Paris-Roubaix : Van der Poel fabuleux, Küng obstiné, les Français trop discrets… Nos coups de coeur et coups de griffe
Le cavalier seul du champion du monde néerlandais, la bravoure du Suisse, la discrétion des Français, retour sur les faits marquants du 121e Paris-Roubaix.
9 Apr 2024 - Le Figaro Sport
Jean-Julien Ezvan - Envoyé spécial à Roubaix COUPS DE COEUR
Mathieu Van der Poel dans la légende
Le Néerlandais (29 ans) ne compte que 5 jours de course en 2024 mais il rate rament sa cible. Il a remporté, après de magistrales échappées solitaires, le E3 Saxo Classic, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix (a terminé 10e de Milan-San Remo, après avoir aidé les desseins de Jasper Philipsen, son coéquipier, et 2e de Gand-Wevelgem). Difficile de faire mieux. À 29 ans, avec 6 « Monuments » à son palmarès (Tour des Flandres 2020, 2022, 2024 ; Paris-Roubaix 2023, 2024 ; Milan-San Remo 2023),le petit-fils de Raymond Poulidor est au sommet de son art. Sa journée, tout en contrôle, jusqu'à son attaque foudroyante, sa force et son endurance ont trouvé un terrain de jeu idéal sur les pavés de ParisRoubaix.
Avec 60 km d'échappée solitaire, il a rappelé les succès au long cours des trente dernières années (62 km pour Andrei Tchmil en 1994, 55 km pour Tom Boonen en 2012, 50 km pour Fabian Cancellara en 2010). L'Amstel Gold Race et LiègeBastogne-Liège l'attendent. Avant de nouveaux défis, comme les JO.
Küng, l'obstiné. Stefan Küng en rêvait
Le Suisse a décroché une 5e place méritoire. Son troisième Top 5 à Roubaix (3e en 2022, 5e en 2023). Le leader de l'équipe GroupamaFDJ a été à la hauteur de ses envies et du rendez-vous. Dans son sillage, le Néo-Zélandais Laurence Pithie qui découvrait « l'Enfer du Nord » a décroché une prometteuse 7e place. Au terme d'une journée éprouvante marquée par une lourde chute. Adossé à une barrière, le jeune coureur (21 ans) a mis de longues minutes à mettre de l'ordre dans ses idées et ses émotions après une journée inoubliable. La reine des classiques demeure bien un objectif dans la formation du manager Marc Madiot, double lauréat de l'épreuve (1985, 1991) et du directeur sportif Frédéric Guesdon, le dernier vainqueur français de la « Reine des classiques » en 1997.
La ferveur du vélodrome
Mathieu Van der Poel avait quitté le podium protocolaire depuis de longues minutes quand le peloton des valeureux a bouclé sa journée particulière. Accueilli avec la même ferveur. Celle qu'impose le respect dû à ceux qui honorent une course unique puisant ses racines dans l'histoire d'une région. L'Australien Kelland O'Brien (Team Jayco Alula) qui vivait son deuxième Paris-Roubaix aura, cette fois, vu le vélodrome. 110e et dernier coureur classé. À 25'53'' de Mathieu Van der Poel. A l'issue d'une folle journée.
COUPS DE GRIFFE Les Français trop discrets
Les coureurs tricolores s'avançaient sans trop d'ambition. En l'absence d'Arnaud Démare, les espoirs reposaient notamment sur Christophe Laporte. Le champion d'Europe (Team Visma Lease a bike), victime d'une crevaison dans le premier secteur pavé a passé sa journée à courir après le temps perdu. Premier Français à Roubaix, il a terminé à la 25e place, à plus de 6 minutes de Mathieu Van der Poel. Pierre Gautherat (Décathlon-AG2R la Mondiale), l'une des cartes de la formation savoyarde, a également été malchanceux avant le premier secteur pavé. Impossible alors d'espérer raccrocher les wagons dans une course menée à un train d'enfer par l'équipe AlpecinDeceuninck. Il a terminé 57e à 9'34''.
