Merci Miss Colvin
La militante pour les droits civiques aux
Etats-Unis Claudette Colvin, à New York en 2000.
DROITS CIVIQUES CLAUDETTE COLVIN, LA PIONNIÈRE OUBLIÉE
Disparition. C’est elle, neuf mois avant Rosa Parks, qui fut la première à défier les lois de la ségrégation en 1955 en refusant de céder sa place à une femme blanche dans un bus en Alabama. Elle est morte mardi à 86 ans.
En 1955, si Colvin a le soutien des femmes, pour les dignitaires noirs de la ville, en revanche, elle n’incarne pas la victime idéale.
L’écrivaine Tania de Montaigne, chroniqueuse à «Libé», retrace la vie de la militante pour les droits civiques aux Etats-Unis, morte mardi à 86 ans. Pionnière oubliée dans la lutte contre la ségrégation raciale, elle avait refusé, neuf mois avant Rosa Parks, de laisser sa place à une blanche dans un bus de Montgomery.
15 Jan 2026 - Libération
L’HOMMAGE DE TANIA DE MONTAIGNE
L’histoire du mouvement des droits civiques aurait certainement été tout autre sans Claudette Colvin. Morte mardi à 86 ans, elle fut le patient zéro, la patiente combattante pour une égalité de droits sans cesse remise au lendemain. Quand on pense mouvement des droits civiques, les noms de Martin Luther King et Rosa Parks viennent immédiatement, sans réfléchir, comme une évidence. Partout dans le monde, des bibliothèques, des parcs, des écoles, des rues, des stations de bus, de tramways, portent leurs noms. Et pourtant, le 2 mars 1955, neuf mois avant Rosa Parks, une gamine de 15 ans décide de défier les lois de la ségrégation à sa manière, silencieuse et déterminée. Elle reste assise dans un bus de Montgomery (Alabama), refusant de céder sa place à une passagère blanche. Même ville que Rosa Parks, même bus, même acte, mais destin diamétralement opposé. D’un côté l’oubli, de l’autre l’histoire. Même si, dans l’arrêt de la Cour suprême du 13 novembre 1956, Broader vs Gayle, qui devait abolir la ségrégation dans les transports, c’est bien le nom de Claudette Colvin qui est cité, pas celui de Rosa Parks.
Pour faire le portrait de cette héroïne, il faut revenir sur ses pas, repartir en arrière, s’imprégner de ce qu’est la ségrégation, de ce que c’est que d’être noire dans une ville de l’Alabama des années 50. Ce que c’est que de grandir dans un Etat, dans un pays, où chaque moment de votre vie est pris dans l’étau d’un concept pervers, «séparés mais égaux». Toute l’astuce tient dans cette réinterprétation du droit qui a permis aux propriétaires du Sud et de l’Ouest des Etats-Unis de maintenir les codes de l’esclavage malgré l’abolition advenue près d’un siècle plus tôt. Donner l’illusion d’acter la fin d’une injustice, «égaux», tout en la maintenant, «séparés». De l’esclavage sans le mot «esclavage». Il fallait y penser. Quand on veut maintenir une manne économique, on est souvent très créatifs.
