Le «Picasso » de Monaco
Glenn Hoddle, entouré de Jean-Luc Ettori (à gauche)
et George Weah, en novembre 1988, avec Monaco.
Le match Monaco-Tottenham ravive le souvenir du transfert de Glenn Hoddle des Spurs vers l’ASM, en 1987. Malgré les blessures et le manque de considération de son sélectionneur, l’Anglais a brillé et laissé une trace indélébile dans la mémoire monégasque.
“J’avais regardé beaucoup de matches de Glenn
sur des K7 vidéos et à chaque fois je me disais :
“Mais purée, qu’elles sont belles, ses passes…”
- ARSÈNE WENGER, ANCIEN ENTRAÎNEUR DE MONACO
“Avec le recul, je considère Glenn comme
le meilleur coéquipier avec lequel j’ai pu évoluer.
Il avait des yeux dans le dos”
- LUC SONOR, ANCIEN JOUEUR'DE'MONACO
21 Oct 2025 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO
TNT Sports ne pouvait pas trouver de meilleur consultant pour ce match. Demain soir, pour le compte de la chaîne britannique, Glenn Hoddle commentera à Louis-II la rencontre de Ligue des champions opposant Monaco à Tottenham, soit deux clubs dont les supporters considèrent l’ancien milieu de terrain, âgé aujourd’hui de 67 ans, comme une légende.
Pourtant, si la trace qu’a laissée Hoddle chez les Spurs impressionne par sa netteté (il a fréquenté l’équipe première entre 1975 et 1987, remportant deux Coupes d’Angleterre et une Coupe de l’UEFA), son héritage monégasque apparaît au premier abord plus diffus, malgré le titre de champion de France décroché en 1988, avec seulement 87 matches disputés, et 30 buts inscrits, entre juillet 1987 et août 1989.
« Même s’il n’a pu donner la pleine mesure de son talent à Monaco en raison de ses blessures, et même s’il existe peu de vidéos en ligne des exploits qu’il y a réalisés, Glenn conserve une image exceptionnelle sur le Rocher, analyse l’historien officieux du club, Norbert Siri. L’an dernier, quand je présentais mon ouvrage consacré au centenaire de l’ASM, tous les fans qui l’avaient vu jouer me disaient que c’était l’un des meilleurs Monégasques de l’histoire. »
Ce que confirme sa présence dans « le onze de légende » de Monaco, désigné en mai par les lecteurs de Nice-Matin, et sa neuvième place dans notre classement des meilleurs joueurs monégasques de l’histoire.
Pourtant, il s’en est fallu de peu pour qu’Hoddle ne rejoigne pas la Principauté, puisqu'en juin 1987, alors qu’il décide à 29 ans de quitter le Championnat anglais en raison de sa brutalité latente, le meneur de jeu est d’abord proche de signer au PSG. Jusqu’au moment où il est sollicité par un technicien novateur de 38 ans : Arsène Wenger. Ce dernier, qui débute sa première saison à Monaco sur le banc, souhaite l’enrôler à tout prix, après avoir réussi un peu plus tôt à attirer un autre Anglais, le buteur Mark Hateley (qui évoluait à l’AC Milan).
« J’avais regardé beaucoup de matches de Glenn sur des K7 vidéos et à chaque fois je me disais: “Mais purée, qu’elles sont belles, ses passes…” » , se remémore Wenger, aujourd’hui directeur du développement du football mondial à la FIFA. Hoddle accepte de rencontrer l’Alsacien à Monte-Carlo, où le cadre autant que le discours de son interlocuteur le séduisent, comme il le raconte dans son autobiographie, Playmaker (HarperCollins, 2021): « Tout me plaisait: la plage, la météo, le manager. (…) C’était dingue de s’imaginer vivre dans un endroit pareil après avoir grandi dans un logement social à Harlow (une commune au nord de Londres). »
Néanmoins, après avoir signé un contrat de deux ans (avec une troisième en option), Hoddle connaît des premiers pas qui n’ont rien de paradisiaque. L’ancien Spur est déconcerté par les méthodes de Wenger, notamment l’intense préparation physique de pré-saison ou les exercices d’assouplissement à effectuer à l’issue des entraînements ( « à Tottenham, c’était déjà bien quand on réalisait des échauffements » , relève-t-il dans son livre).
