CAN - Derrière le Sénégal, une ferveur sans égale


Photo Andrew Surma. Icon Sportles 
Sénégalais Sadio Mané et Ibrahim Mbaye 
lors du match contre la RDC, le 27 décembre.

Les Lions de la Teranga affrontent le Mali en quart de finale de la Coupe d’Afrique des nations ce vendredi. 
Galvanisés par leurs stars Sadio Mané et Ibrahim Mbaye, la sélection et ses supporteurs rêvent déjà du futur Mondial aux Etats-Unis.

9 Jan 2026 - Libération
Par RACHID LAÏRECHE - Envoyé spécial au Maroc 
Infographie ALICE CLAIR

Une voiture roule à toute berzingue sur la route qui mène de Rabat à Tanger au Maroc. Elle est immatriculée en France, mais customisée aux couleurs du Sénégal. Des autocollants et des néons qui clignotent. Au péage, un peu plus loin, des supporteurs des Lions de la Teranga, surnom de l’équipe sénégalaise, dansent entre les bus et les caisses stationnés. Une pause-café ambiancée. Une banlieusarde de Paris, Kadiatou, la trentaine environ, a fait le déplacement en famille – des frères, une soeur et des cousins. La commerciale ne s’attendait pas à «croiser autant de Sénégalais» au Maroc pour soutenir le pays. Les hommes de Pape Thiaw, le sélectionneur, font flipper le continent tout entier. L’équipe est redoutée et classée parmi les favorites. Le Sénégal affronte le Mali, ce vendredi, en quart de finale de la Coupe d’Afrique des nations.

Alassane, un long type, fin et prolixe, coupe la parole à sa cousine, Kadiatou. «En Afrique, de nombreuses équipes, comme le Cameroun, le Nigeria ou l’Egypte ont marqué une époque, dit-il en fixant le regard. Aujourd’hui, c’est au tour du Sénégal de frapper fort. Nous avons le meilleur effectif de notre histoire.» Les Lions de la Teranga, qui ont raflé le trophée lors de l’édition camerounaise en 2022, espèrent accrocher une deuxième étoile sur leur maillot. Les supporteurs se comptent en milliers. Ils viennent majoritairement du Sénégal et de France, mais aussi des alentours. Le Maroc accueille une importante communauté sénégalaise, estimée à près de 200 000 personnes, principalement des étudiants présents dans les grandes métropoles.

Les clopes s’éteignent et les cafés se terminent. Ça redémarre. Les voitures roulent en direction de Tanger. Le grand stade, posé au sud de la ville blanche, accueille toutes les rencontres du Sénégal depuis le début de la compétition. Ça grouille à l’entrée. Le match de poules face à la république démocratique du Congo débute dans quelques minutes. Lamine est originaire de la région de Diourbel, à l’ouest du Sénégal. Il étudie les sciences à Rabat depuis deux ans. Drapeau vert, jaune et rouge, aux couleurs du pays, accroché sur la tête façon bandana, il décrypte les «forces» des Lions en mangeant des chips. «Il y a un mélange possible entre deux générations. Les anciens portés par Sadio Mané et des nouveaux comme Ibrahim Mbaye, détaille l’étudiant. Il faut que le mélange prenne pour que notre équipe devienne dangereuse, imprévisible, redoutable au niveau continental et mondial.»

Pépite du Paris Saint-Germain

Les noms «Mané» et «Mbaye» sortent des bouches à chaque échange. Les Sénégalais voient la chose comme un passage de témoin. Sadio Mané, 33 ans, est le visage principal des Lions de la Teranga. Son nom est puissant au pays et au sein de la diaspora. Personne ne peut l’égratigner. Le double Ballon d’or africain joue désormais dans le championnat saoudien, où le flouze coule à flots, mais il a tout gagné en Europe sous le maillot de Liverpool. Il a également permis au Sénégal de soulever sa première Coupe d’Afrique des nations. Abdoulaye, qui a fait le déplacement à Tanger avec son fils, charbonne dans la restauration en région parisienne. Il a posé quelques jours de congé. Le daron met en lumière une autre facette de l’attaquant. «Il aide beaucoup le pays, son aura dépasse le foot.»

