La stature de la liberté
COLLEZIONE FOTOGRAFICA EVERETT.
AURIMAGES - Diane Keaton, en 1987.
L’actrice américaine, connue pour ses rôles dans «Manhattan» ou «le Parrain», oscarisée pour «Annie Hall», est morte à 79 ans. Symbole d’une modernité drôle et indépendante, elle aura marqué Hollywood autant par son style que par sa liberté.
Par Léo Soesanto
La vie étant très mal fichue, on est tombé amoureux de Diane Keaton (blazer, poing sur la hanche et l’immortelle réplique «Oh vraiment ? Nabokov doit sourire quelque part si tu vois ce que je veux dire») dans Manhattan alors que le reste de l’humanité était déjà tombé sous son charme (raquette de tennis et «la-di-da, la-di-da, la-la») dans Annie Hall, mais le trait d’union entre les deux films demeure: sa présence funambule complexe comme celle de Buster Keaton (aucun lien de parenté), solaire et cérébrale à la fois, d’une gaucherie craquante avec pourtant une solide estime de soi. «Elle dit se sentir disgracieuse – le genre à se mouvoir avec une légèreté inattendue chez les femmes de grande taille, écrivait le New Yorker en 1978. Elle s’en sert pour parvenir à une élégance certaine, courtoise, mais totalement moderne.» De quoi en faire, en près de soixante ans de carrière, un modèle de femme drôle, indépendante et intelligente, avec un redoutable muscle dramatique à ne pas sous-estimer – se souvenir de son regard à la fin du Parrain où on dirait qu’elle est la dernière femme sur cette planète. Charme en plus : il ne semblait pas y avoir de différence entre la persona de Keaton à l’écran, son Instagram («Joyeux anniversaire à l’amour de ma vie – moi !» écrivait-elle en 2023) et elle en privé (et on lui pardonnait sa marotte consistant à boire du vin rouge avec des glaçons).
Appel irrésistible à l’excentricité
Diane Hall (elle prend le nom de jeune fille de sa mère – Keaton– quand elle découvre à ses débuts une homonyme) naît à Los Angeles en 1946. Elle dit avoir eu enfant sa première envie de scène en voyant sa mère être couronnée à un concours angeleno de ménagères. Elle chante, joue du théâtre à l’école et file vite à New York entamer une carrière. Elle se retrouve à Broadway dans la comédie musicale Hair puis dans la pièce Play It Again, Sam de Woody Allen, qui marque leur première collaboration en 1969. Mais c’est d’abord dans le pasdu-tout-drôle Parrain de Fran cis Ford Coppola qu’elle se révèle en Kay, bientôt horrifiée par le style de vie de son mafieux de mari Michael Corleone. Un rôle pour lequel elle s’est toujours sentie inadéquate, mais où elle sut décocher les flèches féminines vitriolées, rares mais décisives, dans un monde d’hommes (dans le Parrain, 2e partie : «Je ne voulais pas de ton fils !»). Keaton préférera toujours la comédie mais n’a jamais eu à rougir de son CV plus tragédien, en particulier en institutrice multipliant les aventures d’un soir dans A la recherche de Mister Goodbar (1977) de Richard Brooks, en épouse dans un couple se délitant dans le méconnu l’Usure du temps (1982) d’Alan Parker et dans le rôle de la journaliste féministe Louise Bryant dans Reds (1981) de Warren Beatty. Elle sera la compagne de ce dernier et d’Al Pacino, les deux mâles alpha étant conquis par son aura intello-bohème –celle qui irradie d’elle, les yeux incertains, posant devant l’affiche de Face à face d’Ingmar Bergman dans Annie Hall. C’est Annie Hall et le rôle-titre écrit et taillé sur mesure pour elle par Allen qui la sublimera en icône, non seulement des marivaudages new-yorkais lettrés du cinéaste, mais aussi de la mode, avec sa garde-robe androgyne sortie de ses propres placards et des friperies. Keaton y porte le gilet et la cravate très large, puis, plus tard dans sa carrière, le costard oversized sur les tapis rouges, non pas pour être polaire comme Marlène Dietrich ou botter les fesses de Spencer Tracy comme Katharine Hepburn, mais seulement parce qu’elle le veut (Ralph Lauren dira avoir habillé ses mannequins de la même manière à l’époque, superposant pulls, gilets et bottes de cow-boy). L’androgynie de Keaton est un sexy d’un tout autre ordre que ses illustres prédécesseuses : moins menaçante, c’est tout de même un appel irrésistible à l’excentricité. Keaton en habits d’hommes a la présence disruptive d’un Charlie Chaplin. Il y aura aussi beaucoup de chapeaux, foulards de jupes bouffantes et cette question qui s’affiche tôt quand vous googlez son nom –«pourquoi Diane Keaton porte-t-elle des cols roulés?» Annie Hall lui vaudra l’oscar de la meilleure actrice, quatrième film de sa collaboration (avec Tombe les filles et tais-toi Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander, Guerre et Amour, Intérieurs, Manhattan et Meurtre mystérieux à Manhattan) avec Allen, qu’elle comparait à un «vieux canapé» pour mesurer le degré de confort et d’aisance dans leur relation professionnelle et intime.