Parallèlement, ses nouveaux coéquipiers font preuve de scepticisme à son égard. « Quand Arsène nous a dit qu’il avait recruté deux Anglais, on a rigolé, parce qu’à cette époque le foot britannique semblait très inférieur au foot français, relate l’ex-défenseur Luc Sonor, qui avait rejoint Monaco un an plus tôt. Et puis, lors du premier entraînement avec ballon auquel Glenn a participé, on s’est tous regardé en disant : “Mais putain, c’est qui ce mec?” »
Wenger poursuit : « Ils ont vite compris qu’ils avaient affaire à un joueur exceptionnel, par sa vision du jeu et sa qualité de passes des deux pieds… Glenn figure dans le top 10 des joueurs que j’ai dirigés et j’ai eu la chance d’en croiser des bons (il sourit). » Sonor, lui, est encore plus élogieux: « Avec le recul, je considère Glenn comme le meilleur coéquipier avec lequel j’ai pu évoluer. Il avait des yeux dans le dos. Il me disait: “Va Luc, prends ton couloir, ne te retourne pas.” Je fonçais côté gauche et le ballon m’arrivait toujours dans un timing parfait… Pareil pour Manu (Amoros) de l’autre côté. C’était un bonheur de jouer avec lui. »
É lu meilleur étranger de D1 en 1988 par « France Football »
À la pointe de l’attaque, c’est Hateley, auteur de 14 buts lors de la saison 1987-1988, qui a d’abord profité de la vista de Hoddle, puis George Weah, qui débarque à l’été 1988 au sein d’un effectif qui vient d’être sacré champion de France. « Quand Glenn était blessé, la première chose que me demandait George, c’était: “Alors quand est-ce que Glenn revient?”» , se souvient Wenger.
Progressivement, Hoddle se mue également en buteur, au point de trouver les filets à 20 reprises, toutes compétitions confondues, lors de l’exercice 1988-1989, conclu cette fois à la troisième place de la Division 1. « Cette saison-là, il a notamment marqué un but d’un lob somptueux à Lille (4-2, le 3 décembre 1988), restitue Marcel Dib, qui évoluait à ses côtés dans l’entrejeu monégasque. Glenn, c’était Picasso, un mec capable de faire gagner un match sur un coup de génie. »
Glenn Hoddle a été entraîné par Arsène Wenger (photo du haut,
à gauche, en octobre 1987) à Monaco, où il a marqué 30 buts.
La presse française tombe également sous le charme, comme l’illustre son trophée de meilleur joueur étranger évoluant en D1 décerné par France Football en 1988 ou le simple énoncé des titres d’articles qui lui sont alors consacrés, tels « Et Dieu créa Hoddle » ( France Football, le 2 février 1988), « Le foot selon saint Glenn » ( L’Équipe, le 16 février 1988) ou encore « Ah si Hoddle était français! » ( L’Équipe, 3 mars 1989).
Une histoire contrariée en sélection
Cette dernière interjection aurait pu être énoncée par le patron des Bleus de l’époque, Michel Platini, qui a souvent répété que si « saint Glenn » avait été français, il aurait eu au moins 100 capes. Or, Hoddle n’a évolué qu’à 53 reprises avec les Trois Lions, dont 9 seulement après avoir rejoint l’ASM.
« La sélection anglaise évoluait dans un 4-4-2 très strict, dans lequel Glenn était souvent positionné devant la défense, ce qui ne lui convenait pas, rappelle Wenger. Ça l’affectait beaucoup car il aime profondément son pays. » Au point de déclarer dans France Football, le 13 juin 1989, après la finale de Coupe de France perdue face à l’OM (3-4), alors qu’il est ignoré par son sélectionneur Bobby Robson depuis plus d’un an: « Je ne perds toujours pas espoir de revenir en sélection. »
Mais, à peine deux mois plus tard, le 12 août, à Caen (1-1), Hoddle contracte une blessure au genou gauche dont il ne se remettra jamais vraiment, malgré plusieurs passages sur le billard. Le moral en berne, l’Anglais rentrera au pays à la fin de l’année 1990, pour se reconvertir en entraîneurjoueur à Swindon, un club de Deuxième Division.
« Les mois qui ont précédé son départ étaient durs à vivre, on se sentait complètement impuissants vis-à-vis de sa blessure, indique Wenger. On se rendait compte qu’on était en train de perdre un joueur fantastique. » Que les supporters monégasques, trente-cinq ans plus tard, n’ont manifestement pas oublié.
