyon ?
J’étais surpris, je ne m’attendais pas àce qu’il m’envoie unmessagepour medécrire Paulo entant qu’entraîneur. Il m’adit que c’était une bonne décision de venir ici. Abel est ungrand entraîneur, ungagnant. Il m’a appris beaucoup de choses qui m’ont fait grandir commejoueurmais aussi comme personne.
Et Carlo Ancelotti, votre ancien entraîneur au Real Madrid et actuel sélectionneur du Brésil ? Quand avez-vous échangé avec lui pour la dernière fois ?
Quandje suis parti duReal. Onaeuune conversation merveilleuse. Il m’a donné quelques conseils qui m’ont marqué. Maintenant, je dois travailler pour évoluer, devenir un meilleur joueur.
Que pensez-vous de la Ligue 1 ?
C’est une ligue très forte, très agressive. Les attaquants savent qu’ils vont avoir beaucoup de difficultés ici. J’ai vu beaucoup de matches quand Neymar est venu au Paris-Saint-Germain (en 2017). L’agressivité, la dureté physique, je l’ai vue souvent au Brésil. Mais ici, en plus de l’agressivité, il y a cette force, cette puissance. C’est ce que j’avais constaté à l’époque. Envenant ici, j’ai retrouvé ça. Je dois prendre mes précautions (rires).
Peut-on imaginer que vous restiez au- delà de votre prêt jusqu’en fin de saison ?
Dieu seul sait ce qu’il va se passer, s’il va me dire de rester ici ou pas. Personne ne sait déjà ce qu’il va advenir demain.
Vous avez 19 ans, mais vous semblez déjà très mature. Comment expliquer que vous êtes devenu très jeune un joueur important ?
J’ai commencétrès tôt. J’ai marquédes buts à16ans à Palmeiras, à 17 ans en Seleçao, j’ai signé avant mes 18 ans au Real Madrid. J’ai dû m’adapter à cette nouvelle vie très différente de mes premières années. Mon enfance a été difficile, voire très difficile. C’est le passé, mais ça reste marqué. Çam’aaidé, ça m’arenforcé.
Qui vous accompagne à Lyon ?
Àla maison je suis avec ma femme (Gabriely, une mannequin et influenceuse) et mes deux chiens. J’ai aussi, à Lyon, des amis, les gens qui travaillent avec moi, une équipe. C’est important de les avoir. Pour pouvoir être heureux et performant sur le terrain, il faut avoir une base solide au quotidien.
Vous avez plus de suiveurs sur les réseaux sociaux que l’OL. Avez-vous conscience d’avoir fait changer le club de dimension aussi dans ce domaine ?
J’en ai conscience mais ce n’est pas quelque chose qui m’impressionne. Je remercie bien sûr les Brésiliens qui me suivent, qui me donnent de la force. Le Brésil est avec moi, il regarde les matches de Lyon, nous supporte en Ligue Europa et enLigue 1et j’en suis très heureux.
Vous avez suscité beaucoup d’enthousiasme dès vos premières apparitions. Êtes-vous attaché au fait de faire le spectacle, au-delà du résultat ?
Non, c’est toujours le résultat qui compte. Mais c’est vrai que l’enthousiasme m’a impressionné, ici les supporters sont là à tous les matches, ils nous soutiennent du début àla fin, c’est vraiment un12e homme et ça nous aide.
Vous avez aussi changé le jeu de Lyon : vous monopolisez la moitié des tirs.
(Sourire.) Je suis le numéro 9 et les numéros 9font ça, ils cherchent toujours le but, ils cherchent toujours àfinir. Si mon partenaire est en meilleure position, je vais passer la balle, mais je suis unbuteur et c’est en tentant machancequeje vais aider l’équipe. Quandje suis sur le terrain, je regarde seulement le but. C’est l’objectif du football, de marquer.
Quel est votre référent dans le football ? Romario, dont votre jeu se rapproche ?
Non, Cristiano Ronaldo est le numéro1. Peut-être parce que je n’ai jamais vu jouer “l’Empereur” Romario. Ce que j’admire le plus c’est que Cristiano reste, à 40 ans, celui qui travaille plus que les autres. Il est proche de la retraite mais il est encore en capacité de jouer de nombreuses années. Je l’espère en tout cas.
À19 ans, Cristiano Ronaldo était encore un espoir qui pensait plutôt à dribbler avec Manchester United. Vous semblez, vous, déjà plus mature.
Mavie au Brésil était très mouvementée, il y avait une forte pression autour de moi et, malheureusement, untas de problèmes sociaux. Si on arrive à le gérer, ça fait grandir vite. J’aime bien cette comparaison avec Cristiano, qui aeuuneenfance difficile lui aussi. C’est unjoueur incomparable, qui atoujours travaillé très dur. Cette image de celui qui travaille au quotidien pour être le meilleur, elle meplaît.
Vous espérez jouer contre lui lors de la prochaine Coupe du monde ?
Ah, Cristiano… ce serait merveilleux. J’espère que ce match va avoir lieu et qu’on va le gagner (sourire). »
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EN BREF
19ANS (BRE), 1,73 m
Attaquant de Lyon.
14 sélections et 3 buts avec le Brésil.
Palmarès : champion du Brésil (2022 et 2023), vainqueur de la Supercoupe du Brésil (2023) avec Palmeiras ; vainqueur de la Supercoupe de l’UEFA (2024), de la Coupe intercontinentale (2024) et de la Coupe d’Espagne (2025) avec le Real Madrid.
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