Sans contestation
Tombeur des Lakers au tour précédent (4-0) (ci-dessus),
Shai Gilgeouis-Alexander a été élu MVP dimanche,
à la veille du premier match de finale de Conférence face aux San Antonio Spurs.
Comme en 2025, la statuette de MVP de la saison régulière a filé dans les mains de Shai Gilgeous-Alexander. Mais cette fois, le scrutin a viré au plébiscite au bout d’une saison où le meneur arrière d’Oklahoma City a cassé tous les records d’efficacité pour un joueur à son poste.
19 May 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL SAMI SADIK
OKLAHOMA CITY (USA) – « Va plutôt bruncher comme tout le monde! » Sur le plateau de Prime Video, diffuseur de la NBA, l’ancien All-Star Blake Griffin et la bande de consultants ont glissé un petit tacle à Shams Charania, coupable d’un crime de lèse-majesté. Dimanche en début d’après-midi, l’insider vedette d’ESPN avait dévoilé avant l’heure le résultat du vote pour le MVP. Mais derrière ce jeu d’acteurs, le chasseur de scoop n’a fait que lever un faux suspense.
Pour la deuxième fois d’affilée, le trophée Michael-Jordan file dans les mains de Shai Gilgeous-Alexander (1,98 m, 27 ans), la superstar d’Oklahoma City. Un doublé et une domination. 83 % des journalistes invités à voter l’ont placé en première place du scrutin contre 71 % la saison passée. La saison en triple-double de Nikola Jokic à Denver (27,7 points, 12,9 rebonds, 10,7 passes) comme le finish en boulet de canon de Victor Wembanyama chez les Spurs (25 points, 11,5 rebonds et 3,1contres) n’ont pas bouleversé des planètes déjà bien alignées depuis l’automne.
OKC avait alors écrabouillé le début de saison (24 victoires en 25matches, 64 au final). Au rayon spectaculaire, SGA est en retrait face aux actions dingues de Wemby ou aux passes géniales du Joker. Mais à sa manière, le meneur arrière canadien est en train de marquer l’histoire.
Avec 31,1 points à 55,3 % de réussite au tir, il a signé une saison historique en jonglant entre volume et réussite pour un joueur à son poste. Et oui: Michael Jordan compris. Les premières graines de comparaison entre les deux ont bourgeonné cette saison, sans manquer de respect à « His Airness », titré six fois et qui n’a pas donné pour rien son nom au trophée de MVP, remporté à cinq reprises avec Chicago.
« Gilgeous-Alexander arrive dans l’horizon statistique de joueurs comme Jordan », a glissé en cours de saison Steve Nash, premier Canadien sacré MVP (2005 et 2006), vingt ans avant son compatriote. Décrié pour sa malice – ou son vice selon votre opinion du bonhomme – au point d’avoir fait de la ligne des lancers francs sa résidence secondaire (9 tentatives par match), le natif de Hamilton va bien audelà de ça. Métronome offensif, il a battu le record de matches consécutifs de saison régulière avec 20points minimum au compteur: 140 (série en cours)!
Une marque qui surpasse donc celle établie par Wilt Chamberlain (126), dont les records – un match à 100 points en 1962 – sont habituellement intouchables. Mais « SGA » a logiquement tempéré les comparaisons avec Jordan : « Je n’aime pas trop ça parce qu’il a tellement fait pour notre sport. Être dans ce genre de conversations, c’est surréaliste. Si vous me demandez mon avis, j’en suis encore loin, j’ai beaucoup de travail à faire » , confiait-il en décembre sur Prime.
Le midrange, un art oublié
Létal offensivement, le Canadien parfait année après année une palette offensive dingue. Au-delà des lancers francs et des pénétrations, l’ancien étudiant de Kentucky est devenu un shooteur craint à longue distance (38 % de réussite cette saison) et brille encore plus dans le champintermédiaire. Zone fétiche de Michael Jordan puis Kobe Bryant, la mi-distance – entre raquette et ligne à 3 points – avait été délaissée année après année au profit des banderilles à 7,23 m et de la révolution initiée par Stephen Curry. Mais « SGA » a gardé ce côté old school.
« On a eu des années difficiles. Je shootais sur un pied, je tirais à 20 % de réussite. Je n’ai pas toujours été le même joueur de basket, mais vous m’avez fait confiance et j’en suis reconnaissant », a confié dimanche soir le MVP aux dirigeants de sa franchise. Cette saison, la star du Thunder a frappé 195 fois sur son tir midrange. DeMar DeRozan (232) ou Joel Embiid (202) font mieux, mais GilgeousAlexander, lui, tourne à 54,9 % de réussite dans l’exercice!