Sadio Mané a grandi à Bambali, un village rural dans le sud du pays, a quitté très tôt ses terres, mais il fait de nombreux dons. Le fils d’imam a notamment fait construire un hôpital et un lycée.

Ibrahim Mbaye, 17 ans, a une autre histoire avec le Sénégal. La pépite du Paris Saint-Germain est née dans les Yvelines. Un ailier droit terrible qui crochète les défenseurs depuis les cours de récré en primaire. Il aurait pu choisir la France et postuler chez les Bleus de Didier Deschamps, voire le Maroc de sa mère, mais il a opté pour le pays d’origine de son père. «Les joueurs nés en France attendent toujours un geste des Bleus avant de rejoindre le Sénégal, qui peut s’apparenter à un second choix, analyse Aboubacar, commerçant à Dakar qui passe une semaine au Maroc. Le petit Mbaye n’a attendu personne. Sa décision prouve son attachement à ses racines et que notre sélection est devenue grande.»

Les présents au stade à Tanger ont sauté au plafond en même temps. Après une heure de jeu, alors que le Sénégal était mené par la république démocratique du Congo, Ibrahim Mbaye a fait son apparition sur la pelouse. Le gamin a tout chamboulé à chaque prise de balle. Il a un truc en plus qui saute à la figure. Des fulgurances de partout. La défense adverse a rapidement chopé le tournis. Une de ses accélérations à permis à Sadio Mané de marquer le but égalisateur. La nouvelle coqueluche a récidivé quelques jours plus tard, en huitième de finale face au Soudan, en marquant un pion. Ibrahim Mbaye est devenu le plus jeune buteur de la Coupe d’Afrique du XXIe siècle. Tout va très vite. Sadio Mané a qualifié la pépite de «joueur exceptionnel». Une manière de boucler la boucle.

«Une épopée folle»

La dernière ligne droite approche. Personne ne prend le derby de vendredi face au voisin malien à la légère. Il pourrait les rapprocher un peu plus du sacre en Coupe d’Afrique, mais de nombreux Sénégalais regardent (déjà) du coin de l’oeil la prochaine Coupe du monde qui se jouera en juin en Amérique du Nord. Le Sénégal affrontera la France lors de sa première rencontre, comme en 2002 en Corée du Sud. Les Lions de la Teranga avaient créé la surprise en battant les Bleus (1-0). Un match gravé pour toujours dans l’histoire au pays. Lamine et son drapeau transformé en bandana sur la tête, qui avait décrypté les «forces» du Sénégal un peu plus tôt, poursuit ses analyses. «Notre victoire face à la France en 2002 était un exploit, une épopée folle qui a permis de faire connaître notre foot et nos joueurs, dit-il. Les niveaux se sont rapprochés. La France reste une grande équipe, mais nous pouvons la regarder dans les yeux, aujourd’hui, tout le monde connaît nos joueurs et notre foot.» Les Sénégalais ne cachent plus leurs ambitions. La Coupe d’Afrique sera un premier juge de paix avant le plongeon dans le grand bain.

***

«Le foot malien est en pleine mutation»

L’ancien international du Mali, Fousseni Diawara, fin observateur de l’équipe nationale, déroule les enjeux avant le derby contre les Lions de la Teranga du Sénégal.

«Il y a quelques mois, les joueurs étaient mobilisés, 
à la limite de la grève, 
parce qu’ils demandaient des droits 
et des moyens supplémentaires à leur fédération.»

