Aux origines de la «Vieille Dame»
1982 - La carrière de Michel Platini, ici en 1982,
est indissociable de la Juventus et de son iconique maillot noir et blanc.
Des rayures noires et blanches, sobres et classiques : la Juventus Turin est indissociable de son maillot, « emprunté » au club anglais de Notts County après un improbable concours de circonstances.
"Il y a aussi cette idée d’un choix fort, d’un contraste total, du noir et du blanc, c’est tranché, et cela colle aux valeurs de ce club qui veut toujours gagner, avec caractère"
- PAOLO GARIMBERTI, PRÉSIDENT DU JUVENTUS MUSEUM
28 Jan 2026 - L'Équipe
MÉLISANDE GOMEZ
L’ordre n’est pas commun, d’abord la couleur, puis le noir et blanc, mais le football n’est pas la photographie et c’est en rose que la Juventus a disputé ses premières saisons, à la toute fin du XIXe siècle. Elle a été fondée en 1897 par un groupe d’étudiants pris de passion pour ce nouveau sport en vogue venu d’Angleterre, et on s’équipe comme on peut, au départ.
« Un des étudiants fondateurs était le fils d’un marchand de textiles, ils avaient du tissu rose et ils ont donc fabriqué des chemises roses pour les joueurs » , raconte Paolo Garimberti, président du Juventus Museum et fin connaisseur de l’histoire du club. Ils ont joué avec jusqu’en 1903, quand elles sont devenues trop usées par les lavages successifs. « Il fallait une couleur plus forte parce que le rose devenait vite trop pâle, et le rouge a été choisi, poursuit Garimberti. Un des joueurs, d’origine anglaise, est donc allé chercher des maillots de Nottingham Forest, mais il est rentré avec ceux de Notts County, l’autre club de la ville. »
En ouvrant le paquet et en dépliant ces maillots rayés noir et blanc, l’enthousiasme reste très mesuré. « À la Juve, ils n’étaient pas très contents, ils trouvaient que c’était un maillot triste, comme pour un deuil, explique Fabio Vergnano, qui a longtemps suivi la Juve pour le quotidien turinois la Stampa, avant de diriger Hurra Juventus, le magazine du club. Pour des raisons économiques, ils ont gardé ces maillots qu’ils venaient d’acheter. »
Et ils ne les ont plus jamais quittés depuis parce que ces tuniques rayées ont accompagné les premiers succès de la Juventus, le premier titre en 1905, puis une série de cinq Scudetti d’affilée au début des années 1930, alors que le club avait été acheté par la famille Agnelli, puissante propriétaire de la FIAT, en 1923. « Après le premier titre, le club est devenu très populaire et le maillot avec lui, poursuit Paolo Garimberti. Il y a aussi cette idée d’un choix fort, d’un contraste total, du noir et du blanc, c’est tranché, c’est décidé, et cela colle aux valeurs de ce club qui veut toujours gagner, avec caractère, avec une équipe déterminée. »
Au fil des décennies, et malgré quelques difficultés pour floquer des numéros visibles à la fois sur du noir et du blanc, le maillot domicile n’a jamais abandonné ses rayures, habillées d’un équipementier, Robe di Kappa, en 1978, puis d’un sponsor, la marque d’électroménager Ariston, en 1981. Avec le temps et l’appétit d’équipementiers qui veulent séduire la jeunesse, il a fallu accepter des rayures parfois un peu fantaisistes, floues ou sinusoïdales.
Un chant des supporters de Notts County en hommage à leur filiation
Pour les puristes, forcément, rien ne peut s’approcher de la sobriété élégante du noir et blanc, qui représente autant le club que ses propriétaires. « Les Agnelli avaient un certain style et ils ont voulu que l’équipe ait le même, l’éducation, la mesure, pas de choses excessives ni vulgaires: le maillot noir et blanc correspondait parfaitement à tout ça » , constate Vergnano.
L’autre privilège du noir et blanc, c’est qu’il traverse les époques sans prendre une ride. « C’est l’histoire, les vieilles photos, apprécie Paolo Garimberti. Quand on voit les photos des titres des années 1930, ce sont déjà nos couleurs, et elles ne changeront jamais. Comme le slogan du club : fino alla fine. » À Notts County, actuellement en League Two (D4 anglaise), les couleurs n’ont pas apporté autant de gloire qu’à Turin, mais les supporters anglais savent s’amuser et, quand ils gagnent un match, ils continuent de chanter : « Juve, it’s just like watching Juve! » Ils n’ont pas les mêmes trophées, mais ils ont le même maillot.
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Bossue et fière de l’être
28 Jan 2026 - L'Équipe
M. Go.
Parce qu’elle attise autant de passions que d’animosité, la Juventus, club le plus aimé et le plus détesté d’Italie, charrie avec elle différents surnoms. Celui de « Vecchia Signora » (vieille dame) est le plus connu, y compris à l’international, né du contraste avec son nom (qui signifie « jeunesse » en latin) et de son statut d’ancienne, puisqu’elle est l’un des premiers clubs transalpins à avoir remporté le scudetto (derrière le Genoa et le Milan). Mais en Italie, c’est le surnom de « Gobbi » (bossus) qui revient le plus souvent quand il est question de la Juve et de ses tifosi. Parce que les vieilles dames ont le dos courbé ? Surtout pour un maillot trop large, celui de la saison 1957-58 et du trio magique, Charles-Sivori-Boniperti. Ces maillots, taillés comme des chemises très larges, gonflent quand les joueurs courent et leur font comme une bosse dans le dos. Cette saison-là, la Juventus remporte son dixième scudetto, plus qu’aucun autre club italien à l’époque, et son président, Umberto Agnelli, a l’idée de coudre une étoile sur le maillot pour symboliser les dix titres. Les instances du foot italien, affaiblies par la qualification manquée à la Coupe du monde 1958, ne peuvent pas vraiment s’opposer, et acceptent donc l’étoile. Depuis, l’Inter et le Milan ont aussi eu droit à leurs étoiles (20 titres et deux étoiles pour l’Inter, 19 titres et une étoile pour le Milan), mais seule la Juve en a trois (36 scudetti). Aucun règlement ne stipule pourtant que dix titres valent une étoile sur le maillot, mais la tradition est partie pour durer.
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