Un pourcentage dingue que n’auraient pas renié Jordan ni Bryant, moins adroits mais sur un volume énorme (588 paniers midrange en 1997 pour « MJ », 414 en 2006 pour le « Black Mamba »). Signe que l’arme est désormais à contre-courant du jeu : en 2006, 98 joueurs avaient marqué plus de 100 fois à mi-distance. Ils ne sont plus que 12cette année, dont le MVP.
Mais avec le reste de la panoplie, ce tir fétiche lui a déjà offert deux fois le trophée suprême de la saison régulière, en attendant de repartir à la conquête du graal: le titre NBA avec une finale de Conférence explosive contre San Antonio qui débutait dès la nuit dernière (à 2h30 en France).
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14 - Shai Gilgeous-Alexander est le 14e joueur à être sacré MVP deux saisons de suite.
Seuls Larry Bird (1984-1986), Wilt Chamberlain (1966-1968) et Bill Russell (1961-1963) l’ont été trois fois de suite.
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Donovan Mitchell aura fort à faire à New York face,
entre autres, à Mikal Bridges et Jalen Brunson.
Les Cavaliers au défi des Knicks
Vainqueur de Detroit en sept matches, Cleveland n’aura pas le temps de souffler avant de se mesurer à New York en finale de la Conférence Est.
19 May 2026 - L'Équipe
BENJAMIN MOUBÈCHE
Le chemin des Cleveland Cavaliers jusqu’en finale de la Conférence Est a été sinueux. Au premier tour, ils ont eu besoin de sept matches pour s’extirper des griffes des Toronto Raptors. Il leur en a fallu autant au deuxième pour renverser les Detroit Pistons. En face, la demi-finale des New York Knicks face aux Philadephia Sixers a été un tout droit (4-0). Après un souci d’embrayage au début des play-offs, leur moteur tourne désormais à plein régime : sept victoires consécutives, lors desquelles ils ont devancé leurs adversaires de 185 points au total.
« Ils sont bien reposés et ils sont tout simplement inarrêtables en ce moment » , a reconnu Kenny Atkinson, le coach de Cleveland, qui a fait ses débuts d’entraîneur en NBA sur le banc de New York il y a dix-huit ans. Son équipe, elle, n’a pas le choix: elle devra relever le défi les jambes lourdes.
Dès la nuit prochaine, moins de quarante-huit heures après leur victoire à Detroit, les Cavaliers disputeront une finale de Conférence sans LeBron James pour la première fois depuis 1992. Trentequatre ans plus tard, c’est Donovan Mitchell qui porte cette équipe. L’ironie veut qu’il rentre à la maison pour le faire. Natif d’Elmsford, au nord du Bronx et de Manhattan, l’arrière va disputer les deux premiers matches de la série au Madison Square Garden, à une trentaine de kilomètres de là où il a grandi. « Ça va être spécial, c’est sûr » , a-t-il confié dimanche.
Les lumières de la « Mecque du basket » seront braquées sur lui. Cleveland affiche un bilan de 5 victoires pour une défaite depuis le début des play-offs lorsqu’il marque au moins 25 points, et 3 succès pour 5 revers dans le cas contraire. « C’est lui qui a maintenu l’équipe à flot cette année » , a appuyé Atkinson. Seulement, Mitchell n’est pas toujours luimême: en retrait lors du sixième match des demi-finales (18 points à 6/20 aux tirs), il a assumé son rang lors du suivant avec 26 points et 8 passes décisives. « Il était meilleur que Donovan Mitchell » soufflé son coach après coup.
Face aux Knicks, il faudra ce joueur-là. Mitchell devra se frayer un chemin à travers le rideau défensif constitué par Mikal Bridges, Josh Hart et OG Anunoby, qui devrait être rétabli de sa blessure aux ischio-jambiers pour le premier match. Il pourra compter sur Evan Mobley, l’un des joueurs les plus fiables de ces play-offs, pour l’accompagner.
Le pari James Harden
L’autre grande variable de l’équation s’appelle James Harden. Et elle l’est, variable. En février, les Cavaliers ont lâché Darius Garland aux Clippers pour récupérer le vétéran de 36 ans, un pari assumé sur la victoire à court terme. Le résultat en saison régulière a été convaincant. En play-offs, il est plus nuancé.
Au septième match contre Detroit, alors que l’enjeu était au plus haut, Harden n’a réussi que deux de ses dix tirs pour un total de 9 petits points. La question de sa régularité revient à chaque campagne : il semble parfois être le meilleur joueur de la planète, parfois l’ombre de lui-même.
Contre les Knicks, celle-ci sera centrale : quelle version d’Harden? Celle qui est propre et décisive, qui transforme son équipe? Ou celle qui disparaît quand la pression monte? L’élite défensive new-yorkaise fera tout pour faire pencher la balance du mauvais côté. Les Cavaliers ont prouvé qu’ils savaient encaisser les coups, mais ils auront besoin que leurs stars frappent fort pour créer la surprise.
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