***
Glenn Hoddle, circondato da Jean-Luc Ettori (a sinistra)
e George Weah, nel novembre 1988, con il Monaco.
Il "Picasso" del Monaco
La partita Monaco-Tottenham riporta alla memoria il trasferimento di Glenn Hoddle dagli Spurs all'ASM, nel 1987. Nonostante gli infortuni e la scarsa considerazione del suo allenatore, l'inglese ha brillato e lasciato un segno indelebile nei ricordi dei monegaschi.
"Avevo guardato molte partite di Glenn
su videocassette e ogni volta mi dicevo:
'Cavolo, ma quanto sono belli i suoi passaggi...'"
- ARSÈNE WENGER, EX ALLENATORE DEL MONACO
"Col senno di poi, considero Glenn
il miglior compagno di squadra con cui abbia mai giocato.
Aveva gli occhi anche dietro la schiena"
- LUC SONOR, EX GIOCATORE DEL MONACO
21 ottobre 2025 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO
TNT Sports non poteva trovare un consulente migliore per questa partita. Domani sera, per conto dell'emittente britannica, Glenn Hoddle commenterà allo stadio Louis-II l'incontro di Champions League tra il Monaco e il Tottenham, due club i cui tifosi considerano l'ex centrocampista, oggi 67enne, una leggenda.
Tuttavia, sebbene l'impronta lasciata da Hoddle negli Spurs sia impressionante per il suo nitore (vi ha giocato tra il 1975 e il 1987, vincendo due Coppe d'Inghilterra e una Coppa UEFA), la sua eredità monegasca appare a prima vista più sfumata, nonostante il titolo di campione di Francia conquistato nel 1988, con solo 87 presenze e 30 gol tra il luglio 1987 e l'agosto 1989.
«Anche se non ha potuto esprimere appieno il suo talento a Monaco a causa degli infortuni e anche se online ci sono pochi video delle sue prodezze, Glenn conserva un'immagine eccezionale nel Rocher», analizza lo storico ufficioso del club, Norbert Siri. L'anno scorso, quando ho presentato il mio libro dedicato al centenario del Monaco, tutti i tifosi che lo avevano visto giocare mi hanno detto che è stato uno dei milgiori giocatori nella storia del club".
Ciò è confermato dalla sua presenza nella “formazione delle leggende” del Monaco, stilata maggio dai lettori del Nice-Matin, e dal suo nono posto nella nostra classifica dei migliori giocatori monegaschi della storia.
Eppure, ci mancò poco che Hoddle non si trasferisse nel Principato, poiché nel giugno 1987, quando a 29 anni decide di lasciare il campionato inglese a causa della latente brutalità del gioco, il trequartista all'inizio era prossimo alla firma con il PSG. Fino al momento in cui non venne contattato da un innovativo allenatore di 38 anni: Arsène Wenger. Quest'ultimo, all'esordio sulla panchina del Monaco, desidera ingaggiarlo a tutti i costi, dopo essere riuscito poco prima ad attirare un altro inglese, il cebtravanti Mark Hateley (che giocava nel Milan).
"Avevo guardato molte partite di Glenn su videocassette e ogni volta mi dicevo: 'Cavolo, che passaggi meravigliosi...'", ricorda Wenger, oggi direttore dello sviluppo del calcio mondiale alla FIFA. Hoddle accetta di incontrare l'alsaziano a Montecarlo, dove sia l'ambiente sia il discorso del suo interlocutore lo affascinano, come racconta nella sua autobiografia, Playmaker (Harper-Collins, 2021): «Mi piaceva tutto: la spiaggia, il clima, il manager. (...) Era pazzesco immaginare di vivere in un posto del genere dopo essere cresciuto in un alloggio popolare a Harlow (un comune a nord di Londra)».
Tuttavia, dopo aver firmato un contratto biennale (più opzione per un terzo anno), Hoddle ha avuto un inizio tutt'altro che paradisiaco. L'ex giocatore degli Spurs era sconcertato dai metodi di Wenger, in particolare dall'intensa preparazione fisica pre-stagionale e dagli esercizi di stretching da eseguire al termine degli allenamenti (“al Tottenham era già tanto se facevamo il riscaldamento”, sottolinea nel suo libro).
