ÉPIQUE


TADEJ POGACAR, à l’attaque sur la butte Montmartre, a honoré son Maillot Jaune 
dans une ultime étape complètement folle. Et sublimé son quatrième sacre dans le Tour.

SACRÉ COEOEUR

L’étape des Champs-Élysées a été le théâtre sublime d’une bataille exceptionnelle, où Tadej Pogacar a fait honneur à sa quatrième victoire dans le Tour de France, mais où Wout Van Aert a été le plus fort.

28 Jul 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

Allez, c’est bon, on oublie tout, on a emporté, hier dans la nuit, le frisson de cette dernière journée, les images de cette foule joyeuse, de cette course totale, et cela suffira à notre bonheur. Le cyclisme ramené à sa simplicité, à son fondement, un départ, une ligne d’arrivée, seul le vainqueur qui compte, pas de calcul, pas de stratégie, pas de tentative d’expliquer telle chose par des théorèmes savants alors qu’on n’en sait fichtre rien, pas de «blablatage». Vous avez un bémol à apporter à ce petit bijou de Wout Van Aert, vous? Juste une course qui pétarade de partout, une bande de fadas prêts à prendre presque tous les risques et nos petits coeurs qui se soulèvent quand ils accélèrent, quand ils filent sous la pluie, qu’ils évitent de justesse la chute, à la vie, à la mort, à l’amour. Le plus beau sport du monde et on est chaud bouillant pour en débattre jusqu’à plus soif.

Si on est taquin, on écrira que le Tour de France a fait lui-même la démonstration qu’il n’y a rien de mieux que les courses d’un jour, les classiques. Mais on doit aussi reconnaître qu’on regrettait qu’on ose toucher à la dernière étape, et ce fut pourtant une immense réussite. On a tout de même envie de râler contre la décision de geler les temps au général avant la première ascension de la butte

Montmartre, en raison des prévisions de pluie. Si l’idée derrière la modification de la 21e étape était qu’il y ait de la course, alors il faut qu’il y ait de la course jusqu’au bout. Pourquoi la dernière étape aurait-elle un statut particulier ? Aurait-on pris la même décision pour les pavés du mont Cassel ? Et si l’écart avait été de moins de 30 secondes entre Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard?

Le retour d’un Pogacar joueur et offensif

On note, en tout cas, que les principes sont mouvants, que le peloton aurait sans doute aimé qu’on neutralise en 2020 l’étape de Nice, beaucoup plus dangereuse, et que le principe de précaution rogne la nature du cyclisme, comme on l’a également vu dans ce Tour avec, sous la pression des coureurs, l’allongement des délais d’élimination en montagne. La décision d’hier a en tout cas permis à Vingegaard de rester bien au chaud et à une meute de fous furieux de se disputer la gagne, à commencer par Pogacar, qui a encore montré à quel point il n’avait rien à voir avec son rival danois et qui a été comme réveillé, électrisé par la folie de cette journée.

Montmartre nous a rendu le champion du monde comme on le connaît le reste de l’année, toujours partant pour une « zinzinade », pour mettre quelques bûches dans le poêle, jouer, sans penser au lendemain. On a vite compris que le Maillot Jaune était intéressé par la victoire, dès la première ascension, où après que Julian Alaphilippe eut mis un premier sac, il prit le manche pour piloter un groupe d’une vingtaine d’éléments. Il allait faire de même lors du second passage, la main sur la poignée, mais cette fois davantage de vaisselle fut brisée, avec seulement cinq coureurs dans sa roue, Matteo Trentin, Wout Van Aert, Matteo Jorgenson, Davide Ballerini et Matej Mohoric revenu dans la descente, un groupe de «classicmen».

On pensait ainsi que le troisième passage serait celui du décollage de Pogacar, irrésistible, et l’on assista à la place à une des plus grosses surprises de ce Tour : Van Aert, revenu des limbes, le Van Aert conquérant de ses plus belles années, en résurrection, qui déboîte le Maillot Jaune à 400 m du sommet et le dépose sur les pavés, dans la pente, dans le jardin du glouton slovène. Une stupéfaction, puisque le Belge venait de réussir ce que ni son leader ni personne d’ailleurs n’était parvenu à faire cet été, pour nous mettre les poils au garde-à-vous.

Un épilogue somptueux, avec un vainqueur magnifique, qui revient de tellement loin, qu’on sentait fondre derrière ses lunettes de Batman, et nous un peu avec lui, et un perdant qui l’a été tout autant, puisque Pogacar avait accepté de jouer, de perdre pour gagner, il avait mis sur la table son invincibilité dans une journée où il n’avait pas besoin de le faire et c’était beau à voir.

