À quoi joue le Lens de Sage?
Mamadou Sangaré au duel avec Himad Abdelli
lors d’Angers-Lens (1-2), le 30 novembre.
Leader de la Ligue 1 après 17 journées devant le PSG, le club nordiste a déjà intégré une belle partie des principes de jeu de l’ancien entraîneur de l’OL et possède des caractéristiques bien identifiables.
15 Jan 2026 - L'Équipe
MAXIME BRIGAND
Il s’est pointé sur l’estrade de La Gaillette début juin, sans cravate, avec une chemise blanche sous un costume sombre. Vite, le jeu s’est retrouvé au centre des discussions. Pierre Sage n’a jamais cherché à masquer ses intentions pour son Lens. Il a ainsi dit: « Je veux une équipe qui ressemble à son public, avec de l’intensité et de la générosité, avec des interactions et des principes qui feront que le RC Lens sera le RC Lens. »
Plus de sept mois après, l’intention est en passe de devenir une confirmation : Lens, leader surprise, est déjà identifiable et structuré autour d’un certain nombre de principes bien définis. Des principes que Sage (46 ans) n’avait pas hésité à livrer publiquement à son arrivée dans le Nord: soigner les sorties de balle pour être dans « de bonnes conditions » dans le camp adverse, mettre sous pression autant que possible le dos de la ligne défensive adverse en générant des courses en profondeur, chasser intensément à la perte, presser haut. Objectif? Avoir le plus possible le ballon, ce que Lens réussit pour le moment partiellement – le taux de possession moyen des Sang et Or est de 49,2 %, le 9e de L1 –, mais surtout l’avoir dans des zones qui permettent de se projeter efficacement pour que le match se joue majoritairement dans le camp adverse.
Fermeture et densité
C’est avant tout aux abords des surfaces adverses que le RC Lens attire l’oeil. Plusieurs chiffres permettent de mesurer l’intensité imposée par les Nordistes. Si l’on regarde le PPDA (passes par action défensive), qui permet de mesurer la pression exercée sur la relance adverse (plus il est bas, plus une équipe réussit à enlever du temps et de l’espace à son adversaire), les hommes de Pierre Sage affichent le 5e plus faible total de L1 et ne sont devancés que par le PSG, Monaco, Lyon et Lille. Aussi, Lens est sur le podium des équipes qui récupèrent le plus de ballons dans le dernier tiers par match. Un peu moins de 18 % de ces récupérations hautes sont ensuite converties en tir.
Si la tendance est à un retour du pressing individuel un petit peu partout en Europe, Lens, de son côté, construit plutôt le sien dans une logique zonale, où chaque joueur défend une zone tout en adaptant sa position et ses déplacements en fonction de l’adversaire direct qui entre dans cette zone. La mission est alors de fermer des lignes de passe et d’empêcher la progression avant d’aller au duel direct, ce qui explique ainsi le haut nombre d’interceptions par match des Sang et Or (un peu plus de 10, seule l’AS Monaco fait mieux en L1).
Les Lensois sont, pour autant, très performants au moment de sortir vainqueurs des duels défensifs. En 2025-2026, aucune équipe ne tente plus de tacles par match et seuls Angers et Brest en réussissent plus. Le 5-2-3 lensois sans ballon n’est cependant pas infaillible et on a vu des adversaires réussir à créer des supériorités dans le dos de la paire Thomasson-Sangaré, puis profiter de contretemps dans les sorties des centraux pour mettre en danger Risser dans la profondeur. Néanmoins, si Lens concède un nombre de xG plutôt élevé pour un leader (23,73, seulement 7e plus faible de L1), il subit assez peu de tirs cadrés (moins de quatre par match).
L’avis de Pierre Sage: «Ce qui nous anime, c'est fermer les espaces. En priorité, on ferme toujours l'intérieur du jeu. Et ça nous permet justement de ne pas nous laisser désorganiser par les passes de l'adversaire, d'intercepter beaucoup de ballons. Et c'est pour ça, selon moi, qu'on a deux ou trois joueurs qui excellent dans ce domaine en termes de statistiques. »
Des ailes et de la diversité
On l’a dit : Sage aime, avant toute chose, voir son équipe avec le ballon. Lorsqu’ils l’ont, les Lensois affichent aussi des récurrences, à commencer par leur utilisation massive des côtés. Équipe de L1 qui tentait le plus de centres en 2024-2025 (20,8 tentés par match), le RC Lens a conservé cette habitude avec l’ancien entraîneur de l’OL, même si deux équipes (Le Havre et Lyon) en envoient davantage cette saison. On voit la volonté d’attirer le bloc adverse en amassant les éléments sur un côté afin de mieux le percer de l’autre. Il n’est pas rare de voir les Sang et Or faire décrocher un piston pour former une défense à quatre devant Risser, ce qui vient former une base de construction en 1+4+2, là où l’autre est envoyé haut, à l’opposé, presque à la même hauteur que l’attaquant axial. L’objectif est alors de le lancer, ce que l’on voit régulièrement avec Matthieu Udol, par une transversale de Mamadou Sangaré ou un Florian Thauvin très libre.
Ainsi, à chaque attaque du RC Lens, la même idée : trouver un espace à attaquer, et dès qu’il apparaît, le sanctionner avec intensité. Si les hommes de Sage sont ceux qui parcourent le plus de mètres avec des courses à haute intensité (donc supérieures à 20 km/h) en L1, ils sont surtout sur le podium de ceux qui, dans les cinq grands Championnats européens, font le plus de courses en profondeur. On retrouve ce désir à toutes les hauteurs. Si Lens vient attirer son adversaire bas, Malang Sarr, l’un des joueurs de L1 qui fait le plus progresser le jeu de son équipe par la passe, peut allonger vers l’un de ses offensifs. Et si les Lensois font face à un bloc moyen-bas, les projections sont aussi générées par les deux milieux (Thomasson, Sangaré), de manière à augmenter la dose d’incertitude et à ouvrir des lignes de passes à exploiter.
La force du 3-4-2-1 lensois est également dans la richesse de ses profils mais aussi leur audace, les centraux excentrés n’hésitant pas, sur certaines actions, à venir dédoubler dans le dos du piston, ce qui démontre une volonté de ne jamais proposer quelque chose de stérile et de toujours saisir un espace attaquable. Cela donne une équipe capable d’aussi bien attaquer directement, de sortir les ballons proprement entre les lignes, de piquer sur attaque placée, comme de briller sur phases arrêtées (29 % des buts inscrits sur des situations arrêtées, 7,49 xG générés, plus que n’importe quelle équipe de Ligue 1).
L’avis de Pierre Sage: « Ce n’est pas aussi figé que ça. L’idée, justement, c’est de créer des problèmes un peu différents chez nos adversaires. Mais, c’est sûr que la hauteur du piston va influencer sur deux choses. Enfin, sur une chose, une même personne, le piston extérieur adverse. S’il est très bas, il va avoir tendance à se faire attirer, à ouvrir l’espace dans son dos. Et s’il est très haut, il va avoir tendance à se faire fixer et donc à libérer de l’espace à l’intérieur pour un de nos dix, parce qu’on joue avec deux dix en soutien de notre attaquant. Donc, l’alternance de ces choses-là pose des problèmes différents à nos adversaires. Et si le niveau de réponse des adversaires n’est pas adapté aux problèmes qu’on leur pose, ça nous crée des opportunités.»

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