Pogačar en père peinard
Tadej Pogacar s’impose au sprint devant l’Allemand
Florian Lipowitz (à droite) et Lenny Martinez.
Parce qu’il n’a pas réussi à lâcher Lenny Martinez, hier, dans la seule bosse du jour, le Slovène est resté en gestion. Ce qui ne l’a pas empêché de remporter l’étape et de prendre le maillot jaune.
«Si j’étais parti à fond, que je m’étais mis dans le rouge jusqu’au sommet,
j’aurais peut-être explosé»
30 Apr 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
MARTIGNY (SUI) – Une victoire d’étape, sa première en Romandie, un nouveau maillot jaune, bref, une journée normale au bureau pour Tadej Pogačar. Ou plutôt, presque normale. Car une rareté s’est produite hier, sur la première étape : le Slovène a attaqué (jusque-là, du classique) et n’a pas filé seul (là, ça l’est moins), puisque Lenny Martinez est resté dans sa roue sans broncher, d’autres coureurs revenant même de l’arrière ensuite dans l’ascension (ça, c’est quasi inédit). Quand on se souvient que personne ne lui avait résisté durant toute la saison 2025, la journée est à cocher en rouge dans le calendrier du champion du monde. Mais tout ça s’explique.
Il y a le physique, d’abord. Après cinq courses d’un jour en 2026, dont son succès à Liège dimanche dernier, le quadruple vainqueur du Tour dispute sa première course par étapes en Suisse et l’aborde avec 1 ou 2 kg de plus que son poids d’été, comme il l’avait annoncé avant le départ. « La transition des petites montées que j’ai eues à une grosse montée très raide a été un peu difficile, C’était une nouveauté cette saison, mais il est temps de reprendre le rythme des montées plus longues. Et je dirais que c’était une bonne première journée en montagne. »
TADEJ POGACAR Avec la très difficile ascension vers Ovronnaz (8,9 km à 9,8 %), ses rampes qui piquent les yeux, en particulier après chaque épingle, et un revêtement bien granuleux sur le haut, le leader d’UAE Emirates-XRG est entré dans le vif du sujet en vue de préparer le Tour de France (4 au 26 juillet). Et il a d’abord tenté de faire du « Pogi », en bougeant quasiment dès le pied. « J’étais surpris qu’il parte si tôt car on était loin du sommet, mais c’était simplement au feeling aujourd’hui, il fallait trouver le bon moment pour attaquer », souriait son équipier Felix Grossschartner.
Sauf que Martinez (Bahrain-Victorious), donc, s’est accroché. « J’étais un peu surpris, j’ai vu que Lenny était super fort, a avoué le favori. Le but était juste de faire un gros rythme et, à mi-pente, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas le lâcher. Même si j’étais parti à fond, que je m’étais mis dans le rouge jusqu’au sommet, j’aurais peut-être explosé et il m’aurait repris ensuite. » « On avait l’impression que Pogacar roulait un peu tempo avec Martinez calé dans la roue, peut-être pas à fond mais pas loin, imaginait Gaëtan Pons, le directeur sportif de Visma-Lease a bike. Il aurait réellement pu partir tout seul. Mais en haut, il restait encore 30 kilomètres, avec un vent de face qui soufflait fort dans la vallée. Donc c’était une bonne stratégie de garder des mecs avec lui pour le final, sans quoi il aurait peut-être gagné mais dépensé beaucoup plus d’énergie dès la première étape, et la Romandie est une course exigeante. »
C’est là l’autre raison de ce Pogacar resté « humain » hier : une fois redescendu d’Ovronnaz, il restait 20 kilomètres de ligne droite jusqu’à Martigny, au milieu des vignes bourgeonnantes avec un sacré vent de face. « Et tenter quelque chose pour partir seul aurait été stupide, jugeait le Slovène.
Je suis heureux d’avoir eu de la compagnie car le groupe derrière revenait fort. » Il y avait Lenny Martinez mais aussi Jorgen Nordhagen (Visma-Lease a bike), revenu dans la descente, tandis que Florian Lipowitz (Red Bull-BORA-hansgrohe), lui, choisit de ne pas collaborer, arguant que son co-leader Primož Roglič était juste derrière. Malgré sa passivité, le quatuor de tête résista au retour du groupe de treize où figurait le Français Clément Berthet (Groupama-FDJ), et le champion du monde (27 ans) ne laissa aucune chance à ses rivaux au sprint. « C’est bien de prendre la victoire face aux jeunes stars » , rigolait-il.
« Vous avez vu, ce n’est pas facile de gagner, martelait son DS Fabrizio Guidi. Aujourd’hui (ce mercredi), on a joué un peu différemment puisqu’il n’a pas pu partir tout seul. Il a joué avec la tête et il a très bien fait, on voit que ce n’est pas le même Pogacar qu’il y a quatre ou cinq ans. »
Pas d’erreur, une gestion au cordeau, presque à l’économie, en sachant que « les prochains jours me conviennent mieux », glissait Pogačar. « On va essayer de défendre ce maillot jaune chaque jour, et la meilleure défense, c’est l’attaque », a-t-il aussi prévenu, parce qu’on ne se refait pas, peu importe que les bosses à venir en cette fin de semaine soient encore plus longues.
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Martinez s’est surpris
Deuxième du général l’an passé après avoir été maillot jaune au départ de la dernière étape, Lenny Martinez aime le Tour de Romandie. À tel point que le Cannois a préféré zapper Liège-Bastogne-Liège, dimanche dernier, afin de se préserver pour l’épreuve suisse.
Il a bien fait, car il a vécu un petit rêve hier : « C’est la première fois que j’arrive à suivre Pogacar, souriait-il. Même si je suis coureur professionnel, je le vois souvent à la télé et je me dis que ça doit être fou d’être dans sa roue, et ça l’a été aujourd’hui. Je me suis un peu surpris. »
« Je suis super heureux de lui, appuyait Roman Kreuziger, l’un de ses directeurs sportifs chez Bahrain-Victorious. Cette course est un gros objectif pour lui, on a fait quelques ajustements après la Flèche (Wallonne, dont il a pris la 8e place mercredi dernier), car il faut parfois enlever des choses pour être un peu mieux ailleurs. On n’a jamais douté de lui. » Même Tadej Pogacar l’a senti très fort, et si le grimpeur était « complètement mort » dans le final, raison pour laquelle il a peu relayé, il a réussi à décrocher la 3e place, son rang au général désormais, à 16 secondes du maillot jaune et à 9 de Florian Lipowitz, 2e.
« L’étape 3 (demain) peut être vraiment bien pour Lenny, et on attend ensuite une grosse bataille samedi et dimanche, pronostiquait Kreuziger. C’est bien d’avoir deux gars dans le jeu (avec Tiberi, 7e à 41’’ au général), on verra comment jouer mais tout le monde le sait, battre “Pogi” est vraiment difficile.
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