Des outsiders trop vite résignés
À 60 km de l'arrivée, Mathieu Van der Poel s'est envolé. Personne n'a pu attraper sa roue. Il a offert son dos. Puis un écart qui n'a cessé de se creuser. Et un souvenir grandissant. Celui d'une domination implacable. Mais derrière, Mads Pedersen, Nils Politt et Cie ont, à bout de souffle, renoncé très vite. Dépassés, résignés, ils n'ont pas été en mesure d'instiller un peu de doute dans l'esprit de celui qui projeté seul en tête aurait pu se demander s'il fallait insister ou se ranger. La course d'usure imposée par Alpecin-Deceuninck avait emporté leur volonté. Il leur restait à se disputer les places d'honneur… derrière le duo Alpecin-Deceuninck (Van der Poel devant Jasper Philipsen, comme en 2023). Mads Pedersen a arraché la dernière place sur le podium.
L'absence de suspense
Sans Wout van Aert (blessé), Mathieu Van der Poel avait le champs libre. Et le Néerlandais en a bien profité. Deux échappées solitaires ont conclu deux journées dominées de la tête et des épaules lors du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix. On peut saluer les performances et regretter le manque de suspense qui conclut les Flandriennes. Mathieu Van der Poel et Alpecin-Deceuninck étaient tout simplement trop forts et leurs rivaux trop démunis pour espérer pouvoir rivaliser. Mathieu Van der Poel n'a pas dit son dernier mot. L'Amstel Gold Race (14 avril) et Liège-Bastogne-Liège (21 avril) pourraient lui offrir de nouvelles occasions de s'illustrer…
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PAPON BERNARD / REUTERSMathieu Van der Poel
Van der Poel: «Jamais je n’imaginais gagner toutes ces courses»
9 Apr 2024 - Le Figaro Sport
Vainqueur en solitaire de son deuxième Paris-Roubaix consécutif dimanche, Mathieu van der Poel a estimé qu'il était dans «(s)on meilleur jour depuis le début de la saison des classiques». On a l'impression qu'il n'y a jamais de stress avec vous... Mathieu Van der Poel : Je me sens super bien depuis un bout de temps. Aujourd'hui, c'était mon meilleur jour depuis le début de la saison des classiques. L'équipe était incroyable, et je suis très content. Pourquoi êtes-vous êtes partis à ce moment-là, à 60 kilomètres de l'arrivée ?
C'était votre plan ? Je me suis dit que c'était un bon moment à ce moment-là. Nous étions dans un petit groupe et la coopération n'était pas super bonne. J'ai voulu durcir le final à partir de là. Je ne m'attendais pas à être tout seul après ce secteur pavé. Je ne fais jamais vraiment de plan. En particulier aujourd'hui, tu peux toujours avoir une crevaison, un problème mécanique... Bien sûr, ça donne des ailes quand on te dit à l'oreillette que l'écart se creuse progressivement. Parfois, on dirait presque que c'est normal pour vous de gagner ces courses... Non, ce n'est clairement pas quelque chose de normal. J'aurais pu en rêver quand j'étais petit, en plus avec le maillot de champion du monde, mais je n'imaginais jamais gagner toutes ces courses, j'étais concentré sur le cyclo-cross. C'est incroyable et j'essaie vraiment de profiter des derniers kilomètres de la course, ce que je n'ai pas pu faire au Tour des Flandres parce que j'avais atteint mes limites. Aujourd'hui, je me sentais mieux dans le final. Je sais que c'est un moment spécial, qui ne va pas durer pour toujours. C'était vraiment une très bonne journée. Êtes-vous encore meilleur que lorsque vous avez gagné les championnats du monde à Glasgow ?
C'est toujours difficile de comparer, mais je crois que je m'en suis rapproché. Avez-vous besoin d'être à votre niveau de Glasgow pour remporter le prochain Monument, LiègeBastogne-Liège ? Oui, c'est sûr. C'est dommage que plusieurs prétendants (notamment Remco Evenepoel, NDLR) ne soient finalement pas là. Même avec mon niveau de Glasgow, ça va être très difficile de gagner. Mais je vais quand même essayer et voir jusqu'où cela me portera. On ne sait jamais ce qu'il peut se passer.
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