PRÉJUGÉS RACISTES
Pour faire le portrait de Miss Colvin, il faut tracer une frontière étanche qui sépare l’avant 2 mars 1955 de l’après. Avant, la vie de Claudette c’est l’école, l’église, les amis. Bonne chrétienne, elle se rend toutes les semaines à l’église. Là, on y dit que Dieu a fait les blancs meilleurs, on y maintient les fidèles dans la superstition et la crainte. Bonne élève, elle suit avec attention les cours de la Booker T. Washington High School, rêvant de devenir un jour avocate ou, pourquoi pas, présidente. Oui, pourquoi pas ? Ce pourrait être la vie ordinaire d’une petite fille si tout ça ne se passait pas dans l’Alabama des années 50. Car, à Montgomery, comme dans l’ensemble des Etats du Sud, toute la société est régie par Jim Crow. Jim Crow ? Au départ, c’est le nom d’un personnage noir inventé au XIXe siècle par un comédien blanc, Thomas Dartmouth Rice. Daddy Jim Crow est un condensé de tous les préjugés racistes, c’est un noir paresseux, joyeux et bête. Très vite, le personnage rencontre un immense succès et devient un numéro incontournable de tous les minstrel show, ces numéros chantés et dansés qui se déplacent de ville en ville. On vient de loin pour rire des mésaventures de ce personnage grotesque. Pour jouer Jim Crow, il suffit de se noircir le visage, de dessiner un cercle rouge autour de sa bouche et le tour est joué ! Important le cercle rouge, parce qu’il maintient visuellement l’idée qu’entre un noir et un singe il n’y a pas grande différence. Ne reste plus alors qu’à sauter, danser, rouler des yeux, parler d’une voix trainante en omettant les «r» et prendre des poses ridicules. Jump Jim Crow ! C’est un tel succès que le nom même «Jim Crow» passe dans le langage commun et se met à désigner toute une série de lois et coutumes qui organisent la ségrégation entre blancs et non blancs (noirs mais aussi, selon les Etats, Mexicains, Chinois, Amérindiens, …). De la naissance à la mort, de la maternité au cimetière, tout est fait pour que blancs et non-blancs ne partagent jamais les mêmes endroits.
C’est dans ce climat que grandit Claudette Colvin. Née en 1939, elle vit, depuis ses 8 ans, à King Hill, un des quartiers les plus pauvres de Montgomery. Ce que Claudette a toujours su, c’est qu’il y a des trottoirs pour les noirs d’autres pour les blancs, des fontaines pour les uns d’autres pour les autres. C’est qu’une paire de chaussures ne s’essaie pas quand on est noir, non, on trace simplement l’empreinte de son pied sur un bout de papier, on le tend aux vendeurs ou à la vendeuse, on désigne depuis l’extérieur la paire que l’on désire acheter, on attend, puis on paye. Et si la paire ne convient pas ? Eh bien, tant pis, aucun retour n’est possible car quel blanc voudrait d’une paire portée par un noir ?
NON COUPABLE
Ce que Claudette sait aussi, c’est que dans les bus, si un passager blanc se trouve debout, un noir doit obligatoirement lui céder sa place. Ainsi va la vie à Montgomery. Mais le 2 mars 1955, alors que Claudette Colvin devrait céder son siège comme à l’accoutumée, elle reste assise. Et, même quand le chauffeur lui ordonne de se lever, elle ne bouge pas. Dans les bus de Montgomery, les chauffeurs ont une arme et n’hésitent pas à s’en servir, bénéficiant d’une impunité totale. Tuer un noir est une anecdote. Rester assise, c’est donc déjà prendre le risque de mourir. Dans le bus, la tension est à son comble, mais le chauffeur ne tire pas, il décide de prévenir la police. C’est une chance. L’adolescente est arrêtée et conduite au commissa riat, elle y arrive vivante. C’est une chance. Et c’est là que Claudette Colvin change le cours de l’histoire. Elle maintient sa position et devient ainsi la première noire à plaider non coupable et à attaquer la ville. Deux femmes vont l’accompagner dans cette aventure, Jo Ann Gibson Robinson, enseignante et présidente d’une association, et une certaine… Rosa Parks, secrétaire de la NAACP, l’Association nationale pour la promotion des personnes de couleur. Elles contactent un jeune avocat noir de 25 ans, Fred Gray, qui prend le dossier en main, décidé à porter le cas de Claudette jusqu’à la Cour suprême. Seulement, si l’adolescente a le soutien des femmes, pour les dignitaires noirs de la ville, en revanche, elle n’incarne pas la victime idéale. Ils la jugent trop jeune, trop pauvre, trop noire aussi. Malgré la pression des femmes qui voudraient faire de l’action de Claudette le point de départ d’un boycott, les dignitaires refusent. Ils ne la soutiendront pas. L’adolescente perd son premier procès contre la ville, fait appel, et perd une seconde fois. A 15 ans, elle a désormais un casier judiciaire et plus aucune chance de devenir avocate. Désespérée, elle trouve le réconfort auprès d’un homme marié plus âgé dont elle tombe enceinte. Si Claudette Colvin n’était pas Claudette Colvin, l’histoire pourrait se terminer là, ce serait celle d’une fillemère noire dans l’Alabama des années 50. Mais, alors qu’elle s’apprête à fuir la ville pour cacher sa grossesse, tout bascule.
