« J’aurais mérité une fin plus glorieuse »
LÉO ARMAND - Le fondateur de Ma Petite Entreprise
avec son équipe, lors d’une randonnée en Savoie.
Rétrogradé au poste de manager sportif pour la saison 2024, Vincent Lavenu avait finalement été licencié la même année. Un coup dur pour le patron historique de la formation Decathlon AG2R la Mondiale, qui a participé à la création d’une petite équipe féminine.
« Notre budget est de 1,5 million d’euros.
Cela nous permet d’avoir une équipe Proteam de 10 jeunes femmes. »
14 Jan 2026 - L'Humanité
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ÉRIC SERRES
L’ancien manager et patron de la formation Decathlon AG2R la Mondiale, à l’origine de la création de l’équipe dans les années 1990 sous le nom de Chazal, a pendant près de trente ans fait grandir sa structure jusqu’au plus haut niveau mondial. Mais après avoir vendu ses parts, il a été licencié sans ménagement par la direction D’AG2R, en 2024. Un choc pour le Briançonnais, qui a mis plus d’un an à s’en remettre avant d’écrire un livre, J’y crois toujours ( 1), sous la plume de Marc Fayet, et de participer à la création d’une équipe féminine, Ma Petite Entreprise.
Parlons de votre licenciement de Decathlon AG2R la Mondiale, ébruité en plein Tour de France 2024. Comment avez-vous vécu la brutalité de cette annonce ?
Je ne peux pas trop m’étendre sur le sujet car l’affaire est toujours aux prud’hommes, mais il y avait sans doute d’autres manières d’agir. Quand on voit ce qui s’est passé avec Marc Madiot et Groupama-fdj où la direction a pris le soin de l’accompagner dans sa fin de carrière, cela est quand même plus classe. Quand vous êtes viré du jour au lendemain de l’entreprise que vous avez créée trente ans plus tôt, les blessures ne peuvent être que profondes. Je pense que j’aurais mérité une fin plus glorieuse.
Mais aviez-vous imaginé un tel dénouement, le jour où vous avez cédé votre structure à votre sponsor principal ?
Non, vraiment pas ! C’est sans doute un manque d’expérience de ma part. Il y a une trentaine d’années, quand j’ai créé l’équipe Chazal, je l’ai fait comme un artisan. Cette maison a mis du temps à évoluer, mais a finalement grandi pour devenir une structure française de haut niveau avec les résultats sportifs qui le prouvent. Nous avons été ces dernières années une des formations les plus prolifiques dans l’hexagone. Nous avons fait trois podiums du Tour de France, remporté 22 victoires d’étapes sur les grands Tours. Après, je sais que le sport de haut niveau évolue en permanence et qu’il est donc nécessaire de se restructurer, mais cela n’empêche pas de faire les choses proprement.
Jean-René Bernaudeau délègue une partie de son pouvoir à Stéphane Heulot, Marc Madiot lâche son rôle de manager. On a le sentiment que c’est la fin d’une époque pour le cyclisme français, d’un certain romantisme ?
Pour rester aujourd’hui au plus haut niveau, il est devenu nécessaire d’avoir beaucoup d’argent, mais cela ne suffit pas. Je reste persuadé qu’il faut y adosser de l’humain parce que les sportifs sont des êtres faits de sensibilité. L’athlète de haut niveau ne fonctionne que si, derrière lui, il y a une relation humaine et une considération forte. C’est incontournable pour la performance. Le côté familial n’est pas incompatible avec ce haut niveau.
Aujourd’hui, vous vous engagez dans une nouvelle aventure, une équipe cycliste féminine, Ma Petite Entreprise. On a le sentiment pour vous d’un retour aux sources ?
Oui, il y a de cela ! En 1996, à l’époque de Petit Casino, j’avais fait appel aux dons du public. L’initiative d’aujourd’hui est un peu identique mais ne vient pas de moi, mais de deux entrepreneurs de Chambéry : Emeric Ducruet, patron de la société ACS, et Michaël Amand, qui a une boîte de communication, Idix. Leur idée a été de réunir une multitude de sponsors et par la même occasion de mettre en avant l’entrepreneuriat français à travers les petites et moyennes entreprises. Elles sont à l’heure actuelle 400, sans compter des particuliers. Tous peuvent investir de 750 euros à 15 000 euros et sans doute plus à l’avenir. Notre budget est de 1,5 million d’euros. Cela nous permet d’avoir une équipe Proteam de 10 jeunes femmes, juste le niveau en dessous de Worldteam, et de participer aux grandes courses.
Qu’elle sera la philosophie de cette équipe ?
Bien évidemment d’accompagner ces jeunes femmes dans le domaine sportif, mais aussi de les aider dans l’aprèscarrière. Nous voulons qu’elles puissent continuer leurs études pour celles qui le souhaitent et, grâce à notre tissu d’entreprises, pourquoi pas, qu’elles puissent une fois leur carrière achevée s’insérer dans une de ces boîtes.
Mais dites-nous, pour terminer, 400 entreprises et peut-être plus, comment les faire apparaître sur le maillot ?
Tous ceux qui vont adhérer maintenant seront présents sur le maillot en tout petit dans un fil continu qui entoure la tunique. Le but sera pour chacun de trouver où son entreprise est dans cette suite de noms. (1) J’y crois toujours, de Vincent Lavenu avec Marc Fayet, éditions Talent Sport.
Commenti
Posta un commento