9 Jan 2026 - Libération
Recueilli par R.La.

Fousseni Diawara, 45 ans, ne rate pas un match de la Coupe d’Afrique des nations. L’ancien international malien a joué de nombreuses années au niveau hexagonal: Sochaux, Saint-Étienne et Ajaccio notamment. Le défenseur à la retraite est passé de l’autre côté. Il a dirigé les équipes jeunes au Mali. Il a également été entraîneur adjoint de la sélection nationale guinéenne. Le quart de finale de ce vendredi, à Tanger (Maroc), entre le Sénégal et le Mali, est un moment rare. Les deux nations se sont affrontées à 42 reprises depuis le siècle dernier, mais c’est la deuxième fois seulement en Coupe d’Afrique. Fousseni Diawara souligne l’importance du moment dans l’évolution du football malien.

La rencontre entre le Mali et le Sénégal, ce derby entre voisins, a-telle une signification particulière ?

C’est un derby pacifique entre deux pays amis.

Nous sommes proches. Il n’y a pas d’enjeu régional et aucune animosité particulière. Le rival historique du Mali est l’autre voisin plus au sud, la Côte-d’Ivoire, que nous pouvons retrouver en demi-finale.

Le Mali, qui a longtemps été réputé pour la qualité de son jeu, notamment au milieu de terrain, est aujourd’hui critiqué. La beauté de son football est moins visible depuis le début de la compétition…

Le foot malien, qui est en pleine mutation, active des leviers différents. Nous avons observé les grandes équipes efficaces qui remportent des titres. Le sélectionneur [le Belge Tom Saintfiet, ndlr] est à la recherche de cette efficacité. J’entends les critiques. Le Mali a longtemps été une équipe joueuse qui ne gagnait rien. Aujourd’hui, l’équipe n’a peut-être pas proposé grand-chose en termes de jeu, mais elle reste invaincue dans le tournoi. Nous espérons que cette série se poursuivra contre le Sénégal.

Quelles sont les forces de cette équipe ?

Les gens oublient, mais il y a quelques mois, les joueurs étaient mobilisés, à la limite de la grève, parce qu’ils demandaient des droits et des moyens supplémentaires à leur fédération. Ils ont été entendus. Maintenant, c’est à eux de jouer sur le terrain et en dehors. Leur attitude doit être irréprochable. Les joueurs ont une bonne mentalité et du caractère depuis le début du tournoi. La victoire en huitièmes de finale contre la Tunisie le prouve. Ils ont réussi à gagner en étant en infériorité numérique durant une grande partie du match. Les joueurs ont connu au Mali des critiques fondées et justes sur leur état d’esprit avant la Coupe d’Afrique. Ils montrent aujourd’hui un nouveau visage. Il n’est peut-être pas séduisant dans le jeu, mais c’est le visage d’une équipe qui veut avancer ensemble.

Qu’est ce qui vous surprend le plus chez les joueurs maliens actuels ?

J’en reviens encore à l’état d’esprit. Les Maliens ont très souvent été catalogués comme des joueurs gentils, voire dociles, incapables de mettre de l’agressivité dans leur jeu. Ils ont changé. Il ne suffit pas de bien jouer pour gagner. Le talent ne suffit pas. Il faut aussi une attitude, du caractère et croire en soi, à l’image de l’Egypte, la nation qui a le plus de titres sur le continent [sept fois championne d’Afrique]. Elle ne produit pas toujours du grand jeu mais elle a un supplément d’âme qui lui permet de renverser des matchs. 

Vous dites souvent «état d’esprit», «caractère» et «attitude». Ces mots ont-ils un sens particulier dans la situation actuelle au Mali, où la situation politique et sécuritaire est fragile ?

La crise que traverse le Mali est une source de motivation supplémentaire, peut-être même la première des motivations. Les membres de l’effectif sont des compétiteurs, mais ils ne peuvent pas faire abstraction de la réalité. Ils ont tous de la famille au Mali. Forcément, ils y pensent. Ils savent que les victoires sur le terrain soulagent le moral sur place.

Comment voyez-vous cette équipe du Sénégal ?

C’est l’une des plus grandes en Afrique. La sélection affiche de la régularité et de la stabilité. Ils ont des joueurs qui évoluent dans les plus grands clubs européens, mais pendant le match, toute la sympathie devra être mise de côté. Ils ne sont pas invincibles. Le Mali jouera le coup à fond.

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