Le 1er décembre 1955, Rosa Parks refuse de céder son siège à un passager blanc. Jo Ann Gibson Robinson décide de changer de stratégie, plus question de demander leur avis aux hommes. Elle imprime dans la nuit 52000 tracts annonçant un boycott des bus quatre jours plus tard. Mis devant le fait accompli, les dignitaires n’ont plus le choix. Mais, comme aucun d’eux ne souhaite prendre le risque de s’exposer, c’est un jeune pasteur de 26 ans, récemment arrivé à Montgomery, qui est désigné pour prendre la tête du mouvement. Un certain Martin Luther King. Désormais, tout est en place. Commence alors un boycott qui durera plus d’un an. Claudette Colvin décide de revenir à Montgomery, elle veut prendre part au mouvement. Et l’histoire la rattrape à nouveau. Les responsables du mouvement des droits civiques décident d’entamer une action collective contre les lois de ségrégation dans les bus. Ils ne peuvent faire appel à Rosa Parks déjà impliquée dans un autre procès. Il faut donc trouver d’autres femmes qui aient vécu une situation similaire et acceptent de s’embarquer.
Ils se souviennent alors de Claudette Colvin. Lorsqu’ils la contactent, l’adolescente les écoute calmement, consciente de tout. Elle a déjà vécu le parcours, elle sait que ce genre d’action n’entraîne aucune reconnaissance et elle doit accoucher quelques semaines seulement avant le début du procès. Mais, contre toute attente, elle accepte. A 16 ans, elle devient alors la plus jeune des plaignantes de l’action collective, celle qu’on juge la plus fragile, la plus facile à déstabiliser. Elle ne flanche pas. Le 20 décembre 1956, la Cour suprême déclare que la ségrégation dans les transports de l’Alabama est inconstitutionnelle. Personne ne remerciera Claudette Colvin, elle quittera Montgomery quelques mois plus tard, n’ayant pas réussi à y trouver un emploi. Elle partira s’installer à New York où elle deviendra aide-soignante. Si elle ne racontera jamais son histoire, elle deviendra, en revanche, un membre actif du monde syndical, poursuivant sa lutte dans le combat salarial.
«IL FAUT SE BATTRE»
Aujourd’hui, dans le monde entier, on ne compte plus les jardins, écoles, bibliothèques qui portent le nom de Rosa Parks. Sa figure est devenue si incontournable qu’elle possède même une poupée Mattel à son effigie, petites lunettes et chignon compris. Aucune poupée Barbie, aucun parc, aucune station de métro, aux Etats-Unis ne porte le nom de Claudette Colvin, à peine une rue dans le quartier le plus pauvre de Montgomery, une rue où c’est toujours l’hiver. Mais à l’heure où partout dans le monde une petite musique nous raconte que l’identité, c’est la clôture et la pureté, Claudette Colvin a vu une seconde patrie l’accueillir les bras ouverts.
Miss Colvin, vous le savez, à présent vous êtes aussi américaine que française. Ici, des adultes, des enfants, de tous âges, toutes couleurs, vous racontent, vous dessinent, vous jouent. Nous ne sommes pas peu fiers d’être le premier pays au monde à posséder un bâtiment qui porte votre nom, une résidence étudiante à Gradignan, près de Bordeaux. Ici, nous avons appris grâce à vous que la justice ne se paie pas de mot ni de posture, elle demande des actes et de la constance. Miss Colvin, le monde gronde mais nous ferons en sorte d’être à la hauteur du message que vous nous avez laissé : «Il faut se battre, toujours, pour les droits de tous.»
