De Lie: « Le mental brûlait à feu doux »


Le coureur belge, Arnaud De Lie, a terminé à deux reprises dans 
le top 10 d’une étape depuis le départ du Tour de France le 5 juillet.

Le coureur belge de chez Lotto a vécu un printemps particulièrement difficile et « broyé du noir » pendant quelques semaines avant de revenir à l’essentiel, ses attaches familiales.

"À part être à la ferme, je ne prenais plus aucun plaisir à la vie, 
cela pèse Pour quelles' ra' i sons? beaucoup"
"Pour moi, évoquer ses faiblesses te rend plus fort"

16 Jul 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS

TOULOUSE – Juste avant l’entretien, Arnaud De Lie (23 ans) a croisé dans le hall de l’hôtel Benjamin Thomas et le Belge l’a sondé sur l’ étape d’ aujourd’ hui, escarpée, qui passe sur les terres du Tarn ais. Le coureur de Cofidis lui a expliqué que c’était dur « mais qu’en étant bien placé dans les bosses, cela pouvait passer» pour quelques sprinteurs. «Dis moi que ça va le faire !», lui a intimé, hier, le sprinteur de Lotto. Car après un printemps marqué par l’absence de résultats et une période où la dépression a affleuré et l’a obligé à couper avec le vélo, le Taureau deLescheret cherche absolument àpositiver. Sans que cela passe forcément parla victoire.

- Cinquième à Laval, troisième à Châteauroux, avez-vous l’impression de retrouver de bonnes sensations, de revivre sur un vélo?

Le début de Tour a été difficile, pas mentalement carj’étais confiant, je savaisquej’étais enforme. Mais physiquement, j’ étais un peu bridés ion parle de moteur. La veille avant La val( le 12 juillet ), j’ étais déjà un peu mieux et le jour même je sentais bien que les jambes étaient là. Avec cette cinquième place puis la troisième à Château roux( dimanche ), j’ étais content de me revoir à ce niveau. Cela prouve que c’ était bien de rester calme et que cela tourne quand tu travailles.

- Vos derniers bons résultats remontaient àl’ Étoile de Bessèges(u ne victoire d’ étape) et au Tour d’ Algarve (deux tops10). Qu es’ est-il passé entretemps?

C’est compliqué. Il y a un peu de tout. Après Bessèges, je suis tombé un peu malade, à l’Algarve, j’étais bien et pas bien en même temps, je cherchais mes sensations. Juste après, j’ étais complètement cassé, plus rien n’ allait. J’ essayais de me dire“Allez Arnaud, tu as travaillé pour ”, mais cela n’ a jamais tourné et, au final, je sentais bien que j’ étais entrain de“couler le navire ”. On a pris alors la meilleure décision en arrêtant après Gand-Wevelgem (le 30 mars).

J’ avais abandonné au bout de cent kilomètres et j’ avais un dégoût énorme du vélo. Parfois, on se pose la question“Est-ce que j’ aime bien le vélo ?” pendant une étape de montagne où on a bien souffert, mais à la fin, quand on est dans les délais, on se dit qu’ on l’ aime (sourires). Cette fois, le dégoût a duré une semaine ou deux. J’ ai fait quatre ou cinq jours sans vélo mais je sentais que je détestais ce que je faisais. Je me posais beaucoup de questions, trop sûrement. Il fallait retrouver tout ce que j’ aime dans le vélo, rouler avec passion, prendre du plaisir à l’ entraînement et en course. Depuis le début du Tour, c’ est exactement ce que je fais.

- Cette coupure aurait-elle dû intervenir plus tôt? Vous aviez eu des signaux, des alertes?

On se dit toujours que l’ espoir fait vivre. AuNieuwsblad( 86e, le 1ermars), j’étais combatif, j’ en voulais et on pouvait penser que c’ était un jour sans.AuSamyn( 14e, le 4mars), j’étaisunpeu meilleur physiquement mais ni bien, ni mal. Ensuite, cela n’ allait vraiment plus. Je ne récupérais plus entre les entraînements. Que je fasse une heure, deux heures ou trois heures, j’ avais mal aux jambes. Il y a des signaux, mais ony croittoujours. Etc’est troptard.

- Ce dégoût du vélo vous venait alors des jambes ou de la tête?

Mentalement, trois jours avant le Nieuwsbl ad, j’ étais bien. Puis on a fait la reconnaissance et là, je me suis demandé si j’ avais déjà fait du vélo. C’ est la saison où j’ ai le plus roulé en hiver et, sur le moment, j’ ai vu que cela n’ avait servi à rien.

- Pendant la coupure, qu’ avez-vous fait? Vous avez travaillé dans la ferme familiale?