Comme Merckx avant lui, un despote qu’on accuse de trop gagner

Car pour le reste, il est vrai qu’il n’a pas laissé grand-chose. Ce quatrième sacre dans le Tour de France a été le plus évident, car il était le plus attendu, mais il est aussi celui de la maturité. Parce qu’on sent que le champion du monde a atteint sa plénitude sur le vélo depuis la saison passée, qu’il est à son sommet, à 26 ans, injouable, qu’il sait désormais endurer et gérer, et parce qu’en dehors, on a perçu qu’il avait changé de dimension depuis l’hiver dernier, qu’il était moins l’enfant et plus le champion, ce qui implique davantage d’assurance, d’arrogance pour certains, de dire les choses comme elles sont, sans détour.

On lisait les phrases suivantes ces derniers jours: « Affecte-t-il la popularité du Tour ? » « Ses envolées constituent désormais le signe de la délivrance pour ses adversaires, qui ont franchi le stade de l’agacement, celui de l’irritation, et ressentent aujourd’hui comme un cruel complexe d’incapacité. » Tadej Pogacar? Non, Eddy Merckx. La première est une phrase posée par L’Équipe en pleine Grande Boucle 1970, alors que le Belge n’a pour l’instant gagné qu’une fois l’épreuve. La seconde fut écrite par Pierre Chany, le leader de la rubrique cyclisme, dès 1969, après sa troisième victoire à San Remo. La preuve que le cyclisme est un éternel recommencement et que le « pogacarisme » est bien un merckxisme.

Le tamis du temps fait son oeuvre, les perceptions diffèrent d’une époque à l’autre, elles s’altèrent également avec les années. On loue Merckx pour son absolutisme, Antoine Blondin écrivait qu’il était « le roi des Huns » pour souligner sa cruauté, on adore Bernard Hinault pour son agressivité, sa méchanceté, mais c’est comme si ces traits n’étaient plus tolérés aujourd’hui, en tout cas dans l’immédiat, comme si un champion devait être un agneau bêlant et si possible ne pas trop gagner.

Les règnes sans partage ne sont plus autorisés, et bien sûr le passé de plomb et la suspicion actuelle y sont pour beaucoup. L’image évoluera peut-être avec le temps, comme pour Merckx, mais en attentant ce Tour de France n’est pas un aboutissement pour Pogacar, une étape sur le fil qu’il va continuer à dérouler. Le fil de son histoire et de celle du cyclisme.


Sur la défensive dans les Alpes, Tadej Pogačar est repassé à 
l’attaque dans la butte Montmartre, devant une foule incandescente.

***

EPICO


TADEJ POGACAR, all'attacco sulla collina di Montmartre, ha onorato la sua maglia gialla 
in un'ultima tappa completamente folle. E ha sublimato così il suo quarto trionfo al Tour.

SACRÉ COEUR

La tappa degli Champs-Élysées è stata teatro di una battaglia eccezionale, in cui Tadej Pogačar ha reso onore alla sua quarta vittoria al Tour de France, ma in cui Wout Van Aert è stato il più forte.

28 luglio 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

Dài, va bene, dimentichiamo tutto, ieri notte abbiamo portato con noi l'emozione di quest'ultimo giorno, le immagini di questa folla gioiosa, di questa gara totale, e questo basterà per la nostra felicità. Il ciclismo riportato alla sua semplicità, alla sua essenza, una partenza, un traguardo, solo il vincitore che conta, senza calcoli, niente tattiche, nessun tentativo di spiegare questo o quello con teoremi sapienti quando non ne sappiamo un bel niente, nessuna “chiacchierata”. Avete qualcosa da ridire su questo gioiellino di Wout Van Aert? Solo una gara che scoppietta da tutte le parti, un gruppo di pazzi pronti a correre quasi ogni rischio e i nostri cuoricini che si sollevano quando loro accelerano, sfrecciano sotto la pioggia, evitano per un pelo la caduta, alla vita, alla morte, all'amore. Lo sport più bello del mondo e noi siamo caldi caldi per discuterne fino a sazietà.

Volendo essere ironici, potremmo scrivere che il Tour de France ha dimostrato che non c'è niente di meglio delle gare di un giorno, le classiche. Ma dobbiamo anche ammettere che ci dispiaceva che si osasse toccare l'ultima tappa, che invece si è rivelata un enorme successo. Ciononostante, viene voglia di lamentarsi della decisione di neutralizzare i tempi nella classifica generale prima della prima salita della collina di Montmartre, a causa delle previsioni di pioggia. Se l'idea alla base della modifica della 21a tappa era quella di avere una gara, allora la gara deve esserci fino alla fine. Perché l'ultima tappa dovrebbe avere uno status speciale? Si sarebbe presa la stessa decisione per i ciottoli del Mont Cassel? E se il distacco tra Tadej Pogačar e Jonas Vingegaard fosse stato inferiore a 30 secondi?

