Diane Keaton aux multiples visages
ROBYN BECK/AFPÀ
Hollywood, le 8 juin 2017, pour la remise du prix Life Achievement Award.
L’actrice américaine oscarisée pour Annie Hall est morte à 79 ans. Outre ses nombreuses collaborations avec Woody Allen, elle a aussi joué dans le Parrain, Reds – un hommage à un militant communiste américain – et des comédies populaires.
De son vrai nom Diane Hall, elle a initié de nombreuses mutations du regard sur les femmes au cinéma.
13 Oct 2025 - L'Humanité
MICHAËL MÉLINARD
Elle incarnait une certaine élégance. Diane Keaton, c’était une silhouette et un style vestimentaire qui alliaient une allure androgyne, dans la lignée de Katharine Hepburn, et un charisme incroyable. L’actrice, réalisatrice, productrice, photographe et écrivaine s’est éteinte le 11 octobre en Californie, à l’âge de 79 ans. De ses débuts à l’aube des années 1970 jusqu’en 2024, date de sa dernière apparition à l’écran ( Summer Camp de Castille Landon), Diane Keaton, de son vrai nom Diane Hall, a initié de nombreuses mutations du regard sur les femmes au cinéma. Séduisante mais pas séductrice, compagne mais pas soumise, sortant volontiers des carcans de la famille traditionnelle, elle donnait avec son aura un supplément d’âme à ses personnages. Dans le Parrain (1972), film mal né, que son réalisateur Francis Ford Coppola hésitait à réaliser, elle est Kay, la femme de Michael Corleone joué par un Al Pacino encore inconnu, l’étrangère à cette famille d’italoAméricains, qui ne s’en laisse pas compter. Elle reprendra le rôle dans les deux autres volets de la saga (1974 et 1990).
Si Coppola fait d’elle une star, Woody Allen lui offre quelques-uns de ses plus beaux rôles au cours de leurs huit collaborations. Ensemble, ils deviennent la métaphore d’un New York intello et psychanalytique, sujet aux névroses existentielles et sexuelles. Déjà, ils s’étaient donné la réplique dans Tombe les filles et taistoi, d’herbert Ross (1972). Ils poursuivent avec Woody et les Robots (1973) et Guerre et Amour (1975), une adaptation parodique de Guerre et Paix. En 1977, Diane Keaton connaît une véritable consécration avec Annie Hall, écrit pour elle par Allen, alors qu’ils sont déjà séparés. Il lui emprunte son véritable nom, Hall, et son surnom, Annie, pour polir sur mesure un personnage de femme qui travaille et tient tête à son compagnon neurasthénique. Cette comédie subtile, littéraire, constitue un véritable tournant artistique dans la carrière du duo et Diane Keaton reçoit l’oscar de la meilleure actrice en 1978. L’année suivante, l’inoubliable Manhattan creuse la même veine dans un noir et blanc somptueux, sur fond de Rhapsody in Blue de Gershwin.
PHOTOGRAPHE ET PRODUCTRICE
Pendant ce fructueux épisode allenien, elle fait une escapade chez Richard Brooks avec À la recherche de Mr. Goodbar (1977), où elle campe une institutrice qui, la nuit, écume les bars en quête de relations sexuelles. En 1981, elle tourne sous la direction de Warren Beatty, son compagnon d’alors, Reds, un fantastique hommage de plus de trois heures à John Reed, journaliste états-unien du début du XXE siècle qui espère convaincre ses compatriotes des bienfaits du communisme en s’impliquant dans la révolution d’octobre. Une sorte de réponse au libéralisme et conservatisme triomphants du nouveau président Ronald Reagan, où Diane Keaton, nommée à l’oscar de la meilleure actrice pour ce rôle, incarne Louise Bryant, qui quitte son mari pour vivre son amour et ses engagements. Mais ces années 1980 amorcent aussi un déclin, ralenti par quelques éclaircies comme l’usure du temps, d’alan Parker, ou
Radio Days de l’incontournable Woody Allen (1987). La même année, elle illumine Baby Boom, une comédie romantique de Charles Shyer où elle campe J. C. Wyatt, une working girl typique du reaganisme qui lâche tout pour élever à la campagne un bébé de 13 mois dont la garde lui échoit inopinément. Déjà, elle élargit son spectre, réalisant un clip pour Belinda Carlisle et Heaven, un documentaire sur les croyances autour de la vie post-mortem qui reçoit un accueil mitigé. Elle dirige un épisode de Mystères à Twin Peaks (1991), devient photographe et productrice (avec notamment Elephant de Gus Van Sant, Palme d’or en 2003).
La traversée du désert s’interrompt avec le Père de la mariée (1991), où elle forme un duo éclatant avec Steve Martin, puis en 1996, avec le Club des ex, succès inattendu où elle forme avec Goldie Hawn et Bette Midler un trio de copines qui se venge des humiliations répétées de leurs époux. Si Diane Keaton a retrouvé son rang, les studios ne lui font pas complètement confiance. Comme lorsqu’elle tourne en 2003 Tout peut arriver, de Nancy Meyers, qui met à mal l’obsession masculine pour la jeunesse et donne aux femmes mûres une vie sexuelle à l’écran, avec à la clé une quatrième nomination à l’oscar. À 72 ans, elle surprend encore en incarnant l’une des héroïnes de Book Club (2018), une comédie de Bill Holderman où des septuagénaires, adhérentes d’un club de lecture, voient leur vie chamboulée par la lecture de 50 Nuances de Grey. Passée d’une image d’intello à celle de figure incontournable de la comédie populaire, Diane Keaton n’a cessé, à travers ses différentes vies d’actrice, de renouveler l’image des femmes.
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