Haraldsson, la famille ballon
Le milieu polyvalent de Lille et de la sélection islandaise a passé une enfance hyperactive à Akranes, petite ville côtière où ses parents, ses deux frères et sa soeur ont aussi porté les couleurs du club au plus haut niveau.
“Ici, c’est la campagne au bord de la mer, c’est très relax"
- AILIER INTERNATIONAL HARALDUR INGOLFSSON,
ANCIEN ET PÈRE DE HAKON HARALDSSON
"Il a insisté pour rentrer à la place (du latéral),
mais je ne l’ai jamais vu dans le couloir ''
- GUDJON SVEINSSON, ANCIEN
ENTRAÎNEUR DE HAKON HARALDSSON
13 Oct 2025 - L'Équipe
ANTHONY CLÉMENT
AKRANES (ISL) – Avec son petit port industriel posé derrière le stade, Akranes ne reflète pas vraiment l’Islande des cartes postales, surtout quand les nuages avalent les montagnes aux alentours, ce qui arrive à peu près tout le temps. Akranes n’est pas une ville pour les touristes, mais c’est une vraie ville de foot, riche de 7 500 habitants et d’une famille très particulière. Haraldur Ingolfsson reçoit au siège du club, car il est comme chez lui à l’IA, où il a débuté et achevé sa carrière d’ailier international (20 sélections). S’il ne joue plus depuis 2004, il s’y sent toujours à la maison puisque sa femme et ses quatre enfants ont porté le maillot jaune et noir.
Sa fille vient d’arrêter avec le record de matches disputés pour la section féminine, mais la star de la nouvelle génération est bien Hakon Haraldsson (22 ans), arrivé à Lille en 2023 et capitaine de l’Islande ce soir contre la France. Avec de tels gènes et un tel environnement, le fils d’Haraldur ne pouvait pas esquiver le ballon. «Le foot est une grande tradition ici. Il y a une école juste à côté et 70 % des gamins, filles et garçons, sont au club. Dès qu’ils sortent de cours, ils vont jouer sur les petits terrains synthétiques ou sur la grande pelouse indoor qu’on utilise en hiver, explique Ingolfsson. Nous n’avons pas eu à pousser nos enfants vers le foot. Ils étaient simplement avec leurs copains, et Hakon a suivi le même chemin que l’un de ses meilleurs amis, Isak Bergmann Johannesson, qui joue à Cologne. Ils ont le même âge, ont tout fait ensemble depuis qu’ils sont tout petits, et ils se retrouvent en sélection.»
Très occupés par leurs clubs, ils profitent des fenêtres internationales pour visiter leurs familles, et Haraldsson a ainsi passé deux heures chez ses parents, samedi soir, avant de retrouver l’équipe nationale à Reykjavik, quarante-cinq minutes de route vers le sud, en traversant un fjord magnifique qui marque la frontière entre deux mondes. «Ici, c’est la campagne au bord de la mer, c’est très relax, alors que Reykjavik est une capitale plus tumultueuse, avec des embouteillages… À Akranes, on mène une vie que vous ne connaissez pas en France: on n’a pas besoin de surveiller les enfants, ils sortent de l’école et vont jouer en toute liberté, apprécie Ingolfsson. Hakon s’est essayé un été au golf, un hiver au basket, mais il n’a jamais lâché le foot. Il a vécu ici la même enfance que moi.»
Le stade est aussi bucolique et les familles peuvent s’installer sur la butte pour pique-niquer tout en regardant le match, si leurs yeux ne sont pas distraits par la plage de sable noir. Très jeune, Haraldsson est assez fort pour attirer l’attention des parents, et des recruteurs qui se passionnent pour le vivier islandais depuis le quart de finale de l’Euro 2016 (contre la France, 2-5). À 16ans, il part déjà à Copenhague, où son père et sa mère se relaient pour l’accompagner.
«C’est plus facile d’aller à l’étranger maintenant, car il est impossible de rester caché avec tous ces yeux sur les jeunes. À mon époque, il fallait avoir des contacts et être chanceux pour espérer un essai d’une semaine, se souvient Ingolfsson, passé notamment par la Suède, l’Écosse et la Norvège, où Haraldsson est né avant de rejoindre Akranes à 8 mois. À 14 ans, il avait cette intelligence de jeu, cette façon de penser plus vite qu’il a acquise en étant plus petit que les autres. Il affrontait des garçons plus costauds, il devait trouver d’autres solutions en faisant les bons choix.»
Ce n’était pas un problème car il apprenait vite, et la culture foot faisait partie de l’identité familiale. Haraldsson avait le cerveau pour le haut niveau, et ses jambes suivaient le rythme. « Il avait beaucoup d’énergie et avait sans cesse la bonne attitude pour recevoir le ballon. Alors qu’on reprochait aux gamins d’être passifs, lui était toujours en train de sautiller, décrit Gudjon Sveinsson, son entraîneur pendant deux saisons chez les moins de 14ans. Je le connais depuis qu’il a 6ans, car c’est un ami de mon fils. Il adorait faire des blagues et parler, parler, parler. Sur le terrain, il communiquait beaucoup, les autres pas assez. Pour leur apprendre par l’absurde l’importance de la communication, on les a forcés à rester silencieux pendant toute une séance. Dès que quelqu’un parlait, il faisait dix pompes. Au bout de quelques minutes, j’avais déjà arrêté la séance cinq fois, et Hakon avait fait quarante pompes… Mais il trouve toujours des solutions, il s’est mis à taper dans ses mains pour demander le ballon, on n’entendait quand même que lui!»
On pouvait le voir partout également, polyvalent comme il l’est à Lille. Ses formateurs et son père le préfèrent en numéro 10, là où il est capable de faire des choses différentes car il pense à l’avantdernière passe, au lieu d’être obsédé par les statistiques. Pour lui, l’essentiel est d’être au coeur du jeu.
« Il voulait jouer tous les matches, toutes les minutes, poursuit Sveinsson. Je devais laisser les autres jouer aussi, et je l’ai sorti une fois parce qu’on menait largement et qu’il avait marqué trois buts. Notre latéral droit s’est alors blessé et il a insisté pour rentrer à sa place, même s’il n’avait jamais joué là. J’ai accepté, mais je ne l’ai jamais vu dans le couloir! Il était toujours au milieu pour toucher le plus de ballons, et c’était avant que Pep Guardiola fasse monter les latéraux dans l’axe… » Un plaisir parmi d’autres d’une jeunesse hyperactive, où les cheveux blonds d’Haraldsson ont très souvent éclairé la grisaille.
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