Il ritorno di un Pogačar giocoso e attaccante

Si nota, in ogni caso, che i princìpi sono mutevoli, che il gruppo avrebbe preferito che nel 2020 fosse stata neutralizzata la tappa di Nizza, molto più pericolosa, e che il principio di precauzione limita la natura del ciclismo, come si è visto anche in questo Tour con l'allungamento dei tempi massimi in montagna, sotto la pressione dei corridori. La decisione di ieri ha comunque permesso a Vingegaard di restarsene al sicuro e a un gruppo di pazzi furiosi di contendersi la vittoria, a cominciare da Pogačar, che ha dimostrato ancora una volta di non avere niente a che vedere con il suo rivale danese e che è stato come risvegliato, elettrizzato dalla follia di questa giornata.

Montmartre ci ha restituito il campione del mondo che conosciamo durante il resto dell'anno, sempre pronto a una “pazzia”, a mettere un po' di legna nella stufa, a giocare, senza pensare al domani. Abbiamo capito subito che la maglia gialla era interessata alla vittoria, fin dalla prima ascesa, dove, dopo che Julian Alaphilippe aveva messo a segno un primo colpo, ha preso il comando per guidare un gruppetto di una ventina di elementi. Ha fatto lo stesso al secondo passaggio, mani sul manubrio, ma questa volta ci sono stati più danni, con solo cinque corridori alla sua ruota, Matteo Trentin, Wout Van Aert, Matteo Jorgenson, Davide Ballerini e Matej Mohoric, rientrato in discesa, un gruppo di “classicomani”.

Si pensava quindi che il terzo passaggio sarebbe stato quello del decollo di Pogačar, irresistibile, e invece si è assistito a una delle più grandi sorprese di questo Tour: Van Aert, riemerso dal limbo, il Van Aert conquistatore dei suoi anni migliori, in resurrezione, che stacca la maglia gialla a 400 m dalla vetta e la lascia sul selciato, in discesa, nel giardino del goloso sloveno. Uno stupore, poiché il belga era appena riuscito a fare ciò che né il suo leader né nessun altro era riuscito a fare quest'estate, mettendoci tutti sull'attenti.

Un epilogo sontuoso, con un vincitore magnifico, che è tornato da così lontano che lo sentivamo sciogliersi dietro i suoi occhiali da Batman, e un po' noi con lui, e un "perdente" che lo è stato altrettanto, poiché Pogačar aveva accettato di giocare, di rischiare di perdere per vincere, aveva messo sul tavolo la sua invincibilità in una giornata in cui non aveva bisogno di farlo ed era bello da vedere.

Come Merckx prima di lui, un despota accusato di vincere troppo

Perché per il resto, è vero che non ha lasciato molto. Questa quarta vittoria al Tour de France è stata la più evidente, perché era la più attesa, ma è anche quella della maturità. Perché si percepisce che il campione del mondo ha raggiunto la sua pienezza in sella alla bicicletta dalla scorsa stagione, che è al suo apice, a 26 anni, imbattibile, che ora sa sopportare e gestire, e perché, al di fuori, si è percepito che dall'inverno scorso ha cambiato dimensione, che è meno bambino e più campione, il che implica maggiore sicurezza, arroganza per alcuni, dire le cose come stanno, senza giri di parole.

Negli ultimi giorni si leggevano frasi come: «Influisce sulla popolarità del Tour?», «Le sue fughe sono ormai un segno di liberazione per i suoi avversari, che hanno superato la fase del fastidio, quella dell'irritazione, e oggi provano una sorta di crudele complesso di inferiorità.» Tadej Pogacar? No, Eddy Merckx. La prima è una frase scritta da L'Équipe nel bel mezzo del Grande Boucle 1970, quando il belga aveva vinto solo una volta la gara. La seconda è stata scritta da Pierre Chany, la prima firma del ciclismo, nel 1969, dopo la terza Sanremo di Eddy. La prova che il ciclismo è un eterno ricominciare e che il « pogačarismo» è in realtà un merckxismo.

Il tempo fa il suo corso, le percezioni cambiano da un'epoca all'altra e si alterano anche, con il passare degli anni. Merckx è lodato per il suo assolutismo, Antoine Blondin scriveva che era «il re degli Unni» per sottolinearne la crudeltà, Bernard Hinault è adorato per la sua aggressività, la sua cattiveria, ma è come se questi tratti non fossero più tollerati oggi, almeno nell'immediato, come se un campione dovesse essere un agnellino belante e, se possibile, non vincere troppo.

I regni incontrastati non sono più ammessi, e naturalmente il passato di piombo e l'attuale sospetto hanno molto a che fare con questo. L'immagine forse cambierà con il tempo, come per Merckx, ma nell'attesa questo Tour de France non è un traguardo per Pogačar, ma una tappa del filo che continuerà a srotolare. Il filo della sua storia e di quella del ciclismo.

Sulla difensiva nelle Alpi, Tadej Pogačar è tornato all'attacco 
sulla collina di Montmartre, davanti a una folla infuocata.

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