Chelle le fidèle


À 48 ans, le sélectionneur du Nigeria s’appuie toujours sur ses aventures provençales, à Consolat puis Martigues. 
De cette époque, il a gardé des amitiés profondes qui ont aussi façonné son staff.

“Éric évoque souvent les coaches connus en carrière qui ont un double discours, manquent d’honnêteté avec les joueurs. 
Lui dit la même chose en réunion avec le staff et en réunion avec les joueurs"
   - FLORIAN NICOLA, RESPONSABLE 
     SPORTIF DU CLUB DE GAP

14 Jan 2026 - L'Équipe
MATHIEU GRÉGOIRE (avec H. P.)

Les petits riens font les grandes épopées, et en ancien intendant, Majid Saïdi le sait bien. Fin décembre, quand il a visité son ami Éric Chelle à l’hôtel Sahrai de Fès, le camp de base du Nigeria sur cette CAN, il a déposé délicatement des tablettes de Crunch dans sa chambre. « Son rituel à Consolat, puis à Martigues, sourit Saïdi. Je ne l’oubliais jamais, sa tablette de Crunch la veille de match. » Pour déstresser, pour mieux dormir.

Derrière ses beaux yeux clairs, qui virent au vert sous le soleil provençal, et son sourire timide, Chelle, 48 ans, est un personnage discret, mystérieux. Sauf pour Saïdi et le clan des Martégaux, qui le suivent dans toutes ses aventures.

La machine, le lunaire et le chouchou

Chelle a grandi à Martigues, il a joué à Martigues, il a entraîné à Martigues. Toute sa famille vit encore dans ce bastion communiste. « Dès qu’il revient de mission, je vais le chercher à l’aéroport de Marignane, dit Saïdi, aujourd’hui team manager du club de Ber -re-l’Étang. Il cogite beaucoup, Éric, il a besoin d’échanger. Quand il a battu la Tunisie au premier tour (le 27 décembre), il s’est fait allumer par la presse nigériane, sur la remontée de 0-3 à 2-3 des Tunisiens, il repensait à ses changements, à ses choix. » Auprès de sa garde rapprochée, qui l’épaulait à Martigues (2017-2021), au Mali (2022-2024) ou au MC Oran (fin 2024), il se confie, sans fard.

Saïdi la détaille : « Les quatre fantastiques ! Autour d’Éric, il y a le préparateur physique Thomas Gornouec, “la machine”, imbibé de sport de l’orteil au cerveau, qui fait bosser le joueur sans qu’il s’en rende compte. L’entraîneur des gardiens Jean-Daniel Padovani, “le lunaire”, qui semble à l’ouest mais sait toujours ce qu’il faut faire, c’est une secte, les gardiens. Et Hedi Taboubi, “le chouchou”, un as de la gestion humaine dans un groupe, qui sait aussi calmer Éric ou le pousser, selon les moments. »

Chelle ne restreint pas leur champ de compétences, et Padovani, par exemple, coordonne les coups de pied arrêtés des Super Eagles. Depuis son arrivée à la tête du Nigeria, début 2025, Chelle a apprivoisé un vestiaire avec du vécu et des stars, mais il n’a pas hésité à reprendre les ficelles de ses débuts en National à Consolat, en 2016-2017.

Avant le choc contre la Tunisie, il a placardé dans le vestiaire des déclarations supposées du coach adverse, Sami Trabelsi, qui aurait rabaissé le Nigeria, et a intimé à ses gaillards de ne pas se laisser faire. Remonté à bloc, Osimhen a livré une première période stratosphérique et il a été provoqué Trabelsi après son but, prenant un jaune au passage. « Éric sait parler aux joueurs, il est droit avec eux » , confie Florian Nicola. Aujourd’hui responsable sportif du club de Gap, Nicola est venu faire un stage d’observation d’une semaine à Martigues en 2018, il est resté deux ans et demi avec “Toto”, “Pado” et la bande.

Il développe : « Éric évoque souvent les coaches connus en carrière qui ont un double discours, manquent d’honnêteté avec les joueurs.

Lui dit la même chose en réunion avec le staff et en réunion avec les joueurs. À Martigues, époque Baptiste Giabiconi, avant un début de saison qu’il savait hypothéqué par une décision à venir de la DNCG, il a rassemblé le groupe : “On n’a aucune garantie. Moi, je vais rester, vous, vous faites ce que vous voulez. Pensez à vous.” Le lendemain, on était cinq à tout casser dans le vestiaire. Il a reconstruit patiemment et ceux qu’il a fait venir dans la galère, il ne les a pas jetés quand Martigues allait mieux.»

Nicola a accueilli Chelle à Gap, et celui-ci prend parfois deux, trois heures en visio pour échanger avec les éducateurs de ce club redescendu en R3. « Je garde de lui le projet de vie, l’état d’esprit, et son 4-4-2 losange, clame-t-il. Depuis Consolat, il est malade mental de ce système. Fan de football total, il aimerait du pressing haut et intense sur 90 minutes… Il bosse pour s’en rapprocher. Pour lui, le jeu permet la pérennité, il ne veut pas être trop pragmatique.»

Les préceptes de jeu sont-ils solubles dans la culture du résultat, en sélection ? Voilà un joli sujet d’après CAN pour le prochain rendez-vous des copains à la Pignata, le restaurant et QG sur le port de Martigues. « C’est Éric qui paiera cette fois » , assure Saïdi. L’ampleur de la tournée peut encore évoluer d’ici à dimanche soir...

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