Ce n’était pas pour “travailler”, je dis toujours que j’ aide mon père. Ce n’ est pas la même énergie (sourire). J’ avais besoin de retourner aux bases de la vie. Car la vie, ce n’ est pas que le vélo, le sport. Moi, ma base, c’ est tout ce qui touche à la terre.

- Peut-on parler de dépression?

C’est sûr que mentalement, je n’ étais pas top, mais est-ce quec’ était un bur n-out ou une dépression, je ne sais pas. Mais sûrement, il y avait un peu de ça. À part être à la ferme, je ne prenais plus aucun plaisir à la vie, cela pèse beaucoup. Tu te sens un peu in compris, tune sais pas dire ce que tu ressens. Tu as l’ impression que tout le monde est contre toi et mon échappatoire était d’ aller aider mon papa. Avec ma maman, il sont su trouver les bons mots et me redonner le goût de la vie. Parceque je l’ avais perdu. J’ avais tellement d’ attentes personnelles que, quand tout tombe à l’ eau, ce n’ est vraiment pas chouette. Il fallait que je retrouve les petites choses de la vie, comme aller traire mes vaches. Ce n’ est peut-être pas grand-chose, mais pour moi, cela fait une grande différence, comme aller voir la famille. Je ne mettais plus l’ accent dessus, je pensais que cela ne me faisait pas du bien alors que cela participe à mon bien-être.

- Vous avez toujours parlé de votre attache ment familial et territorial. Vous l’ aviez oublié?

Non, mais je voulais être foc us sur ma préparation, j’ ai passé trois mois en Espagne, je n’ ai jamais autantroulé.

- Trop?

Non, mais c’ est juste le mental qui brûlait à feu doux.

- Quand avez-vous senti que cela repart ait?

J’ ai commencé à rouler au bout d’ une semaine, deux heures par jour. Dix heures par semaine, ce n’ est pas beaucoup, mais cela m’ a redonné le plaisir d’ aller rouler avec des habitués, des gens de ma région, ou seul avec mon gravel.Jevoul ais diversifier mon entraînement, ne pas regarder mes chiffres, juste rouler et reprendre plaisir à entendre un oiseau siffler. Comme avant, lorsque j’aimais le vélo.

Vous parlez assez fa' ci l' e ment de cette période, ce qui est assez rare chez les sportifs de hautniveau. Chacun en parle s’ il veut. Pour moi, évoquer ses faiblesses te rend plus fort. Le vélo, tous les sports de haut niveau, sont tellement médiatisés, il y a beaucoup d’ attentes, les nôtres aussi, qu’ on peut oublier ce qui est bien pour soi. Et cela peut monter à la tête. Il faut trouver le bon équilibre entre les tâches à réaliser et le bien-être, sans être à 50/50, mais il faut trouver la bonne balance. S’ il n’ ya pas d’ équilibre, tu ne peux pasmarcher.

- Êtes-vous à l’ abri de replonger?

Non, car c’ est un travail sur le long terme, mais je ne“br oie plus de noir ”, c’ est déjà une grande victoire personnelle. Depuis un ou deux mois, je vois beaucoup plus de positif. Quand je devais rouler deux heures et que je voyais un orage, je me disais“merde, il y a un orage ”. Maintenant, je le vois différemment, je me dis qu’ il ne pleut pas. C’ est cet état d’ esprit que j’ essaie de mettre en place et cela porte ses fruits, on le voit sur le Tour. Les sept premiers jours, je n’ étais pas bien physiquement, mais je revenais dans le bus avec un point positif. Quand je suis tombé à Dunkerque, où j’ avais déjà gravement chuté par le passé, je me disais“cette fois, ce n’ est pas trop grave”. Hier( lundi, lors del’étape aupuydeSancy), le point positif, c’ étaient les magnifiques paysages. Dans les cols, je vois un mec déguisé en grenouille, cela me fait rigoler et je me mets ça dans la tête (sourire). Être positif, cela t’ aide à mordre dans toute ta journée, c’ est fou. Pour replonger, ce sera plusdifficile.

- En 2023, vous disiez “Je fais du vélo pour m’ amuser”. Vous vous amusez encore?

En 2023, je m’ amusais car je gagnais.

- Pour s’ amuser, il faut gagner?

Non et c’ est ça le problème, je l’ai oublié en 2023. L’ objectif est de gagner, c’est sûr, mais aujourd’ hui je prends beaucoup plus de plaisir, même si je ne gagne pas.»

***

EN BREF

23 ans
1,82m
78 kg
Équipe: Lotto
2023: le 8 septembre, il gagne sà premiere course World Tour, au Grand Prix du Québec.
2024: le 23 juin, il devient champion de Belgique sur route en s'imposant au sprint devant Jasper Philipsen et Jordi Meeus.
2025: òe 18 mai, après un mois et demi de pause, il reprend la compétition au Tour de Cologne mais finit par abandonner.

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