GIANNI INFANTINO, PATRON DE LA FIFA ET À LA FIN C’EST LE BUSINESS QUI GAGNE


Gianni Infantino Le meneur de jeu tout-puissant du football mondial

A une semaine du début de la Coupe du monde, enquête sur le président tout-puissant et controversé de la planète foot.

En poste depuis dix ans en dépit de polémiques répétées, le président de la Fifa, organisatrice de la Coupe du monde qui débute le 11 juin, affiche ostensiblement son amitié avec les puissants, en premier lieu Donald Trump.

«Aucun étranger n’a passé autant de temps qu’Infantino 
à la Maison Blanche ces dernières années.» 
   - Alexander Koch ancien directeur 
     de la communication de la FIFA»

4 Jun 2026 - Libération
Par SAMUEL RAVIER-REGNAT

Washington, 5 décembre 2025. C’est le grand jour, celui qui lance la chamade dans le coeur des amateurs de foot. Le tirage au sort de la Coupe du monde. Dans un amphithéâtre du Kennedy Center, l’emblématique salle de spectacle mise au pas l’an dernier par Donald Trump, Gianni Infantino déroule le tapis rouge au président des Etats-Unis. Costume sombre et large sourire, l’homme fort de la FIFA se répand en dithyrambes en mondovision avant de remettre au dirigeant nationaliste un trophée clinquant en forme de globe terrestre: le tout nouveau «prix de la paix» de l’instance. Le patron du foot mondial, qui avait publiquement souhaité que Trump reçoive le prix Nobel de la paix, a opportunément créé cette récompense quelques semaines plus tôt.

Et le voilà qui vante «les actions exceptionnelles [de Donald Trump] pour promouvoir la paix et l’unité dans le monde». Peu importe si, depuis son retour à la Maison Blanche un an auparavant, le président américain déploie des troupes en mer dans les Caraïbes (il attaquera bientôt le Venezuela, puis l’Iran), s’il piétine la démocratie et pourchasse les migrants illégaux. Pour Infantino, l’essentiel est ailleurs : il faut réussir la Coupe du monde. La compétition, qui commence le 11 juin, est coorganisée par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

ENFANCE MODESTE

C’est le premier Mondial dont l’attribution a été décidée sous la présidence du juriste suisse de 56 ans, aux manettes de l’instance dirigeante du foot international depuis 2016. La première aussi en format XXL, à 48 équipes contre 32 auparavant, selon son voeu à lui.

Presque «sa» Coupe du monde. Pour qu’elle se passe correctement, et garantisse à l’institution les revenus mirobolants qui permettent son fonctionnement, Infantino s’efforce à tout prix de s’attirer les faveurs de Trump. En janvier 2025, il assiste, au troisième rang, à son discours d’investiture au Capitole. Depuis, le patron de la FIFA et le président des Etats-Unis ne cessent de se voir. «Aucun étranger n’a passé autant de temps qu’Infantino à la Maison Blanche ces dernières années», soupire dans un entretien à Libération l’ancien directeur de la communication de la FIFA Alexander Koch, légèrement ironique. Infantino subit sans mot dire les caprices de Trump, qui menace de priver de compétition les villes dirigées par des élus démocrates ou d’expulser la sélection iranienne. Un ancien cadre de la FIFA, qui a bien connu Infantino, se désespère: «Il faut toujours avoir de bons rapports avec les pays hôtes, mais on n’est pas là pour faire leur politique. Pour Trump, Infantino est un idiot utile, manipulable à merci.»