Elle mûrit avec grâce
A partir des années 1980, elle se diversifie sans discontinuer comme réalisatrice de cinéma (le documentaire Heaven et de longs oubliables comme les Liens du souvenir et Raccroche), de télé (un épisode de Twin Peaks), de clip (Heaven Is a Place on Earth de Belinda Carlisle), photographe, productrice (Elephant de Gus Van Sant, palme d’or à Cannes en 2003), décoratrice d’intérieur et autrice de ses mémoires. Elle murit avec grâce à partir des années 1990, vers des rôles de mère de famille (elle qui était fière de ne s’être jamais mariée). Et trouve à chaque décennie un film qui la maintient dans les coeurs: femme active carriériste se retrouvant avec un bébé sur les bras dans Baby Boom (1987), divorcée échafaudant sa vengeance en trio avec Bette Midler et Goldie Hawn dans le Club des ex (1996), dramaturge devant choisir entre Jack Nicholson et Keanu Reeves dans la rom-com Tout peut arriver (2003, et sa scène mémorable où elle pleure éperdument tout en tapant sa pièce avec frénésie sur son ordinateur) et lectrice de Cinquante Nuances de Grey dans le Book Club (2018). Des films qui n’ont certes pas le vernis respectable de son travail d’antan, mais vers lesquels elle allait pour y trouver des personnages dont «les problèmes battent dans leur être». La santé de Diane Keaton s’était subitement détériorée ces derniers mois: elle est morte à l’âge de 79 ans. Interrogée par Ariana Grande sur son statut d’icône, elle répondait, avec cette autodérision si naturelle qu’on avait envie de la prendre dans ses bras : «Je suis seulement une personne qui se dit “Mince, je devrais aller nourrir le chien !”»
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La statura della libertà
L'attrice americana, nota per i suoi ruoli in "Manhattan" e ne "Il Padrino", e vincitrice dell'Oscar per "Io e Annie", è morta all'età di 79 anni. Simbolo di una modernità divertente e indipendente, ha lasciato il segno a Hollywood tanto con il suo stile quanto con la sua libertà.
Con la vita così incasinata, ci siamo innamorati di Diane Keaton (giacca, pugno sul fianco e l'immortale battuta "Oh, davvero? Nabokov deve sorridere da qualche parte, se capisci cosa intendo") in Manhattan, mentre il resto dell'umanità era già caduto sotto il suo incantesimo (racchetta da tennis e "la-di-da, la-di-da, la-la") in Io e Annie, ma il filo conduttore tra i due film rimane: la sua complessa presenza da funambolo alla Buster Keaton (nessuna parentela), solare e cerebrale al tempo stesso, sorprendentemente goffa ma con una solida autostima. "Dice di sentirsi goffa, il tipo che si muove con una leggerezza inaspettata nelle donne alte", scrisse il New Yorker nel 1978. "Lo usa per raggiungere una certa eleganza, cortese, ma assolutamente moderna." Abbastanza da renderla, nella sua carriera quasi sessantennale, un modello di donna divertente, indipendente e intelligente, con una formidabile capacità drammatica da non sottovalutare – ricordate il suo sguardo alla fine de Il Padrino, in cui sembra essere l'ultima donna su questo pianeta. Un ulteriore fascino: sembrava non esserci alcuna differenza tra il personaggio di Keaton sullo schermo, il suo Instagram ("Buon compleanno all'amore della mia vita: me!" scrisse nel 2023) e la sua vita privata (e le perdoniamo l'hobby di bere vino rosso con ghiaccio).
