CHAMPS D’HONNEUR


Wout Van Aert a décroché Tadej Pogacar de sa roue dans la dernière ascension de la butte Montmartre, hier, et renoué le fil de son histoire avec le Tour, dont il a enlevé en solitaire une dixième étape.

“Ce n’est pas facile d’être à la hauteur de son palmarès, 
cela crée des attentes, on est toujours en quête de victoire ''

28 Jul 2025 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

Son rictus mêlait larmes et sourires, souffrance et bonheur absolu, et c’est un sacré mélange d’émotions que Wout Van Aert a connu hier, sur la plus belle avenue du monde, qu’il a traversée en solitaire jusqu’à la ligne d’arrivée. Le Belge venait de faire la différence dans la troisième et dernière ascension de la rue Lepic, cette butte Montmartre qu’il « n’aimait pas trop », confiait-il avant le Tour, tout en sachant que ce parcours pouvait « mieux [lui] convenir », et sur lequel il a écrit un nouveau bout de sa longue histoire avec la Grande Boucle, lâchant Tadej Pogacar, le Maillot Jaune, le meilleur du monde.

« Ça donne une autre dimension à cette victoire, il n’y a pas beaucoup de coureurs qui ont réussi ça, souriait-il. Peut-être qu’en revoyant les images, je réaliserai. »

Ces images résument sa carrière. Une bosse, des pavés. Mais dans le cadre du Tour. Van Aert est taillé pour ce terrain, les classiques flandriennes, leurs monts, les Monuments sur lesquels une razzia lui était promise dans ses jeunes années, lui qu’on imaginait se partager les victoires avec Mathieu Van der Poel, son rival de jeunesse dans les sous-bois du cyclo-cross. À 30 ans, le natif d’Herentals ne compte qu’un Monument, Milan-San Remo 2020, contre huit au Néerlandais. Drôle de partage.

Le fil s’était décousu depuis 2022

Mais la vie de Van Aert est aussi tellement liée à la Grande Boucle, qu’il avait quittée sur une terrible chute lors de sa première participation en 2019, la hanche coincée dans une barrière, avant d’en devenir un acteur majeur, vainqueur sur tous les terrains en 2021 (en montagne à Malaucène, en chrono en Gironde, au sprint sur les Champs-Élysées), Maillot Jaune pendant quatre jours en 2022 dans le nord de la France.

Ce fil s’était décousu ces dernières années, depuis sa neuvième et dernière victoire d’étape, en 2022. Un peu court en 2023 lors de ses quelques opportunités, avant de rester davantage un super domestique de Jonas Vingegaard puis de rentrer auprès de sa femme, sur le point d’accoucher, au soir de la 17e étape. Pas à son meilleur, l’an passé, de retour d’une lourde chute survenue fin mars, une gamelle depuis laquelle il est sans doute davantage précautionneux, moins à l’aise pour se placer.

Mais hier, il n’était pas question de frotter, juste d’appuyer avec les jambes. Dans la deuxième ascension vers la basilique du Sacré-Coeur, mal placé au pied, il était remonté à la patte, preuve de sa grande forme. Et dans la troisième, « j’ai commencé par prendre la roue de Tadej, parce que je savais qu’il irait vite, expliquait-il. Mais j’ai toujours eu en tête d’attaquer moi-même. » Ce qu’il fit à 400 mètres de la bascule, pour prendre une demi-douzaine de secondes d’avance, suffisantes dans ce final « très confus, car il y avait beaucoup trop de bruit pour entendre à la radio, je ne savais pas du tout s’il y avait un gros écart. Je n’ai réalisé vraiment que dans la dernière ligne droite la marge que j’avais. »

Il en avait suffisamment pour frapper son cintre et se mettre debout sur ses pédales. À nouveau très grand, ressorti de nulle part pour cueillir une dixième étape sur le Tour, trois ans après. L’ancien maillot vert (2022), déjà vainqueur sur le Giro en mai, n’oublie rien de ses tourments. Cette cagade d’anthologie lors d’À Travers la Flandre au printemps, où, trois Visma échappés contre le seul Neilson Powless, ils s’étaient inclinés face à l’Américain parce qu’ils avaient tout misé sur Van Aert, battu au sprint. Ou cette chute, encore une, en septembre dernier sur la Vuelta, qui a pourri son hiver et lui laisse une cicatrice dégoûtante au genou droit, encore douloureuse au point d’empêcher son masseur de le manipuler comme il faudrait.

De tout ça, le Campinois s’est relevé. Il reste une star du peloton, un solide qui montre les dents quand il sent son équipe attaquée – «Il suffisait que Tadej se laisse décrocher dans le groupe de Jonas et ça, ça aurait vraiment été fairplay », rétorquait-il aux critiques de Pogacar à Carcassonne –, et un coureur à ne jamais enterrer, malgré son abonnement aux places d’honneur (trois tops 5 cet été). « C’était un Tour où j’étais souvent à la limite et où je n’ai pas eu l’impression de réussir pendant longtemps, soufflait-il hier soir. Le plus dur a été de continuer à y croire, mais mon entourage m’a toujours soutenu, et nous en sommes récompensés. Je dois les remercier. Ce n’est pas facile d’être à la hauteur de son palmarès, cela crée des attentes, on est toujours en quête de victoire. Donc ça fait du bien. » Hier, il est redevenu Wout Van Aert.