En octobre, le quinquagénaire au crâne dégarni avait même fait le déplacement à Charm el-Cheikh, en Egypte, pour la signature de l’accord sur le cessez-le-feu dans la bande de Gaza sous la houlette des Etats-Unis. Sur la photo officielle, une vingtaine de chefs d’Etats du monde entier, et lui, seul participant dépourvu de toute responsabilité politique, nationale ou internationale. Soit le signe le plus visible de l’influence croissante acquise par ce dirigeant controversé, qui s’est forgé une réputation sulfureuse à coups de polémiques et de propos outranciers. Drôle de trajectoire que celle de cet enfant du canton du Valais, fils de modestes immigrés italiens arrivés dans le sud de la Suisse durant les années 60. Le père est homme à tout faire à la gare de Brigue, la ville natale du petit Gianni, la mère travaille dans un kiosque. L’adolescent, lui, rêve d’une carrière dans le monde du sport. A 25 ans, son diplôme de droit en poche, ce supporteur de l’Inter Milan est embauché par un organisme de recherche dans le sport fondé par la FIFA et basé en Suisse. Bosseur, passionné, polyglotte, Infantino grimpe vite les échelons. En 2000, il entre à l’UEFA, l’instance dirigeante du foot européen, dont il devient secrétaire général en 2009. Peu exposé, dans l’ombre de son président Michel Platini, dont il est très proche, mais au coeur de la machine. Les fans le connaissent surtout comme «le chauve de l’UEFA», celui qui procède chaque année au tirage au sort de la Ligue des champions.

C’est alors qu’éclate le «FIFAgate», le scandale le plus tonitruant de l’histoire de l’organisation. Le 27 mai 2015, des policiers suisses interpellent sept dirigeants du ballon rond accusés de corruption au siège de l’institution, à Zurich. L’affaire éclabousse jusqu’à l’historique président de la FIFA, Sepp Blatter, qui finit par démissionner. Michel Platini est alors favori pour lui succéder, mais l’ancien meneur de jeu est rattrapé à son tour par une polémique qui le contraint à renoncer: l’ouverture d’une enquête portant sur un «virement déloyal» de deux millions de francs suisses effectué à son bénéfice par Sepp Blatter (dans cette affaire, les deux hommes seront finalement relaxés par la justice). A la tête de la Fifa, la place est donc libre, et il saute sur l’occasion. Le 26 octobre 2015, Infantino annonce sa candidature à la présidence, promettant de débarrasser l’organisation des affaires de corruption qui minent son image et de verser davantage d’argent aux fédérations nationales… qui sont chargées d’élire le nouveau patron du foot mondial. L’argument pèse lourd dans le processus électoral. Quatre mois plus tard, il arrive en tête du premier tour à la surprise générale, devant le cheikh Salman Ben Ibrahim al-Khalifa, président de la confédération asiatique.

DÉMESURE FINANCIÈRE

Dans l’entre-deux-tours, le Suisse (qui a aussi la nationalité italienne et, par son épouse, de celle du Liban) obtient le soutien décisif de la fédération des Etats-Unis et de son président, Sunil Gulati. «Dans les couloirs, Gulati était extrêmement actif, il parlait aux représentants de toutes les fédérations pour les convaincre de voter Infantino», se souvient Alexander Koch. Des efforts payants, qui débouchent sur la victoire d’Infantino. Le juriste a-t-il promis aux Etats-Unis l’organisation de la Coupe du monde 2026 en échange de leur soutien ? Possible, voire certain, selon d’anciens cadres de l’institution qui, elle, a toujours rejeté cette version de l’histoire et défendu son président.

Dix ans plus tard, et après deux réélections en 2019 et en 2023, le contrôle d’Infantino sur la FIFA semble absolu, malgré la persistance des affaires, de la mention de son nom dans les Panama Papers, en 2016, à l’ouverture d’une enquête en Suisse pour entrave à l’action pénale en 2020. Dès son arrivée, le quinquagénaire fait le ménage. «Il a licencié les responsables puissants du comité exécutif et les a remplacés par des valets, se souvient un ancien dirigeant. Il ne s’entoure que de gens qui lui doivent quelque chose.» «A la FIFA, les organes indépendants ne sont pas vraiment tolérés», observe Miguel Maduro, éphémère patron du comité de gouvernance, renvoyé en 2017, quelques mois après sa nomination. La présidence d’Infantino est celle de la démesure, sportive et financière. En l’espace de dix ans, le patron du foot mondial, qui n’a pas répondu aux sollicitations de Libé, a vu sa rémunération quadruplée pour s’établir à plus de cinq millions d’euros par an. Le nouveau format XXL de la Coupe du Monde doit permettre de doubler les revenus de la compétition. La Coupe du monde des clubs, organisée pour la première fois aux Etats-Unis en 2025, répond à la même logique. Les syndicats de joueurs ont beau protester, inquiets de la multiplication des matchs qui fatigue les corps, les supporteurs ont beau afficher leurs réticences, les revenus de cette compétition permettent d’arroser les fédérations nationales, notamment celles du «Sud global» qui forment la base politique d’Infantino.