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Merci Miss Colvin
CLAUDETTE COLVIN, LA PIONIERA DEI DIRITTI CIVILI DIMENTICATA
Nel 1955, pur avendo Colvin il sostegno delle donne, per i dignitari neri della città, invece, non incarnava la vittima ideale.
Scomparsa. È stata lei, nove mesi prima di Rosa Parks, la prima a sfidare le leggi della segregazione nel 1955, rifiutandosi di cedere il posto a una donna bianca su un autobus in Alabama. È morta martedì (13 gennaio 2026, ndr) all'età di 86 anni. La scrittrice Tania de Montaigne, editorialista di «Libé», ripercorre la vita dell'attivista per i diritti civili negli Stati Uniti, morta martedì all'età di 86 anni. Pioniera dimenticata nella lotta contro la segregazione razziale, nove mesi prima di Rosa Parks aveva rifiutato di cedere il suo posto a una donna bianca su un autobus a Montgomery. L'attivista per i diritti civili negli Stati Uniti Claudette Colvin, a New York nel 2000.
15 gennaio 2026 - Libération
L'OMAGGIO DI TANIA DE MONTAIGNE
La storia del Movimento per i Diritti Civili sarebbe stata diversa senza Claudette Colvin. Morta martedì (13 gennaio 2026) all'età di 86 anni, è stata la paziente zero, la paziente che ha lottato per l'uguaglianza dei diritti, continuamente rimandata al giorno dopo. Quando si pensa al Movimento per i Diritti Civili, i nomi di Martin Luther King e Rosa Parks vengono subito in mente, senza riflettere, come un'ovvietà. In tutto il mondo, biblioteche, parchi, scuole, strade, stazioni degli autobus e dei tram portano i loro nomi. Eppure, il 2 marzo 1955, nove mesi prima di Rosa Parks, una ragazzina di 15 anni sfida le leggi della segregazione a modo suo, silenziosa e determinata. Rimane seduta su un autobus a Montgomery (Alabama), rifiutandosi di cedere il posto a una passeggera bianca. Stessa città di Rosa Parks, stesso autobus, stesso gesto, ma destino opposto. Da un lato l'oblio, dall'altro la Storia. Anche se nella sentenza della Corte Suprema del 13 novembre 1956, Broader vs Gayle, che avrebbe dovuto abolire la segregazione nei trasporti, è proprio il nome di Claudette Colvin ad essere citato, non quello di Rosa Parks.
Per tracciare il ritratto di questa eroina, occorre tornare indietro nel tempo, immergersi nella realtà della segregazione, capire cosa significasse essere neri in una città dell'Alabama degli anni '50. Cosa significa crescere in uno Stato, in un Paese, dove ogni momento della tua vita è stretto nella morsa di un concetto perverso, “separati ma uguali”. Tutto il trucco sta in questa reinterpretazione della legge che ha permesso ai proprietari terrieri del sud e dell'ovest degli Stati Uniti di mantenere i codici della schiavitù nonostante l'abolizione avvenuta quasi un secolo prima. Dare l'illusione di porre fine a un'ingiustizia, “uguali”, pur mantenendola, “separati”. Schiavitù senza la parola «schiavitù». Bisognava pensarci. Quando si vuole mantenere una manna economica, spesso si è molto creativi.
