Unibet Rose Rockets - L’ovni ambitieux
Bas Tietema, Dylan Groenewegen, Marcel Kittel, Victor Lafay et Wout Poels
(de gauche à droite) sont les figures du projet des Unibet Rose Rockets.
Fondée en 2023 par un ex-coureur devenu youtubeur, la ProTeam Unibet Rose Rockets entend dépoussiérer le peloton en fédérant une vraie communauté. Mais en dépit de l’apparence décontractée de cette jeune formation, française depuis l’an dernier, l’ambitio
"Le secteur où on a le plus de chances de gagner une étape,
c’est sans doute au sprint"
- BENJAMIN ABITBOL, MEMBRE DU DIRECTOIRE
DE LA FORMATION UNIBET ROSE ROCKETS
28 Jan 2026 - L'Équipe
AUDREY QUÉTARD
Le cyclisme est trop vieux jeu, vous dites ? Une bande d’hurluberlus a pourtant convaincu Dylan Groenewegen de gonfler une centaine de ballons de baudruche, de les enrouler sur un vélo et, pendant que Marcel Kittel, censé superviser l’opération, dévorait une Kartoffelsalat dans une voiture de directeur sportif, le sprinteur néerlandais a laissé l’engin s’envoler – pour de faux – comme dans le film Làhaut. Si, si, on vous jure.
Toute cette ostentation pour présenter la nouvelle monture d’Unibet Rose Rockets et bizuter, en passant, deux des recrues vedettes de cette jeune formation. Une équipe détonnante par sa relation symbiotique avec la génération alpha, son concept de franchise moderne, son storytelling de gravissement des échelons à l’américaine et son identité française qu’elle n’embrasse qu’à moitié. Vingt-sixième au classement UCI à l’issue d’une saison 2025 honorable (cinq succès), la formation Pro Team (deuxième division), fondée et patronnée par le baroque Bas Tietema, ancien espoir du cyclisme néerlandais devenu youtubeur, lorgne une invitation sur le Tour de France, et son mercato d’hiver peut l’autoriser à en rêver.
Une communication « rock’n’roll » pour créer une fan-base inédite
Après avoir pas mal tergiversé sur la suite à donner à sa vie, Victor Lafay a choisi de reclipser les cales chez Unibet Rose Rockets cette saison, séduit par « son côté rock’n’roll », image-t-il, et une communication qui fait sourire. Le Français (29 ans) est prêt à jouer l’acteur dans les vidéos des coulisses de la structure, We Are The Rockets, ou dans les pastiches humoristiques de ses réseaux sociaux, des sketches à la sauce TikTok. C’est que l’image sympathique que souhaitent propulser les « Rockets », avec le fun et le style via leur maillot rainuré bleu et rose clinquants, entend secouer un cyclisme « encore, par certains aspects, archaïque », note Lafay. À rebours de la pratique du naming, armature traditionnelle de l’économie du peloton, ils veulent fidéliser une communauté avec un nom de franchise pérenne, pour qu’un fan s’attache moins aux individualités qu’à un collectif. L’ovni veut former un corps uni avec « la plus grande fan-base de ce sport, assume, dans un sourire enthousiaste, Bas Tietema. Nous sommes partis du bas et nous essayons aujourd’hui de nous battre contre les meilleures équipes du monde. C’est cette histoire que nous racontons. »
Une (fausse) identité française
En janvier 2025, Unibet Rose Rockets obtenait une licence française, une étrangeté compte tenu des origines purement bataves du projet et de l’ossature pas franchement franchouillarde qui le supervise. Né d’une contrainte législative aux Pays-Bas, ce revirement s’est révélé profitable avec un calendrier musclé, une invitation sur Paris-Roubaix et une visibilité bienvenue dans le contexte d’un projet Tour de France. Ces avantages établis, pas de quoi non plus bouleverser toute la culture de l’équipe. « Nous avons une licence française, mais nous sommes vraiment internationaux, confirme Julia Soek, la manager. Avoir un mélange de nationalités fait partie de notre identité. » Benjamin Abitbol, membre du directoire de la formation, chargé de son expansion en France justement, souligne: « On ne veut pas devenir l’équipe bleu-blancrouge, avec 25 coureurs français sur 30 (la formation en compte 6 sur 30), mais on souhaite développer notre existence en France. On ne cherchera pas à séduire les fans français parce qu’on est français, mais parce que nous sommes les Rockets. » Reçu. Les « fusées » veulent se mettre en orbite dans le monde entier. Et pour atteindre leur planète mère, la France, Benjamin Abitbol a reçu la mission de « franciser l’effectif » cet hiver.
Un recrutement d’ampleur pour viser le Tour de France
De ce côté-là, la pioche a été très bonne avec l’arrivée d’un double vainqueur d’étape en grand Tour, Victor Lafay. Ou du septuple champion de France de cyclocross, Clément Venturini, qui a frôlé la retraite après la fin d’Arkéa-B&B Hotels. Le Lyonnais a remporté la Coupe de France 2025, « une compétition qui nous tient à coeur, avec des courses adaptées à nos coureurs », remarque Bas Tietema, qui la place haut dans ses convoitises de la saison, avec celle tacite de doubler les points UCI de l’équipe, comme lors des deux années précédentes.
Alors, Unibet Rose Rockets a recruté deux vétérans néerlandais qui savent y faire: le grimpeur Wout Poels (XDS Astana, 38 ans), primé deux fois en grand Tour et sur Liège Bastogne-Liège en 2016, et Dylan Groenewegen (Jayco AlUla, 32 ans), sextuple vainqueur d’étape sur le Tour de France.
Tiens, tiens, la Grande Boucle, l’objectif de base et ultime des Rockets auquel le tandem néerlandais, avec son aura médiatique et son passif juillettiste, pourrait sacrément contribuer. Pour obtenir l’une des deux invitations d’abord – hormis TotalEnergies, Cofidis, Groupama-FDJ et Decathlon CMA CGM sont conviées automatiquement –, puis pour s’y démarquer ensuite. « On ne veut pas juste y participer pour faire de la figuration », relève Benjamin Abitbol. Et parce qu’il faut « être réaliste », le paquet a été mis sur le sprint, terrain un brin plus ouvert que les autres. « Oui, le secteur où on a le plus de chances de gagner une étape, c’est sans doute au sprint. »
D’autant plus que Groenewegen, qui a rejoint la structure avec l’un de ses plus fidèles lanceurs, son compatriote Elmar Reinders, sera encadré par l’ancienne star du sprint allemand Marcel Kittel, quatorze bouquets sur le Tour, quatre sur le Giro et un sur la Vuelta. « Il nous fallait renforcer le staff, reprend Julia Soek. Outre Marcel (Kittel) et son immense expérience, nous avons fait venir deux directeurs sportifs, Martijn Budding et Roger Hammond. » Le premier sera là en soutien du groupe sprint, le second davantage orienté classiques, l’autre champ que souhaite moissonner Unibet Rose Rockets avec Poels, la révélation de sa saison dernière Lukas Kubis (25 ans) ou ses deux Frenchies, Lafay et Venturini. « On parle beaucoup de plaisir et d’amusement dans la culture que nous avons créée, rappelle Soek, mais gagner des courses, c’est aussi beaucoup de fun. »
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