Allo stesso tempo, i suoi nuovi compagni di squadra mostrano scetticismo nei suoi confronti. “Quando Arsène ci ha detto che aveva ingaggiato due inglesi, abbiamo riso, perché a quel tempo il calcio britannico sembrava molto inferiore a quello francese”, racconta l'ex difensore Luc Sonor, che era arrivato al Monaco un anno prima. E poi, durante il primo allenamento con il pallone a cui Glenn ha partecipato, ci siamo guardati tutti dicendo: “Ma chi cazzo è questo tizio?”
Wenger continua: «Hanno capito subito di avere a che fare con un giocatore eccezionale, grazie alla sua visione di gioco e alla qualità dei suoi passaggi, e con entrambi i piedi... Glenn è nella top 10 dei giocatori che ho allenato e ho avuto la fortuna di incontrarne di forti (sorride)». Sonor è ancora più elogiativo: «Col senno di poi, considero Glenn il miglior compagno di squadra con cui abbia mai giocato. Aveva gli occhi anche dietro la schiena. Mi diceva: “Vai, Luc, prenditi la fascia, non voltarti”. Io correvo sulla sinistra e la palla mi arrivava sempre con un tempismo perfetto... Lo stesso valeva per Manu (Amoros) dall'altra parte. Era una gioia giocare con lui. »
Eletto "Miglior straniero" della D1 nel 1988 da «France Football»
In attacco, è Hateley, autore di 14 gol nella stagione 1987-1988, a beneficiare per primo della visione di gioco di Hoddle, seguito da George Weah, che arriva nell'estate del 1988 in una squadra appena incoronata campione di Francia. “Quando Glenn era infortunato, la prima cosa che George mi chiedeva era: ‘Allora, quando torna Glenn?’”, ricorda Wenger.
Gradualmente, Hoddle si trasforma anche in un goleador, al punto da segnare 20 reti fra tutte le competizioni nella stagione 1988-1989, conclusasi questa volta al terzo posto nella allora Division 1. “In quella stagione, ha segnato un gol con un magnifico pallonetto a Lille (4-2, il 3 dicembre 1988)”, ricorda Marcel Dib, che giocava al suo fianco nel centrocampo monegasco. “Glenn era Picasso, uno capace di vincere una partita con un colpo di genio”.
Glenn Hoddle è stato allenato da Arsène Wenger (foto in alto, a sinistra, nell'ottobre 1987) a Monaco, per il quale ha segnato 30 gol.
Anche la stampa francese cade sotto il suo fascino, come dimostrano il trofeo di Miglior giocatore straniero della D1 assegnatogli da France Football nel 1988 o i titoli degli articoli a lui dedicati, come «E Dio creò Hoddle» ( France Football, 2 febbraio 1988), “Il calcio secondo san Glenn” (L'Équipe, 16 febbraio 1988) o ancora “Ah, se Hoddle fosse francese!” (L'Équipe, 3 marzo 1989).
Una storia travagliata in nazionale
Quest'ultima esclamazione avrebbe potuto essere pronunciata dall'allora Ct dei Bleus, Michel Platini, che spesso ripeteva che se “san Glenn” fosse stato francese, avrebbe collezionato almeno 100 presenze in nazionale. Hoddle, invece, ha giocato solo 53 volte con i Tre Leoni, di cui appena 9 dopo essere passato al Monaco.
«La nazionale inglese giocava con un 4-4-2 molto rigido, in cui Glenn era spesso schierato davanti la difesa, cosa che non gli andava a genio», ricorda Wenger. «Questo lo influenzava molto perché ama profondamente il suo Paese». Al punto che il 13 giugno 1989, dopo la finale di Coppa di Francia persa (3-4) contro l'OM, dopo essere stato ignorato dal suo allenatore Bobby Robson per più di un anno, dichiarò a France Football: « Non ho ancora perso la speranza di tornare in nazionale. »
Ma, appena due mesi dopo, il 12 agosto, a Caen (1-1), Hoddle subì un infortunio al ginocchio sinistro dal quale non si riprese mai del tutto, nonostante diversi interventi chirurgici. Con il morale a terra, l'inglese torna in patria alla fine del 1990 per riciclarsi come allenatore-giocatore allo Swindon Town, club di seconda divisione.
«I mesi che precedettero la sua partenza furono difficili da vivere, ci sentivamo completamente impotenti di fronte al suo infortunio», racconta Wenger. «Ci rendevamo conto che stavamo perdendo un giocatore fantastico». Cosa che i tifosi monegaschi, trentacinque anni dopo, evidentemente non hanno dimenticato.
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