Pros et cyclos, cohabitation impossible?


En reconnaissance en Belgique en 2022, l’équipe de France a pu croiser des cyclistes amateurs, les fameux cyclos.  Une rencontre anodine qui peut 
parfois se transformer en danger pour certains coureurs.

Chute de Jonas Vingegaard, moto pour protéger Tadej Pogacar : certaines stars réagissent vivement face aux comportements de cyclistes lambda jugés dangereux sur les routes. Nous avons pris la température auprès des amateurs et des pros. Entre sympathie et agacement, les avis oscillent.

"Certains viennent te parler en se mettant à côté de toi. 
C’est sympa, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils te font baisser la vitesse"
   - LENNY MARTINEZ, GRIMPEUR 
     CHEZ BAHRAIN VICTORIOUS

24 Feb 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS

ÈZE (ALPES-MARITIMES) – Dimanche dernier, Quentin s’est échappé malgré lui. Il a beau avoir argumenté, ses copains du club de Menton « n’étaient pas très intéressés de voir passer le Tour des Alpes-Maritimes. Je les ai donc laissés partir. Mais moi, les pros, ça me fait rêver » . Alors, malgré la brume volatile qui commençait à obstruer la vue sur la mer, il s’est hissé non loin du col d’Èze, au niveau d’un croisement, pour voir filer le peloton dont il croise certains membres, les autres jours de la semaine, au hasard des rencontres.

Si les courses sont rares par ici, le pro prolifère et se laisse observer sur la route aussi facilement qu’un pan bagnat en boulangerie. « On ne peut pas faire une sortie sans en voir passer, c’est impossible. Surtout à La Turbie, c’est un peu le centre névralgique des professionnels. Si on s’arrête à un café, on les voit tous. » Ce jeune médecin basé à Nice avoue que la tentation est parfois grande de les suivre.

« Je reste à dix mètres, j’évite de prendre leur roue » , assure-t-il, avant de passer aux aveux: « Ça m’est déjà arrivé de croiser Pogacar… J’avoue que j’ai fait le fan, j’ai fait demi-tour pour le suivre. Je le confesse, ce n’est pas bien de faire ça. Mais bon, ça n’arrive pas souvent, on profite! » Ce coup-ci, le Slovène ne s’est sans doute aperçu de rien, « car je ne l’ai pas rattrapé, le temps de faire demi-tour, il avait déjà filé», se marre Quentin.

La cohabitation sur la route semble assurément pénible au double champion du monde, voire dangereuse, à en croire son équipe UAE Emirates-XRG. La semaine passée, on apprenait qu’une moto l’accompagnerait désormais à l’entraînement, pour limiter les risques d’accident mais aussi les demandes intempestives de selfies. Une annonce intervenue peu après la chute de Jonas Vingegaard en Espagne, qui avait tenté de semer en descente un cyclo un peu trop collant. « Pour votre propre bien-être comme pour celui des autres, merci de laisser les coureurs s’entraîner et de leur accorder autant d’espace et de tranquillité que nécessaire », implorait sa formation Visma-Lease a bike sur les réseaux sociaux.

Deux coups de gueule révélateurs d’une dégradation des comportements envers les pros? « Peut-être pas, mais c’est vrai que Pogacar est tellement devenu une superstar que tout le monde veut essayer de l’approcher, relève Rudy Molard, installé sur la Côte d’Azur depuis quatorze ans. On évolue sur des routes très fréquentées autour de Nice et de Monaco. Je comprends que ça finisse par l’énerver. Nous, honnêtement, on n’est pas concernés. Au contraire, et ça n’a pas changé avec le temps, je suis content quand les cyclos me font un petit signe ou viennent me parler. » Quand le coureur de Groupama-FDJ United dit « nous », il faut entendre l’immense majorité du peloton, à l’abri d’une notoriété trop envahissante.

« À l’entraînement, je n’ai pas trop de soucis », confirme Lenny Martinez, qui se dit surtout frappé par « les automobilistes irrespectueux » quand il quitte son nid en Andorre pour revenir dans la fourmilière azuréenne, où il a grandi. « Ce qui est parfois un peu chiant, c’est quand on doit respecter des zones à l’entraînement, rouler à tant de watts. Parfois, certains viennent te parler en se mettant à côté de toi – et je comprends, si j’étais un jeune de 15 ans, je ferais pareil. C’est sympa, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils te font baisser la vitesse. Tu essaies de leur faire comprendre, en leur faisant la demi-roue… »

« Mais c’est compliqué de dire à la personne qu’elle te dérange, poursuit Paul Lapeira, tout récent vainqueur du Tour des Alpes-Maritimes, installé à Chambéry. Tout de suite, cela peut être mal vu. C’est un équilibre à trouver. Une photo, ça ne me gêne pas du tout, ça fait plaisir. Je n’ai jamais été embêté au point de dire à quelqu’un de me laisser tranquille. Au pire ce qu’ils font, c’est qu’ils attaquent dans la petite bosse à l’entrée d’Aix-les-Bains. Et tu les rattrapes deux bornes plus loin Les gens sont assez respectueux chez nous.

L’influence d’Instagram

Ce qu’il voit sur les réseaux sociaux, en revanche, effraie un peu l’ancien champion de France. « On voit des vidéos où certains se mettent en danger à vouloir filmer une équipe. Elles roulent sur la voie de gauche alors que des gens arrivent en face. Ça, c’est dangereux… » « Je trouve qu’on est trop influencé par Instagram », s’indigne ainsi Thierry, licencié à l’IFC Nice, qu’on a rencontré à Villefranche-sur-Mer. « Ils veulent s’approprier les stars… Il y a des amateurs qui savent rouler à côté, qui gardent une distance, qui respectent. Et il y en a d’autres, c’est n’importe quoi. »

Alain, son président de club, n’hésite pas à balancer : « Oh oui, j’en connais de chez nous… La dernière fois, j’ai dit à un: arrête ! Ils étaient en train de filmer la femme de Pogacar ( Urska Zigart) dans le col d’Èze. Après, les jeunes, je les comprends aussi. Ils veulent se prendre en photo avec les pros. C’est limite. Quand ils sont à l’entraînement, c’est leur métier, il faut les laisser tranquilles! On ne sait jamais. Tu fais un écart, tu le fais tomber. Le gars, sa saison est finie. » Que Pogacar puisse avoir recours à une moto pour gagner en tranquillité, Alain comprend mais trouve que « c’est limite ».

Cadet 1re année au VC Rochevillois, Liam craint que cela « mette une barrière » dans ce « sport assez ouvert », comme le définit Maxime Bouet. « Tu ne peux pas jouer au foot avec Messi ou Ronaldo, mais tu peux aller faire du vélo avec Pogacar », pointe le directeur sportif de Lotto. « Si on commence à dire aux gens “vous n’avez pas le droit de rouler avec moi ” , ça ne va pas le faire. Il faut garder de l’ouverture d’esprit » .

« Il ne faut pas oublier que notre sport est populaire, abonde Lapeira. De toute manière, tu ne peux pas empêcher les gens de se trouver sur la même route que toi! Je peux comprendre Pogacar. À Calpe, certains gars m’ont dit l’avoir vu avec 50 mecs dans la roue. Mais y a-t-il une solution unique? Je ne sais pas.

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