PREGIUDIZI RAZZISTI
Per tracciare un ritratto di Miss Colvin, occorre tracciare una linea netta che separi il periodo precedente al 2 marzo 1955 da quello successivo. Prima, la vita di Claudette era fatta di scuola, chiesa e amici. Da brava cristiana, ogni settimana andava in chiesa. Lì si diceva che Dio aveva creato i bianchi migliori, e si manteneva i fedeli nella superstizione e nella paura. Da brava studentessa, seguiva con attenzione le lezioni alla Booker T. Washington High School, sognando di diventare un giorno avvocato o, perché no, Presidente. Sì, perché no? Potrebbe essere la vita normale di una bambina se tutto questo non avvenisse nell'Alabama degli anni '50. Perché a Montgomery, come in tutti gli Stati del Sud, l'intera società è governata da Jim Crow. Jim Crow? Inizialmente, è il nome di un personaggio nero inventato nel XIX secolo da un attore bianco, Thomas Dartmouth Rice. Daddy Jim Crow è un concentrato di tutti i pregiudizi razzisti, è un nero pigro, allegro e stupido. Ben presto il personaggio riscuote un enorme successo e diventa un numero imprescindibile di tutti i minstrel show, spettacoli di canto e danza itineranti che si spostano di città in città. La gente veniva da lontano per ridere delle disavventure di questo personaggio grottesco. Per interpretare Jim Crow basta dipingersi il viso di nero, disegnare un cerchio rosso intorno alla bocca e il gioco è fatto! Il cerchio rosso è importante perché mantiene visivamente l'idea che non ci sia molta differenza tra un nero e una scimmia. Non resta quindi che saltare, ballare, roteare gli occhi, parlare con voce strascicata omettendo le “r” e assumere pose ridicole. Jump Jim Crow! Il successo è tale che il nome stesso “Jim Crow” entra nel linguaggio comune e inizia a designare tutta una serie di leggi e costumi che organizzano la segregazione tra bianchi e non bianchi (neri ma anche, a seconda degli Stati, messicani, cinesi, nativi americani, ...). Dalla nascita alla morte, dalla maternità al cimitero, tutto è fatto in modo che bianchi e non bianchi non condividano mai gli stessi luoghi.
È in questo clima che cresce Claudette Colvin. Nata nel 1939, vive dall'età di 8 anni a King Hill, uno dei più poveri quartieri di Montgomery. Ciò che Claudette ha sempre saputo è che ci sono marciapiedi per i neri e altri per i bianchi, fontane per gli uni e altre per gli altri. Che quando sei nero non puoi provare un paio di scarpe, no, si traccia semplicemente l'impronta del piede su un pezzo di carta, la si porge al venditore o alla venditrice, si indica dall'esterno il paio che si desidera acquistare, si aspetta e poi si paga. E se il paio non va bene? Beh, pazienza, non si può tornare indietro, perché quale bianco vorrebbe un paio di scarpe indossate da un nero?
NON COLPEVOLE
Claudette sa anche che sugli autobus, se un passeggero bianco è in piedi, un nero deve obbligatoriamente cedergli il posto. Così va la vita a Montgomery. Ma il 2 marzo 1955, quando Claudette Colvin avrebbe dovuto cedere il proprio posto come al solito, rimane seduta. E anche quando l'autista le ordina di alzarsi, lei non si muove. Sugli autobus di Montgomery, gli autisti hanno un'arma e non esitano a usarla, godendo di totale impunità. Uccidere un nero è una cosa da poco. Rimanere seduta significa quindi già correre il rischio di morire. Sull'autobus la tensione è alle stelle, ma l'autista non spara, decide invece di avvisare la polizia. È una fortuna. L'adolescente viene arrestata e condotta alla stazione di polizia, dove arriva viva. È una fortuna. Ed è qui che Claudette Colvin cambia il corso della Storia. Mantiene la sua posizione e diventa così la prima donna di colore a dichiararsi non colpevole e a citare in giudizio la città. Due donne la accompagnano in questa avventura, Jo Ann Gibson Robinson, insegnante e presidente di un'associazione, e una certa... Rosa Parks, segretaria della NAACP, l'Associazione Nazionale per l'Avanzamento delle Persone di Colore. Contattano un giovane avvocato nero di 25 anni, Fred Gray, che assume il caso e lo porta davanti la Corte Suprema. Tuttavia, pur avendo la adolescente il sostegno delle donne, per i dignitari neri della città, invece, non incarna la vittima ideale. La giudicano troppo giovane, troppo povera e anche troppo nera. Nonostante la pressione delle donne che vorrebbero fare dell'azione di Claudette il punto di partenza di un boicottaggio, i dignitari rifiutano. Non la sosterranno. L'adolescente perde il suo primo processo contro la città, fa appello e perde una seconda volta. A 15 anni, ha ormai una fedina penale e non ha più alcuna possibilità di diventare avvocato. Disperata, trova conforto in un uomo sposato più anziano di lei, dal quale rimane incinta. Se Claudette Colvin non fosse Claudette Colvin, la storia potrebbe finire qui, sarebbe quella di una ragazza nera nell'Alabama degli anni '50. Ma, mentre si appresta a fuggire dalla città per nascondere la sua gravidanza, tutto cambia.