«En Europe, il est perçu de manière négative, comme quelqu’un de trop centralisateur, tourné vers l’argent. Mais sa popularité au niveau mondial est sans équivoque», décrypte Olivier Jarosz, chargé du Swiss Institute of Sports Diplomacy, qui a travaillé avec le président de la FIFA. L’intéressé en joue volontiers et pose en universaliste. Le 19 novembre 2022, lors du lancement de la Coupe du monde au Qatar, dont l’organisation avait suscité d’innombrables critiques, il prononce un discours passé à la postérité. «Aujourd’hui, je me sens qatari, je me sens arabe, je me sens africain, je me sens gay, je me sens handicapé, je me sens un travailleur migrant», déroule le boss, avant d’affirmer que l’Europe «devrait commencer par s’excuser pendant trois milleans avant de donner des leçons à qui que ce soit». «C’est absurde, dénonce Nicholas McGeehan, le directeur de l’ONG FairSquare. La FIFA a un fonctionnement colonial. Elle ne donne pas de l’argent aux pays en développement, elle enrichit des élites et alimente la corruption.»

CARTON ROUGE

Avec Trump, la première rencontre remonte à 2018. A la Maison Blanche, le patron de la FIFA avait offert au président des Etats-Unis un maillot floqué du numéro 26 (pour la Coupe du monde 2026). Il n’avait pas hésité à lui tendre un carton rouge l’invitant à le brandir en direction des journalistes, lui qui voue une fascination et jouit d’une proximité avec une foule d’autocrates de la planète, surtout quand l’organisation d’un Mondial est en jeu. En 2018, il a ainsi reçu des mains de Vladimir Poutine la médaille de l’ordre de l’amitié, plus haute distinction russe, pour services rendus. Un an avant la Coupe du monde 2022, cet utilisateur invétéré de jets privés avait emmenagé partiellement au Qatar.

Mais la relation avec le président américain est d’une autre nature, ostensible et permanente. «Infantino ressemble beaucoup à Trump. Il aime le pouvoir et veut être admiré. Il n’accepte pas les critiques. Il s’entoure de gens qui le soutiennent», énumère Alexander Koch. Un autre connaisseur des arcanes de la FIFA remarque chez le patron du foot mondial «un côté sarkozien, avec la revanche sociale, la recherche de l’argent et de la gloire, et l’absence de scrupule».

Malgré la vive hostilité qu’il suscite dans une partie du monde du football, Infantino se projette en homme sûr de sa force vers les prochaines échéances. En 2030, la Coupe du monde sera organisée pour la première fois sur trois continents, en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe. En 2034, elle aura lieu en Arabie Saoudite, choisie par applaudissements lors d’une visioconférence. Et, loin d’être rassasié, Infantino a d’ores et déjà annoncé qu’il briguerait l’année prochaine un nouveau mandat.

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Icon Sport 

En Afrique, une influence qui prospère via un réseau tentaculaire

En multipliant les déplacements sur le terrain et grâce à sa fine lecture des rapports de force, Gianni Infantino a su installer ses obligés au sein des 54 fédérations du continent.

