A Montmartre, Wout Van Aert sur la butte enchantée

 

Photo MARtin BUREAU. 
AFP Wout van Aert en tête dans la rue Lepic, 
sur la butte Montmartre, dimanche.

28 Jul 2025 - Libération
MARGAUX GABLE ET QUENTIN GIRARD Envoyés spéciaux sur le Tour
A Montmartre, Wout van Aert sur la butte enchantée

S’il a fallu attendre l’arrivée dans Paris et le quatrième passage sur les Champs-Elysées pour voir les premières escarmouches, la dernière étape du Tour fut un feu d’artifice dont la rue Lepic se souviendra longtemps.

Avant le passage du peloton, on remonte le 1,1 kilomètre de pavés glissants de la rue Lepic en délire, plongée dans une transe souvent enthousiasmante, parfois inquiétante, toujours épuisante. Un an après le succès des Jeux olympiques à Montmartre, Paris a très envie de faire encore la fête. Rien ne peut décourager les spectateurs, et surtout pas la pluie froide. Nassée derrière les solides barrières grises, la flopée de bobs et de ponchos à pois rouges de la rue Lepic bouillonne. Des dizaines de milliers de personnes se pressent contre les barrières, criant, hurlant ou chantant Emmenez-moi di Aznavour ou À nos souvenirs dei Trois Cafés Gourmands.

Journaliste, bénévole, flic… chaque quidam a une bonne excuse pour beugler. Entre deux Larsen, Mehdi et Julien baragouinent des slogans inaudibles au mégaphone. Croisés dans le virage Jean-Luc (du nom de ce quinquagénaire qui a remonté plus d’une cinquantaine de fois la rue à vélo, depuis 6 heures du matin, sous les applaudissements de la foule), les deux membres de l’association «Les baroudeurs du sport» campent sur le trottoir depuis 10 heures du matin – le mélange jaune peu ragoûtant dans leur gobelet aidant sûrement. Fan inconditionnel de «la légende» Pogacar, Julien estime qu’il a «recréé le cyclisme». «Est-ce que tu penses que Pogacar peut être le futur Armstrong en termes de polémiques?» le taquine Mehdi. «Même s’il est dopé, moi, je m’en fiche, en fait. Parce que j’ai vécu des choses incroyables grâce à lui. Et je le remercie.»

Ruinart. Un instant, on a cru que le peloton, lui, refuse de participer à la folie ambiante. Habitués à une dernière étape calme, pas toujours enchantés par ce passage par Montmartre sur des pavés humides, les coureurs démarrent à petite allure. Il faut attendre l’arrivée dans Paris et le quatrième des sept passages sur les Champs-Elysées, qui fige les temps au général en raison des risques de chutes, pour commencer à voir les premières escarmouches. C’est ensuite un feu d’artifice dont la rue Lepic se souviendra longtemps.

Au premier passage, Julian Alaphilippe lance le premier pétard. Dans sa roue, suivent les ambitieux, dont Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) et Wout van Aert (Visma-Lease a Bike). Dans la première descente, un petit peloton de 27 coureurs se regroupe. Les autres laissent filer et tentent simplement d’arriver en un seul morceau.

Aux coups de klaxon, annonciateurs du deuxième passage du peloton, Marco, Camille et Edouard se ruent sur le trottoir. Téléphones braqués sur la route pour ne pas en perdre une miette. Une bouteille de champagne et un ordi au fond de la boutique, les trois potes se sont donné rendez-vous dans une galerie d’art contemporain de la rue Lepic, qui nous accueille pour écrire à l’abri de la pluie (merci à eux).

Cet été, le Tour de France a bercé la majeure partie des journées de juillet d’Edouard. Avec les taxes imposées par Donald Trump, ce commerçant en vins de collection a vu son activité se réduire comme peau de chagrin. «Alors on regarde, tous ensemble, et ça nous fait penser à autre chose», sourit le fan de Vingegaard, résigné face aux victoires écrasantes de Pogacar.

La pluie fait son retour, les pavés se transforment en horreurs glissantes. Pogacar, qui retrouve le plaisir perdu dans les Alpes à assurer sa quatrième victoire sur le Tour, passe en tête accompagné de cinq autres valeureux. Que des spécialistes des classiques du Nord, aimant les pavés, le froid, la tempête. Des doux dingues. Les écarts sont faits. Les derniers, le visage marqué par trois semaines d’efforts, passent en haut de la butte tandis que les premiers étaient déjà sur les Champs.

Larmes. Au troisième et dernier passage, la rue Lepic n’en peut plus de crier. D’un énorme coup de reins, Wout van Aert fait plier ses adversaires. Tadej Pogacar est le dernier à résister, mais il ne peut rien. Au sommet, les secondes d’avance du héros de la Visma-Lease a Bike sont suffisantes pour plonger en solitaire vers l’Arc de triomphe. Le Belge s’impose pour la deuxième fois sur les Champs, après un sprint en 2021, une performance rare. A 30 ans, le rouleur magnifique a enchaîné les chutes et les déceptions ces derniers mois. On le disait presque fini, définitivement distancé dans la hiérarchie par ses principaux concurrents. Dimanche, il a montré qu’il en a encore sous la pédale. Il franchit la ligne d’arrivée, en larmes. Tadej Pogacar termine finalement quatrième.

A Montmartre, le public est ravi, encourageant les retardataires. «Une autre, une autre», hurle la foule. Elle n’imagine pas que le Tour ne revienne plus en ses hauteurs.

***

Foto MARtin BUREAU. AFP 
Wout Van Aert in testa in rue Lepic, 
sulla collina di Montmartre, domenica.

