Le grand débarquement
La NBA fait à nouveau escale en Europe, ce soir à Berlin puis dimanche à Londres. Mais derrière le duel entre Orlando et Memphis, la ligue nord-américaine profite du voyage pour dessiner un peu plus les contours financiers et sportifs de sa future compétion européenne.
15 Jan 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK (avec Y. O.)
BERLIN – Auréolée de quelques centimètres de neige, la porte de Brandebourg a remplacé la tour Eiffel. Après trois voyages parisiens, la NBA a posé ses cartons à Berlin, puis ira à Londres à partir de demain, avec dans ses valises Memphis et Orlando pour un double duel ce soir (20 heures) et dimanche. Le retour en héros des frères Franz et Moritz Wagner s’affiche en vitrine, en coulisses, la ligue nord-américaine avance ses pions.
Fin décembre, avec la FIBA (Fédération internationale), elle a annoncé le début de son travail pour créer « une nouvelle ligue professionnelle en Europe » avec la saison 2027-2028 en horizon vraisemblable. Un feu vert officiel. Les contours du projet, eux, ont bien avancé, et le patron de la NBA Adam Silver ne manquera pas de questions lors de sa conférence de presse en fin d’aprèsmidi.
Douze tickets d’or, à quel prix ?
Le premier ingrédient de la recette NBA Europe est déjà écrit : douze équipes bénéficieront d’un ticket permanent pour la compétition, sur le modèle du sport pro américain. Début novembre, lors d’une visite en Italie, George Aivazoglou, le patron de la NBA en Europe et au Moyen-Orient, avait détaillé une liste de villescibles à travers la France (Paris et Lyon), l’Angleterre (Londres et Manchester), l’Italie (Rome et Milan), l’Espagne (Madrid et Barcelone), l’Allemagne (Berlin et Munich), la Turquie (Istanbul) et la Grèce (Athènes). Six capitales, six métropoles et douze marchés économiques suffisamment prometteurs pour la NBA.
La ligue nord-américaine a assuré que le casting n’était pas encore établi. Mais son alliée sur le continent, la FIBA, a présenté une liste similaire lors d’une récente assemblée générale de la Ligue des champions (BCL), sa compétition actuelle en Europe. Dans le viseur américain : des clubs déjà installés comme le Real Madrid et des marques surpuissantes comme le Paris Saint-Germain.
Mais il ne suffira pas de toquer au portillon avec le sourire. Selon le média spécialisé Bloomberg, acquérir une future franchise de la NBA Europe pourrait coûter jusqu’à 1,5 milliard de dollars (quelque 1,3 milliard d’euros). Selon nos informations, une réunion cruciale est prévue lundi à Londres entre des officiels de la ligue américaine et des investisseurs potentiels. Avec des précisions attendues sur les conditions d’entrée, et notamment la répartition du capital des futures franchises. Des acteurs des droits télévisés sont aussi attendus autour de la table, alors que les Gafam – dont Amazon, déjà détenteur d’une partie des droits aux États-Unis – font figure de diffuseurs logiques pour la NBA Europe.
Quelle place pour les autres clubs ?
Sur les terrains de foot, la Superligue imaginée par Florentino Pérez, président du Real Madrid, s’était effondrée au printemps 2021, victime d’un feu nourri et croisé des supporters anglais, des instances et du paysage polit i q ue e uro p é e n. La NBA e t la FIBA avancent, elles, la possibilité pour chaque club de se qualifier en NBA Europe, via la Ligue des champions (BCL) avec quatre tickets dès 2027-2028. « Il faut une pyramide et des chemins clairs, en concordance avec le modèle sportif européen. C’est une pièce cruciale du puzzle » , rappelait en décembre Andreas Zagklis, secrétaire général de la FIBA.
Le dirigeant grec avait même évoqué l’idée d’un méga tournoi de qualification en juin. Mais la NBA est très attendue pour préciser ce chemin bis. Un sas de passage crucial car, pour l’heure, le casting des 12 franchises laisse de nombreux bastions sur la touche comme Belgrade et Kaunas.
Sans cette possibilité pour ces derniers, la NBA prend le risque de se faire barrer la route par les instances politiques européennes, garantes du modèle sportif continental.
Une bataille à Paris ?
Dans la capitale française, son premier marché européen, la NBA n’a pas masqué ses intentions. Le Paris Saint-Germain, sponsorisé par Jordan et avec Kevin Durant, la superstar de Houston, en actionnaire minoritaire, est un candidat incontournable pour la NBA Europe. « Le PSG fait partie de ces marques avec une audience planétaire, une diaspora. Nous sommes intéressés par ce type de marques et il y a beaucoup de discussions », confirmait Aivazoglou début octobre à L’Équipe.
Le dossier est géré entre les dirigeants NBA et le Qatar, propriétaire du PSG, par le biais du fonds QSI. Doha n’en est pas à son coup d’essai aux États-Unis puisque le fonds souverain Qatar Investment Authority a pris une participation minoritaire dans les Washington Wizards.
Face au rouleau compresseur PSG, le Paris Basketball risque de se retrouver le bec dans l’eau, malgré ses résultats sportifs et le passé NBA de ses propriétaires, Eric Schwartz et David Kahn. Le champion de France en titre garde ses options ouvertes, y compris en Euroligue, où il est pressenti pour obtenir une licence de membre permanent. Mais selon nos informations, il aurait sondé QSI d’une part et aussi noué des contacts avec le Paris FC. L’idée d’une prise de participation (majoritaire ?) du promu en Ligue 1, désormais propriété de la famille Arnault, pourrait faire sens avec la NBA Europe en vue. Mais l’option PSG garde bien les cartes en mains pour la ligue nord-américaine.
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