4 Jun 2026 - Libération
ANTOINE GALINDO

Il pleut à verse sur Rabat. Le stade Prince-Moulay-Abdellah est plein comme un oeuf. Nous sommes le 18 janvier 2026 et, sur la pelouse, la sélection nationale du Maroc ferraille avec celle du Sénégal pour le titre de champion d’Afrique. Dans la loge royale, le prince Moulay Rachid préside la soirée en l’absence de son frère, le roi Mohammed VI, excusé pour raisons de santé. A ses côtés, le président de la Fifa, Gianni Infantino, tout sourire, applaudit les actions de l’équipe marocaine.

Rien de choquant que le patron du football mondial assiste à la finale d’une compétition majeure aux côtés du maître de cérémonie. L’image inspire pourtant, chez les supporteurs, une suspicion de connivence, alors que les accusations de trucage pleuvent sur le pays hôte depuis le début de la compétition panafricaine.

Au goût de certains observateurs, le Maroc aurait bénéficié de décisions arbitrales très favorables tout au long du tournoi. Si le déroulé de la finale donne du grain à moudre aux contempteurs de «l’arbitrage maison», les Lions de l’Atlas finissent par s’incliner (0-1), au terme d’un scénario digne des meilleurs péplums. Et c’est bien le Sénégal qui soulève la coupe, ce 18 janvier. Les complotistes peuvent se faire une raison. Pour l’instant.

Car le 17 mars, le jury d’appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) retire son titre au Sénégal et accorde la Coupe d’Afrique au Maroc, sur tapis vert. L’objet du litige ? Pendant la finale, les joueurs sénégalais avaient quitté le terrain pour contester une décision arbitrale. C’est suffisant, selon le règlement, pour disqualifier le coupable du méfait. Mauvais joueur, le Maroc a déposé un recours. Et voilà que ressurgissent les accusations de connivence. C’est que le royaume pèse bel et bien sur le foot africain. Et Fouzi Lekjaa, le tout-puissant président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), est un fidèle indéfectible de Gianni Infantino. Parmi ses nombreuses casquettes, il siège, depuis 2021, au conseil de la FIFA, l’organe exécutif planétaire du ballon rond, parmi une trentaine de happy few.

«Manoeuvrer et tirer profit»

Pour le dirigeant italo-suisse, Rabat n’est toutefois qu’une étape sur la carte du monde. Et Gianni Infantino voyage beaucoup. De nombreux interlocuteurs nous l’ont répété : «Qui contrôle les 54 votes africains contrôle quasiment la Fifa.» Alors Gianni cultive son entregent, à coups de sauts de puces en jet privé.

Son record serait de «61 aéroports en quarante-cinq jours», d’après le journaliste de l’Equipe Simon Bolle, auteur du livre FIFA Connection. Enquête sur le système Infantino (Flammarion) paru début mai.

Dans ce «système», le Marocain Fouzi Lekjaa est un homme parmi un réseau tentaculaire d’obligés, de proches et de puissants. «L’une des principales forces de Gianni Infantino, c’est sa capacité à lire parfaitement les rapports de force», décrypte Jean-Baptiste Guégan, chercheur et auteur de nombreux ouvrages sur la géopolitique du sport. «Il comprend ce que les uns et les autres veulent. Il sait où sont leurs faiblesses, leurs intérêts. Et il sait manoeuvrer sans oublier les siens pour en tirer profit», ajoute-t-il.

Fouzi Lekjaa, depuis son arrivée aux commandes de la FRMF, a toujours eu de grandes ambitions. «Il avait une vision exceptionnelle de ce que devait devenir le football marocain. Il n’a pas seulement énoncé ce qu’il fallait faire, mais il l’a réalisé. C’est quelqu’un de très brillant», se souvient l’entraîneur français Hervé Renard, qui a dirigé les Lions de l’Atlas entre 2016 et 2019.

