Diaz, l’atout maître du Maroc
Brahim Diaz ouvre le score en faveur du Maroc lors
du quart de finale face au Cameroun (2-0, vendredi).
Le milieu offensif marocain a beaucoup travaillé avec son sélectionneur, Walid Regragui, pour progresser. Buteur à chaque match de cette CAN, l’ailier du Real Madrid sera le facteur X de sa formation ce soir.
"Son humilité lui a fait comprendre que s’il voulait être performant,
il fallait qu’il soit au service de l’équipe"
- WALID REGRAGUI,
SÉLECTIONNEUR DU MAROC
14 Jan 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL HERVÉ PENOT
Diaz, l’atout maître du Maroc RABAT – Dans les rues de Rabat, au coeur d’un carrefour fréquenté, sa photo s’affiche en grand pour une marque de téléphonie mobile. Son nom apparaît à côté de sa signature et d’un 10 qui veut dire héros. Brahim Diaz, 26ans, a inscrit un but à chacune de ses sorties ici (5 en tout), une première dans l’histoire de la CAN.
Walid Regragui avouait après le succès en quarts de finale contre le Cameroun (2-0), vendredi, l’impact immense de l’ailier du Real Madrid : «Ce qui me rend heureux, c’est qu’il a changé sa mentalité, il court beaucoup, se bat, croit en ce que je demande. Il a envoyé un message sur l’état d’esprit, c’est un exemple à suivre. Quand vous voyez votre meilleur joueur faire ça, ça rejaillit sur tout le monde. Il peut être le meilleur joueur du monde s’il le veut, et il comprend ce que veut dire être un joueur marocain.»
Même si Regragui s’emballe peut-être un poil, Diaz a su, depuis ses débuts en mars 2024 contre l’Angola (1-0), juste après la dernière CAN, devenir une pièce maîtresse du système. Mais le travail ne s’est pas réalisé comme ça, d’un claquement de doigts. Il a d’abord fallu le convaincre de rejoindre le Maroc. Diaz avait déjà évolué quelques minutes avec l’Espagne, en juin 2021, mais voyait son avenir bouché dans son pays de naissance.
Des débuts particulièrement difficiles
Les dirigeants – le président de la Fédération, Fouzi Lekjaa, et Regragui en tête – l’ont rencontré, à Milan (*) puis à Madrid, et lui ont exposé le projet. Le travail de séduction réussi, il a dû se fondre dans le collectif. Pas si simple. Le sélectionneur l’a souvent dit: « J’ai été dur avec lui. » Pas faux. Il voulait à la fois le placer au coeur de ses plans mais aussi lui trouver la position idéale. On ne récupère pas Diaz sans lui donner des clés. Au risque de déstructurer l’équipe.
Pour ses deux premières sorties, en mars 2024, le technicien l’imagine en meneur derrière deux attaquants. Il change donc son système pour lui mais déchante un peu. Diaz découvre le foot africain et ses spécificités. Le staff s’aperçoit que face à la puissance des milieux ou des défenseurs, il existe moins, perd beaucoup de ballons. Trop dangereux. Comment l’intégrer au mieux sans le brider ?
Regragui le replace ailier avec la liberté de dézoner, d’entrer. Mais Diaz utilise cette liberté à sa guise, descend trop pour toucher plus souvent le ballon. « En fait, sa venue a suscité tellement d’attentes... Et en plus, au Real, le club et le joueur performaient à ce moment-là. Il sentait qu’il fallait qu’il fasse la différence à lui tout seul », souligne un proche du groupe.
Regragui se rend souvent à Madrid, où il est reçu chez Diaz. Ils discutent, s’infusent des DVD pour bien assimiler les demandes. Le sélectionneur sait aussi que son palmarès ne représente rien comparé à celui de Carlo Ancelotti ou de Pep Guardiola, ses entraîneurs précédents. Il doit donc être accepté par la star comme un technicien de haut niveau. « Il m’a souvent dit : “Coach, j’ai confiance en toi, je sais que ce que tu me dis, c’est pour mon bien, je connais tes qualités.” Et ça, c’est valorisant pour moi. Et je me suis permis aussi justement de le valoriser à ce moment-là, de dire: “Si tu m’écoutes, je ne peux t’apporter peut-être que 2 ou 3 % de plus dans ton jeu, mais ça peut être très important pour la suite de ta carrière et surtout pour notre équipe” », nous disait-il, il y a quelques mois, en évoquant le Madrilène.
Les deux hommes nouent une relation de confiance. Même si Regragui n’hésite pas à le sortir ou à le laisser carrément sur le banc, comme en Zambie en septembre (2-0), ce qui ne lui fait pas toujours plaisir. Il lui explique en parallèle la passion des Marocains pour leur football, leur manière parfois de monter ou de redescendre un joueur. Achraf Hakimi, comme les autres hispanisants, aide aussi Diaz, qui ne parle par le darija, le dialecte local, à s’imprégner des réalités sur place. Après cinq matches sans marquer avant la CAN, le Madrilène essuie d’ailleurs des premières critiques...
Son grand changement ? Il intègre crescendo les efforts défensifs. Venant du Real, il a la mauvaise habitude d’un travail moins intensif, il doit reprendre des réflexes comme reformer le bloc, presser à la perte... Diaz se voyait plutôt décisif sur chaque balle. Il s’est alors investi, est resté en stage, même blessé, pour s’imprégner des schémas. Une attitude capitale.
Avant la CAN, Regragui est encore allé le revoir avec ses vidéos. Tout y est passé version tableau noir. Un boulot loin des caméras. Mais rien n’a été laissé au hasard par l’entraîneur pour obtenir le meilleur Diaz, son facteur X. « À un moment donné, son humilité lui a fait comprendre que s’il voulait être performant, il fallait qu’il soit au service de l’équipe, et ça, il l’a compris, a assuré un jour Regragui. Et je pense que sa force, c’est que c’est quelqu’un qui a un ego, forcément, parce qu’il ne serait pas au Real et il ne serait pas un joueur de cette trempe, mais qui a cette humilité d’écouter pour progresser. » Pour le plus grand bonheur du Maroc. «Mais il ne sera pas le seul danger» , rappelait Éric Chelle, le sélectionneur du Nigeria, lors de sa conférence de presse. Pas le seul mais le premier, peut-être.
(*) Il a évolué à l’AC Milan de 2020 à 2023.
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VINGT MENACÉS POUR LA FINALE
En Ligue des champions, à l'Euro comme à la Coupe du monde, les cartons jaunes n'ayant pas entraîné de suspension sont remis à zéro après les quarts de finale. Cela n'est pas le cas à la CAN. Tous les joueurs avertis à deux reprises entre les huitièmes de finale, les quarts et les demies manqueront la finale de dimanche, à Tanger. Et ils sont nombreux à être sous la menace d’un nouvel avertissement en demi-finales, ce soir : quatre Nigérians, trois Marocains, six Égyptiens et sept Sénégalais. Parmi les Lions de la Teranga en danger figure Kalidou Koulibaly, qui a déjà connu cette mésaventure lors de l’édition 2019, manquant la finale entre le Sénégal et l'Algérie (0-1).
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