Il 1° dicembre 1955, Rosa Parks si rifiuta di cedere il posto a un passeggero bianco. Jo Ann Gibson Robinson decide di cambiare strategia: basta col chiedere il parere degli uomini. Durante la notte fa stampare 52.000 volantini che annunciano un boicottaggio degli autobus quattro giorni dopo. Di fronte al fatto compiuto, i dignitari (neri della città) non hanno più scelta. Ma, poiché nessuno di loro vuole correre il rischio di esporsi, è un giovane pastore di 26 anni, appena arrivato a Montgomery, a essere designato per guidare il movimento. Un certo Martin Luther King. Ormai tutto è pronto. Inizia così un boicottaggio che durerà più di un anno. Claudette Colvin torna a Montgomery, vuole partecipare al movimento. E la Storia la raggiunge di nuovo. I responsabili del Movimento per i Diritti Civili avviano un'azione collettiva contro le leggi di segregazione sugli autobus. Non possono ricorrere a Rosa Parks, già coinvolta in un altro processo. È quindi necessario trovare altre donne che abbiano vissuto una situazione simile e che accettino di partecipare.
Allora si ricordano di Claudette Colvin. Quando la contattano, l'adolescente li ascolta con calma, consapevole di tutto. Ha già vissuto questa esperienza, sa che questo tipo di azione non porta alcun riconoscimento e deve partorire solo poche settimane prima dell'inizio del processo. Ma, contro ogni aspettativa, accetta. A 16 anni, diventa così la più giovane delle ricorrenti dell'azione collettiva, quella che viene considerata la più fragile, la più facile da destabilizzare. Lei non cede. Il 20 dicembre 1956, la Corte Suprema (degli Stati Uniti) dichiara incostituzionale la segregazione nei trasporti dell'Alabama. Nessuno ringrazierà Claudette Colvin, che lascerà Montgomery pochi mesi dopo, non essendo riuscita a trovare un lavoro. Si trasferirà a New York, dove diventerà assistente sanitaria. Anche se non racconterà mai la sua storia, diventerà invece un membro attivo del mondo sindacale, continuando la sua lotta nella battaglia salariale.
«BISOGNA LOTTARE»
Oggi, in tutto il mondo, sono innumerevoli i giardini, le scuole e le biblioteche che portano il nome di Rosa Parks. La sua figura è diventata così importante che esiste persino una bambola Mattel che la raffigura, con tanto di occhialini e chignon. Nessuna bambola Barbie, nessun parco, nessuna stazione della metropolitana negli Stati Uniti porta il nome di Claudette Colvin, solo una strada nel quartiere più povero di Montgomery, una strada dove è sempre inverno. Ma in un momento in cui in tutto il mondo una piccola musica ci racconta che l'identità è chiusura e purezza, Claudette Colvin ha visto una seconda patria accoglierla a braccia aperte.
Signorina Colvin, come saprà, ora lei è americana quanto francese. Qui, adulti e bambini di tutte le età e di tutti i colori la raccontano, la disegnano, la interpretano. Siamo molto orgogliosi di essere il primo Paese al mondo ad avere un edificio che porta il suo nome, una residenza studentesca a Gradignan, vicino a Bordeaux. Qui, grazie a lei, abbiamo imparato che la giustizia non si ottiene con le parole o con le pose, ma richiede azioni e costanza. Signorina Colvin, il mondo è in fermento, ma faremo in modo di essere all'altezza del messaggio che lei ci ha lasciato: «Bisogna lottare, sempre, per i diritti di tutti».


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