En 2018, le Maroc est candidat pour être désigné pays hôte du Mondial 2026. Par solidarité continentale, un tiers des fédérations africaines sont prêtes à voter pour Rabat. Y compris l’Afrique du Sud, pourtant rival politique historique du royaume chérifien. Mais il y a plus important que Rabat dans la liste des candidats. Après un énorme coup de pression de Donald Trump, l’Afrique du Sud retourne son vote et fait basculer celui des pays de l’Afrique australe. Washington, qui lorgnait la compétition depuis trop longtemps, obtient la coorganisation avec le Mexique et le Canada. Infantino, qui a fait de l’attribution de cette compétition aux Etats-Unis un élément central de sa stratégie de développement, peut souffler. Le Maroc, lui, ronge son frein. Mais le projet de Fouzi Lekjaa reste dans un coin de la tête du patron de la Fifa, qui saura en tirer profit, en temps voulu.

Juriste besogneux

L’occasion se présente au moment de l’attribution de la Coupe du monde 2030. «Et là, il nous a fait une masterclass», se souvient Jean-Baptiste Guégan, toujours incrédule. Nous sommes en décembre 2024, et le Maroc est à nouveau candidat. De même que l’Espagne, le Portugal, et l’Ukraine. Cette dernière finit par se retirer, pour cause de guerre. L’Arabie Saoudite et l’Egypte présentent aussi une candidature commune, mais Le Caire finit par jeter l’éponge en raison de divergences avec Riyad.

«Infantino a trouvé un moyen de contenter tout le monde, poursuit Guégan. La FIFA a fait comprendre au Maroc, au Portugal et à l’Espagne qu’une candidature commune avait toutes ses chances de l’emporter. Comme on célébrera le centenaire de la compétition, ils en ont profité pour donner trois matchs à la confédération sud-américaine. Résultat : la Coupe du monde 2030 se déroulera sur trois continents.» Et Infantino peut continuer de se réjouir de jouer un rôle grandissant dans le concert des nations.

Une des autres grandes forces de l’Italo-Suisse est de connaître les règlements sur le bout des doigts. Après tout, c’est par le droit que ce juriste besogneux, formé à l’université de Fribourg (Suisse), a mis pour la première fois les pieds dans le monde du football.

Voyez plutôt : les règles de la FIFA imposent une rotation continentale pour l’organisation des Coupes du monde. L’Amérique du Nord ayant organisé 2026, l’Europe et l’Amérique latine ayant donc décroché 2030, restent l’Asie et l’Océanie pour 2034, que Gianni décide d’attribuer dans la foulée. Il déterre alors une règle voulant qu’en présence d’un seul candidat, il n’y a pas besoin de congrès pour décider. «Seul candidat asiatique à disposer d’un dossier déjà ficelé, l’Arabie Saoudite n’avait qu’à se présenter pour obtenir 2034, se souvient Guégan. La FIFA a attribué les deux d’un coup, avec des possibilités de recours limitées. Ça s’est fait en visio. Personne ne s’est plaint.»

Pour que personne ne trouve à redire, Infantino sait placer des affidés à tous les échelons du foot mondial. L’élection, en mars 2021, de Patrice Motsepe à la tête de Confédération africaine de football est un cas d’école.

A la table de tous les chefs d’Etat

Dans les semaines qui précèdent le vote, le président de la Fifa fait ce qu’il sait mieux faire : se déplacer pour préparer le terrain. Puis, sous la houlette de plusieurs de ses conseillers, il fait réunir à Rabat −encore− les quatre candidats à la présidence de la CAF, afin de s’entendre sur une répartition des postes. Trois des candidats − le Sénégalais Augustin Senghor, le Mauritanien Ahmed Yahya et l’Ivoirien Jacques Anouma − devaient se retirer, pour laisser la place au milliardaire sudafricain Patrice Motsepe, soutenu par Infantino. En contrepartie, ils ont obtenu des postes de vice-présidents. Ce que les médias appelleront le «pacte de Rabat» est scellé. Cerise sur le gâteau, l’un des artisans de ce pacte, Véron Mosengo-Omba, compagnon de route de longue date d’Infantino, devait hériter du secrétariat général de l’instance africaine du football. Un poste dont il a démissionné en mars… pour se faire élire, le 20 mai, à la tête de la Fédération congolaise de football, en RDC. Toujours poussé par Gianni Infantino. Le patron du foot mondial a son rond de serviette à la table de tous les chefs d’Etat et de toutes les fédérations du continent, que la Fifa finance abondamment. Qui contrôle le foot africain contrôle la FIFA.

