DÉMARE - Une autre histoire
DÉMARE AU STOP
Le sprinteur français a disputé hier la dernière course de sa carrière. Avec de l’émotion et des hommages.
"Humainement, c’est un exemple.
Il sait gérer la pression comme leader
et transmettre aux jeunes"
- YVON LEDANOIS, UN DES DIRECTEURS
SPORTIFS D’ARKÉA B&B HOTELS
13 Oct 2025 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
TOURS – La Classique des Feuilles Mortes est une ode à la nostalgie, et elle l’était cette année à double titre. Cette nostalgie se consume toute la journée, au matin du départ à Chartres, quand le coeur se serre en prenant la route pour la dernière grande course de la saison, puis le soir en rentrant de Tours à Paris avec un soleil orangé qui brille dans les rétros et rappelle que la majorité du peloton sortira désormais de l’ombre en février prochain. L’édition 2025 de Paris-Tours était aussi une nostalgie car un très grand, Arnaud Démare, y faisait ses adieux et parce que 97 victoires professionnelles, et pas les plus moches du calendrier, vous classent un coureur.
À Chartres, le Picard de 34 ans s’est vu remettre un cadre en verre avec la une de L’Équipe du 5 juillet 2017, lendemain de la première de ses deux victoires au sprint sur le Tour de France. « Je suis partagé par plein d’émotions, j’espère me retenir de pleurer parce que je suis quelqu’un de très émotif, souriait le sprinteur d’Arkéa B&B Hotels un peu avant le départ. Je suis fier de ce que j’ai fait, j’ai adoré faire tout ce que j’ai fait. Je retiens que j’ai vécu des émotions incroyables, le cyclisme m’a beaucoup donné… »
Démare est monté sur le podium avec sa fille. Démare a fendu un peloton qui levait son vélo devant son passage. Démare a vaincu quelques bordures sur le trajet, observé avec gourmandise les vignobles de Touraine, les chemins de vigne, leurs ceps noircis et les feuilles aux multiples teintes, vertes, orange, rouges et jaunes. Démare a aperçu sa famille et ses proches encore plus émus que lui. Démare, enfin, a vu la caravane cycliste le célébrer.
« J’ai eu beaucoup de félicitations au sein du peloton, avouait-il en revenant au car de son équipe, 65e d’une course terminée onze fois sur onze. J’ai senti tout le respect qu’ils m’ont donné. Ça frottait à certains moments et je sentais les mecs se dire “Ah, c’est Arnaud, c’est sa dernière, on ne va pas l’embêter”.»
« C’est toujours particulier pour un coureur, il y a beaucoup d’émotions. C’est un coureur qui selon moi a été un peu sous-estimé à une époque, on faisait un peu la fine bouche, mais quand on regarde son palmarès, il est immense. Respect, respect, respect » , loue le manager général de Groupama-FDJ, Marc Madiot, son ancien patron entre août 2011 et juillet 2023. « Avant la course, on a fait un petit briefing où on l’a remercié, car il fait partie de ces Français qui ont marqué l’histoire du cyclisme français, salue Yvon Ledanois, un des directeurs sportifs d’Arkéa B&B Hotels. Arnaud, ce sont 97 victoires, on l’a remercié pour ça et aussi pour ce qu’il a fait pour l’équipe. Humainement, c’est un exemple. Il sait gérer la pression comme leader et transmettre aux jeunes. Je l’ai vu avoir des discours fédérateurs, notamment sur le Tour de France aux côtés de Kévin Vauquelin. J’ai entendu les gens dire qu’il ne faisait plus les sprints, que ce n’était plus le vrai Démare, mais ce n’était pas ce travail qui lui était demandé. Quand on critique sans savoir, c’est néfaste. C’est un grand monsieur qu’on doit respecter. On n’est jamais champion par hasard. » Faire ses adieux sur une course remportée à deux reprises, en 2021 et 2022, relevait de l’évidence.
« Je me sens bien, c’était une belle journée de fête, retenait l’homme qui a remporté un Monument, Milan-San Remo en 2016. Il y avait toutes les personnes que j’aime. Dans le dernier kilomètre, je me suis relevé, j’ai pu apprécier. Ma famille était à 50 mde la ligne, j’ai pu savourer. Je cherchais mes proches des yeux, ils ont toujours été là tout au long de ma carrière… »
Ces derniers jours, entre l’annonce de sa retraite jeudi et la course hier, ont été riches en émotions. Après avoir coupé sa dernière ligne d’arrivée, le coeur retombait petit à petit. « C’est une libération maintenant, livrait le Picard, apaisé et souriant.
Chaque année, c’est une course où il y a de la nostalgie qui pèse car c’est la fin de la saison. Je suis toujours un peu dans la nostalgie, mais là c’est la nostalgie de quatorze ans de carrière. Je pense que mes proches, mon père notamment, sont plus émus que moi. »
La der aussi de l’équipe bretonne Arkéa B&B Hotels
Mais Démare n’était pas en reste à certains moments. « J’étais surtout ému quand j’ai vu à travers le bus les gens que je connaissais, les voir était un pincement au coeur, reconnaissait-il Mais je sais que ce n’est pas une décision sur un coup de tête. Je ne suis pas tout le temps nostalgique de ma carrière, mais du temps qui passe. »
Deux histoires se mêlaient d’ailleurs hier, la dernière course d’Arnaud Démare et la dernière course en ligne, en France, de l’équipe bretonne Arkéa B&B Hotels, dont la disparition ne fait aujourd’hui plus de doutes. « On est tous tristes… Quand on voit la saison réalisée, quand on voit où on a mis cette équipe, d’où elle vient, le Tour qu’on fait… Il y a de la tristesse, oui, confie avec la gorge serrée Ledanois. Je souhaite que les garçons retrouvent du travail, que le staff retrouve du travail, ça c’est important. Je suis triste pour Manu (Emmanuel Hubert, le manager général), qui s’est dévoué bec et ongles pour que cette équipe reparte. Et aujourd’hui, ce n’est pas le cas… »
Pendant que le reflet orange de l’automne se posaient sur les vitres du car Arkéa B&B Hotels, presque le même qui avait escorté sa montée sur le podium le matin à Chartres, avec la cathédrale en arrière-plan, Démare se retournait sur quatorze ans d’une vie pas comme les autres: « Je retiens beaucoup d’émotions à travers toutes ces victoires mais aussi à travers ces difficultés. J’ai appris le mot sacrifice via mes équipiers, j’ai appris le mot douleur, le mot patience ou persévérance. J’ai su, je crois, être présent et faire ma place dans cette élite. Je suis fier de tout ce que j’ai fait. »
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EN BREF
2014 : il remporte le premier de ses trois titres de champion de France, le 29 juin, à Poitiers. 2016 : après une chute à trente kilomètres de l’arrivée, il s’impose au sprint à l’arrivée de Milan-San Remo, le 19 mars.
2017 : il remporte sa première victoire d’étape sur le Tour de France, le 4 juillet à Vittel, avant de s’imposer une seconde fois l’année suivante à Pau, le 26 juillet.
97 - Le nombre de succès de Démare en pro (dont 8 étapes du Giro et 2 sur le Tour de France). Parmi les coureurs en activité, seuls Tadej Pogacar (107) et Alexander Kristoff (98) le devancent. Fuoriclasse
4 - La place de Démare parmi les coureurs français les plus victorieux en pro. Avec 97 succès, il se classe derrrière Bernard Hinault (145, 19751986), Laurent Jalabert (139, 1989-2002) et Jacques Anquetil (121, 1953-1969). Fuoriclasse
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