A Montmartre, Wout Van Aert sulla collina incantata

Se è stato necessario attendere l'arrivo a Parigi e il quarto passaggio sugli Champs-Elysées per assistere alle prime schermaglie, l'ultima tappa del Tour è stata un fuoco d'artificio che la rue Lepic ricorderà a lungo.

28 luglio 2025 - Libération
MARGAUX GABLE E QUENTIN GIRARD Inviati speciali al Tour

Prima del passaggio del gruppo, si risale il chilometro e 110 metri di ciottoli scivolosi della rue Lepic in delirio, immersa in una trance spesso entusiasmante, a volte inquietante, sempre estenuante. A un anno dal successo delle Olimpiadi a Montmartre, Parigi ha tanta voglia di festeggiare ancora. Niente può scoraggiare gli spettatori, e soprattutto non la fredda pioggia. Bagnati dietro le solide transenne grigie, la folla di berretti e poncho a pois rossi di rue Lepic ribolle. Decine di migliaia di persone si accalcano contro le barriere, gridando, urlando o cantando Emmenez-moi di Aznavour o A nos souvenirs dei Trois Cafés Gourmands. 

Giornalisti, volontari, poliziotti... Ognuno ha una buona scusa per urlare. Tra un Larsen e l'altro, Mehdi e Julien borbottano slogan incomprensibili al megafono. Incontrati alla curva Jean-Luc (dal nome del cinquantenne che ha percorso più di cinquanta volte la strada in bicicletta, dalle 6 del mattino, tra gli applausi della folla), i due membri dell'associazione “Les baroudeurs du sport” sono accampati sul marciapiede dalle 10 del mattino, sicuramente aiutati dalla poco appetitosa miscela gialla nei loro bicchieri. Fan sfegatato della "leggenda" Pogačar, Julien ritiene che abbia “reinventato il ciclismo”. “Pensi che Pogačar possa essere il futuro Armstrong in termini di polemiche?”, lo stuzzica Mehdi. “Anche se fosse dopato, a me non importa, in realtà. Perché grazie a lui ho vissuto cose incredibili. E lo ringrazio”.

Ruinart. Per un attimo, si è pensato che il gruppo si rifiutasse di partecipare alla follia generale. Abituati a un'ultima tappa tranquilla, non sempre entusiasti di questo passaggio a Montmartre su pavé bagnati, i corridori partono a ritmo lento. Bisogna aspettare l'arrivo a Parigi e il quarto di sette passaggi sugli Champs-Elysées, che neutralizza i tempi nella classifica generale a causa del rischio di cadute, per iniziare a vedere le prime schermaglie. Segue poi un fuoco d'artificio che la rue Lepic ricorderà a lungo.

Al primo passaggio, Julian Alaphilippe lancia il primo attacco. Sulla sua scia seguono gli ambiziosi, tra cui Tadej Pogačar (UAE Team Emirates-XRG) e Wout Van Aert (Visma-Lease a Bike). Nella prima discesa, si forma un gruppetto di 27 corridori. Gli altri lasciano andare e cercano semplicemente di arrivare tutti interi.

Al suono dei clacson, che annunciano il secondo passaggio del gruppo, Marco, Camille ed Edouard si precipitano sul marciapiede. I telefonini puntati sulla strada per non perdersi nemmeno un dettaglio. Con una bottiglia di champagne e un computer in fondo al negozio, i tre amici si sono dati appuntamento in una galleria d'arte contemporanea in rue Lepic, che ci accoglie per scrivere al riparo dalla pioggia (e li ringraziamo).

Quest'estate, il Tour de France ha occupato gran parte delle giornate di luglio di Edouard. Con i dazi imposte da Donald Trump, questo commerciante di vini da collezione ha visto la sua attività ridursi drasticamente. «Allora stiamo a guardare, tutti insieme, e questo ci fa pensare ad altro», sorride il fan di Vingegaard, rassegnato di fronte alle schiaccianti vittorie di Pogačar.

La pioggia riprende a cadere, i ciottoli si trasformano in superfici scivolose e pericolose. Pogačar, che si assicuratosi la sua quarta vittoria al Tour ritrova il piacere perduto sulle Alpi, passa in testa accompagnato da altri cinque valorosi corridori. Tutti specialisti delle classiche del Nord, amanti del pavé, del freddo e della tempesta. Dei pazzi scatenati. I distacchi sono fatti. Gli ultimi, con il volto segnato da tre settimane di sforzi, passano in cima alla collina mentre i primi sono già sugli Champs.

Lacrime. Al terzo e ultimo passaggio, la rue Lepic non riesce più a urlare. Con un enorme scatto, Wout Van Aert fa cedere i suoi avversari. Tadej Pogačar è l'ultimo che ancora resiste, ma non può farci nulla. In cima, i secondi di vantaggio dell'"eroe" della Visma-Lease a Bike sono sufficienti per tuffarsi in solitaria verso l'Arco di Trionfo. Il belga si impone per la seconda volta sugli Champs, dopo lo sprint nel 2021, una prestazione rara. A 30 anni, il magnifico corridore ha collezionato cadute e delusioni negli ultimi mesi. Si diceva che fosse quasi finito, definitivamente distanziato nella gerarchia dai suoi principali diretti concorrenti. Domenica, ha dimostrato di avere ancora qualcosa da dare. Ha tagliato il traguardo in lacrime. Tadej Pogačar è arrivato quarto.

A Montmartre, il pubblico è entusiasta e incoraggia i ritardatari. «Ancora, ancora», urla la folla. Non immagina che il Tour non tornerà più sulle sue alture.

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