Tout pour l’Amérique
Cooper Flagg au dunk contre les Charlotte Hornets
lors d’un match de pré-saison, le 11 octobre à Dallas.
Requinquée par l’arrivée du phénomène de Dallas Cooper Flagg au coeur d’un Texas devenu l’épicentre des débats, la NBA imagine redonner sous peu un accent très américain à son basket.
21 Oct 2025 - L'Équipe
AMAURY PERDRIAU
La NBA virerait-elle nombriliste? Alors qu’elle est devenue en presque cinq décennies – des années 1980 à aujourd’hui – un modèle d’ouverture au monde, un dangereux tournant la menace. Étonnant pour une Ligue qui depuis la première investiture de Donald Trump (2017) ne manquait pas une occasion de le bâcher. Seraitelle soudainement devenue gaga de son « MAGA » ( Make America Great Again, « rendre sa grandeur à l’Amérique »), précepte dérivé de la « Doctrine Monroe » (du nomdu cinquième président américain) qui, en décembre 1823, revendiquait « l’Amérique aux Américains » face à une Europe éprise de colonialisme?
Le trait est grossi, mais la vérité n’est plus si éloignée de la caricature. À l’aube de la saison 20252026, le basket US, sevré d’icônes locales, contraint de voir depuis 2018 les trophées de MVP de la saison régulière finir entre deux pognes étrangères (Antetokounmpo, Jokic, Embiid) ou au mieux voisines (le Canadien Shai Gilgeous-Alexander au printemps), entrevoit la fin du tunnel. Avec au bout la promesse de redonner aux crus du terroir leurs lettres de noblesse. Celles préservées sur la scène internationale, des JO de Pékin (2008) à ceux de Paris l’été dernier, même si le Vieux Continent n’a jamais semblé aussi menaçant.
Cooper Flagg, un Larry Bird moderne ?
Longtemps resté « l’Élu », dont l’intense rivalité avec Stephen Curry (4 duels en finale d’affilée entre 2015 et 2018) commence à dater, le vieillissant LeBron James (41 ans en décembre, voir page 17) doit enfin passer le flambeau au nouveau Prophète « made in USA ». Avant de tirer sa révérence?
Clin d’oeil à cette Amérique au patriotisme facilement exacerbé, le Messie 2.0 évangélisera depuis le Texas et Dallas. Le besoin d’incarnation transpire jusqu’à son nom, aux airs de bannière étoilée. Cooper Flagg. « Il est la version blanche de LeBron James », osait il y a peu l’ancien joueur des Boston Celtics Kendrick Perkins, quand d’autres voient chez le gamin de 18 ans, porté depuis le lycée par une hype sans pareille, le Larry Bird des temps modernes.
Un choc très attendu contre Wembanyama
Pour le « Maine Event », 2,06 m sous la toise et une polyvalence rarement observée, s’affranchir des caricatures maladroites du « sauveur blanc » sera ardu. Depui s 2024, Cai t l i n Cl ar k en éprouve encore les relents dans les rangs de la petite soeur WNBA.
Demain soir, en ouverture de la saison des « Mavs » de Dallas, le choc tant attendu face à Victor Wembanyama et les San Antonio Spurs ramènera tout le monde à une réalité plus alléchante : au pays de la balle orange, le Texas n’est pas le Lone Star State (État de l’étoile solitaire). Le prodige français, lui aussi premier de sa classe en 2023, de retour sur les planches après huit mois d’arrêt (thrombose veineuse à l’épaule droite), s’évertuera à le prouver. « Je pense que personne ne s’est entraîné comme moi cet été, les progrès que j’ai effectués sont tout simplement incroyables. […] Ce que j’ai fait, c’est d’un niveau mondial », promet même « l’Alien », que ses aînés, en contrepied des espoirs naissants, imaginent en MVP de la saison. Avec Flagg dans son ombre.
À quelques encâblures des deux jeunes cow-boys, l’atterrissage de Kevin Durant (37 ans) chez les Houston Rockets cet été n’a fait que confirmer la nouvelle donne: le sud du pays est le nouvel épicentre de la NBA, et la Conférence Ouest sera toujours aussi étouffante. On en oublierait presque qu’un peu plus au nord, au coeur de « l'Allée des Tornades », siège le champion en titre Oklahoma City Thunder. Lequel ne demande qu’à tout balayer à nouveau.
La Grande Ligue veut changer de prisme
Qu’importe si, côté Atlantique, les débats seront moins intenses, concentrés autour des New York Knicks. Indiana (finaliste la saison dernière) et Boston (champion 2024) attendent les retours (après l’hiver 2026?) de Tyrese Haliburton et Jayson Tatum. Onze des dix-neuf Français sur la ligne de départ (dont quatorze de moins de 23 ans) s’ébroueront dans les franchises de l’Est, tous en quête de temps de jeu ou de progression, guidés par l’autre Frenchie n°1 de Draft (2024), Zaccharie Risacher (Atlanta Hawks).
À l’aube de ses 80 ans, la Grande Ligue veut changer de prisme. L’heure est désormais aux comparatifs. Le si ennuyeux All-Star Game de ces dernières années sera relifté en février au coeur du bijou technologique qu’est l’Intuit Dome de Los Angeles, futur théâtre des Jeux 2028. Avec, enfin, une première réponse à la grande équation: États-Unis contre le reste de la planète, qui est le plus fort?
Un intrigant choc des cultures, réclamé de longue date, qui viendra rappeler que les dirigeants de la NBA sont passés à l’offensive hors de leurs frontières. La NBA
Europe, c’est pour demain – « pas au-delà de 2028 », assure le patron Adam Silver. Et pas grand monde n’a voix au chapitre. L’heure est à l’autoritarisme et à la recherche constante de revenus, qu’ils viennent du Moyen-Orient ou d’Europe, adossés à des salaires toujours plus mirobolants.
Sans céder au Trumpisme ni dresser de mur face à l’afflux d’étrangers toujours plus talentueux, le Championnat nordaméricain entend donc s’appuyer cette saison sur ses ancrages profonds et son nouvel ambassadeur afin de s’affirmer un peu plus en roi de l’échiquier. « Le basket est probablement le sport qui grandit le plus vite dans le monde actuellement », avançait Silver le mois dernier. Sa reconquête désormais en marche, la NBA et son porte-étendard Flagg n’imaginent rien d’autre que de jouer tous les ballons.
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