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Au Congo-Brazzaville, un ancien président de fédération en cavale

L’affaire Mayolas, du nom de l’ex-patron de la fédération congolaise, est révélatrice des dérives liées au manque de transparence dans les financements octroyés par la FIFA.

La Fifa avait suspendu la Fecofoot en février 2025, 
empêchant les clubs nationaux de participer aux compétitions internationales.

4 Jun 2026 - Libération
A.GA.

«La FIFA donne énormément d’argent aux fédérations nationales. Le problème, c’est qu’il n’y a aucun contrôle de comment cet argent est dépensé.» La formule est répétée à tous les étages quand on enquête sur la toute-puissante organisation du foot mondial. Acteurs ou observateurs du ballon rond, tout le monde la prononce, mais toujours sous couvert d’anonymat. Du temps de Sepp Blatter, patron du foot mondial de 1998 à 2015, ces programmes de développement nationaux s’appelaient «Goal». Sous Infantino, ils ont pris le nom de «FIFA Forward». Mais le principe est le même et l’opacité dans laquelle cet argent est dépensé alimente souvent les rubriques à scandales. «L’affaire Mayolas», du nom de l’ancien président de la Fédération congolaise de football (Fecofoot), révélée par le quotidien britannique The Guardian, en est une bonne illustration.

Perpétuité. En mars, les autorités congolaises ont demandé à Interpol l’émission d’un mandat d’arrêt contre Jean-Guy Blaise Mayolas, évaporé dans la nature quelques semaines avant d’avoir été reconnu «coupable de blanchiment d’argent, de faux, d’usage de faux et de détournement de fonds, le 10 mars [2026] par le tribunal de Brazzaville», écrit le quotidien britannique. Il avait été condamné à la prison à perpétuité par contumace. Présents à l’audience, «le secrétaire général de la Fecofoot, Badji Mombo Wantete, et son trésorier ont chacun été condamnés à cinq ans de prison». The Guardian évoque un montant de 1,1 million de dollars «de fonds FIFA» détournés, dont «près de 500 000 dollars destinés à l’équipe féminine du Congo». «C’est souvent le foot féminin qui fait les frais en premier des mauvaises pratiques», se désole un bon connaisseur, basé dans un autre pays d’Afrique.

Après le limogeage par le ministère des Sports congolais en 2024 de Jean-Guy Blaise Mayolas, en poste depuis 2018, sur fond de mauvaise gestion financière, les autorités congolaises avaient ouvert une enquête. «Les forces de sécurité ont occupé le siège de la Fecofoot à Brazzaville, empêchant aux agents de la Fifa d’y accéder», se souvient un acteur du foot congolais souhaitant garder l’anonymat. Une ingérence du politique dans les affaires sportives qui avait poussé la FIFA à suspendre la Fecofoot, en février 2025, empêchant les clubs et les sélections nationales du Congo de participer aux compétitions internationales.

«Complot». Dès mars 2025, des membres du comité d’éthique de la Fifa s’étaient rendus au Congo pour enquêter sur les allégations de détournements de fonds. Mais elle n’a ouvert de procédure disciplinaire à l’encontre de Mayolas et ses deux coaccusés qu’un an plus tard, révèle encore The Guardian. A plusieurs reprises, l’ancien président de la Fecofoot a réfuté les accusations pesant contre lui, dénonçant un «complot» du gouvernement congolais.

La suspension a été levée en mai 2025, après que les agents de la Fecofoot ont recouvré l’accès au siège, à Brazzaville. Mais le scandale a eu pour conséquence d’empêcher l’équipe masculine de football de participer aux épreuves qualificatives pour la Coupe du monde qui s’ouvre la semaine prochaine aux Etats-Unis.

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