***

«C’était une folie»

Dans sa grande majorité, le peloton du Tour de France a apprécié cette dernière étape inédite avec trois passages par la butte Montmartre. Les coureurs racontent.

"Les frissons avec le bruit, 
c’était complètement fou"

"Il y en avait un peu de partout, 
ça a fait mal dès le premier passage"

28 Jul 2025 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO (avec A. Cl. et L. He.)

Tous les coureurs n’ont pas profité du moment, à la manière de Harry Sweeny, qui a récupéré, le long d’une rambarde, la bière de Louis-Vianney, un féru de cyclisme venu tôt dans la rue Lepic, avec une belle casquette. En dehors de ceux qui ont bâché assez tôt dans le final grâce au gel des temps à plus de 50 kilomètres de l’arrivée, les autres se sont mis des grandes peignées dans la butte Montmartre, hier lors de la dernière étape du Tour de France 2025. En triple ration. Et ils ont presque tous aimé. « Je pense que certains grimpeurs sont moins à l’aise avec ces conditions compliquées, surtout sur du pavé. Donc, on s’est retrouvés entre garçons qui voulaient faire la course, il n’y avait que des coursiers qui aiment la bagarre», remarque Bastien Tronchon (Decathlon-AG2R La Mondiale), plusieurs fois à l’attaque mais qui a crevé à deux kilomètres de l’arrivée (77e). « C’était particulier avec l’histoire de la pluie et des temps gelés. Mais on voulait jouer l’étape, faire la course. On savait qu’il risquait d’y avoir de la pluie et que ça pouvait être dangereux. Ça se faisait à la jambe, au courage, il y en avait de partout pour batailler jusqu’à l’arrivée », analyse Clément Russo (Groupama-FDJ), 18e. « Bah moi, je n’ai pas passé une bonne journée, rigole de son côté Valentin Madouas (43e). Physiquement, ça allait, mais avec la pluie j’ai trouvé ça horrible, ce n’était pas très agréable sur le vélo. C’était très technique. Une fois que ça cassait, c’était impossible de rentrer. »

Mais courir dans cette ambiance, celle de la butte Montmartre, sans calcul, à la manière d’une classique d’un jour, a plu au peloton. «Quand on est arrivés dans la rue Lepic, c’était une folie. Je me suis demandé s’il allait y avoir autant de monde qu’aux JO, et en fait c’était aussi impressionnant, glisse Madouas, en argent il y a un an à Paris. En tant que coureur, c’est énorme de pouvoir courir là. Le Tour a bien aimé, ça ne m’étonnerait pas qu’on retrouve ça les prochaines années ( rires). C’est comme les Champs-Élysées, je pense que ça va rentrer dans le coeur du Tour.»

À l’attaque dans le premier passage rue Lepic devant une foule acquise à sa cause, Julian Alaphilippe (Tudor, 19e) est conquis par ce format: «C’est dur de décrire ce que j’ai ressenti, les frissons avec le bruit, c’était complètement fou. Ça fait mal aux jambes, mais c’était un moment incroyable. J’ai aimé! Je ne connais pas l’avis général mais la rue Lepic, ça change tout.» «Dans Montmartre, c’était vraiment incroyable, relance Tronchon. Ça faisait mal aux oreilles tellement il y avait du bruit. Je ne pensais pas que des gens pouvaient en faire autant. C’est bien plus que dans un col, avec la caisse de résonance des immeubles autour. J’ai trouvé ça impressionnant. Je crois que c’était ma plus belle journée sur le Tour. Je ne suis pas sprinteur, donc si on doit recommencer, je suis pour. Je suis puncheur, Montmartre, ça me va très bien…»

Certains ont quand même tempéré cette extase. Comme Jonas Vingegaard, 2e du Tour de France mais absent du final hier, bien au chaud à l’arrière. « Je n’ai pas beaucoup aimé, mais j’ai apprécié entendre ce qu’il se passait à l’oreillette. C’est bien qu’ils aient gelé les temps », avoue le Danois. S’il s’est régalé avec l’ambiance, Axel Laurance reconnaît aussi que les conditions étaient dures : « Pour avoir vu les Champs à la télé habituellement, c’était un peu une cérémonie alors que là, ça a vraiment été la bagarre, ça dénature un peu le truc. OK, il y avait de la course, mais avec la pluie, ça a rendu l’étape vraiment difficile voire dangereuse.» «C’était un peu le chantier, poursuit le puncheur d’Ineos Grenadiers, 20e. C’était super glissant et il y avait énormément de virages dans la portion ajoutée, donc ça a rendu la chose compliquée. La bosse était vraiment dure. C’était le casino, il y en avait un peu de partout, ça a fait mal dès le premier passage. Mais quand on est arrivés dans Paris après le Louvre, je me suis rendu compte que je vivais quelque chose de vraiment exceptionnel, que très peu de personnes peuvent vivre. Je pourrai dire que j’ai fait au moins une fois Montmartre avec les Champs-Élysées. » Même le désormais quadruple vainqueur du Tour, serti de son maillot jaune, avait un avis sur la question. « Le classement général était figé, tout le monde allait à fond, personne à l’avant, c’était de la pure course, livrait Tadej Pogacar une dernière fois avant de rentrer chez lui. C’était mentalement plus facile à courir. J’en ai profité.»

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