Irresistibile richiamo all'eccentricità
Diane Hall (prese il cognome da nubile della madre, Keaton, quando scoprì presto un'omonima) nacque a Los Angeles nel 1946. Racconta di aver avuto il primo desiderio di esibirsi, da bambina, quando vide sua madre vincere un concorso per casalinghe a Los Angeles. Cantò e recitò nel teatro scolastico e presto si trasferì a New York per iniziare la sua carriera. Apparve a Broadway nel musical Hair e poi nell'opera teatrale di Woody Allen Provaci ancora, Sam, che nel 1969 segnò la loro prima collaborazione. Ma fu solo nel non proprio divertente Il Padrino di Francis Ford Coppola che si rivelò Kay, presto inorridita dallo stile di vita del marito mafioso, Michael Corleone. Un ruolo per il quale si sentì sempre inadeguata, ma in cui seppe scagliare le frecce al vetriolo femminili, rare ma decisive, in un mondo di uomini (ne Il Padrino - Parte II: "Non volevo un tuo figlio!"). Keaton ha sempre preferito la commedia, ma non ha mai dovuto vergognarsi del suo curriculum più drammatico, in particolare nei panni di un'insegnante con molteplici avventure occasionali in Cercasi Mr. Goodbar (1977) di Richard Brooks, di una moglie in una coppia in disfacimento nel poco noto L'usura del tempo (1982) di Alan Parker e della giornalista femminista Louise Bryant in Reds (1981) di Warren Beatty. Era stata la compagna di quest'ultimo e di Al Pacino, i due maschi alfa conquistati dalla sua aura intellettuale-bohémien – quella che irradiava da lei, dai suoi occhi incerti, mentre posava davanti al manifesto di Face to Face di Ingmar Bergman ne Io e Annie. Furono Io e Annie e il ruolo principale scritto e cucito su misura per lei da Allen a elevarla a icona, non solo dei colti flirt newyorkesi del regista, ma anche della moda, con il suo guardaroba androgino preso dai suoi armadi e dai negozi dell'usato. Keaton indossava il gilet e la cravatta molto larga, poi, più avanti nella sua carriera, il tailleur oversize sul red carpet, non per essere polare come Marlene Dietrich o per dare una lezione a Spencer Tracy come Katharine Hepburn, ma solo perché voleva farlo( Ralph Lauren avrebbe detto che all'epoca vestiva le proprie modelle allo stesso modo, sovrapponendo maglioni, gilet e stivali da cowboy). L'androginia di Keaton è una sensualità di un ordine completamente diverso rispetto ai suoi illustri predecessori: meno minacciosa, è comunque un irresistibile richiamo all'eccentricità. Keaton in abiti maschili ha la presenza dirompente di un Charlie Chaplin. Ci saranno anche molti cappelli, sciarpe, gonne a palloncino e quella domanda che salta subito all'occhio quando si cerca il suo nome su Google: "perché Diane Keaton indossa i dolcevita?" Annie Hall le farà vincere l'Oscar come migliore attrice, il quarto film della sua collaborazione (con The Killer, the Killer, the Killer, Tutto quello che avreste sempre voluto sapere sul sesso ma non avete mai osato chiedere, Love and War, Interni, Manhattan e Manhattan Murder Mystery) con Allen, che lei paragonava a un "vecchio divano" per misurare il grado di comfort e di agio nella loro relazione professionale e intima.
Lei matura con grazia
Dagli anni '80 in poi, si è diversificata continuamente come regista cinematografica (il documentario Heaven e film lunghi e dimenticabili come Les Liens du souvenir e Raccroche), regista televisiva (un episodio di Twin Peaks), regista di video musicali (Heaven Is a Place on Earth di Belinda Carlisle), fotografa, produttrice (Elephant di Gus Van Sant, vincitore della Palma d'Oro a Cannes nel 2003), interior designer e autrice di memorie. È maturata con grazia dagli anni '90 in poi, verso ruoli di madre (lei che era orgogliosa di non essersi mai sposata). E ogni decennio trova un film che la tiene nel cuore: una donna lavoratrice con una gravidanza in Baby Boom (1987), una divorziata che trama la sua vendetta in un trio con Bette Midler e Goldie Hawn in The Ex-Girlfriends Club (1996), una drammaturga che deve scegliere tra Jack Nicholson e Keanu Reeves nella commedia romantica Anything Goes (2003, con la sua memorabile scena in cui piange disperatamente mentre digita freneticamente la sua opera teatrale al computer) e una lettrice di Cinquanta sfumature di grigio in The Book Club (2018). Film che non hanno la rispettabile patina dei suoi primi lavori, ma in cui è andata a cercare personaggi i cui "problemi battono nel profondo del loro essere". La salute di Diane Keaton era improvvisamente peggiorata negli ultimi mesi: è morta all'età di 79 anni. Quando Ariana Grande le ha chiesto del suo status di icona, lei ha risposto, con un'autoironia così naturale che avrebbe voluto abbracciarla: "Sono solo una persona che pensa: 'Accidenti, dovrei andare a dare da mangiare al cane!'"

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