Boston, le berceau de la révolution américaine


LES VILLES RÉVOLUTIONNAIRES

Les États-unis fêteront les 250 ans de leur indépendance tout au long de l’année 2026. Cette semaine Le Figaro vous emmène dans cinq villes fondatrices, explorant leurs sites historiques et racontant ce qu’elles ont conservé de cette époque dans leur atmosphère et leur personnalité.

Adrien Jaulmes Envoyé spécial à Boston Retrouvez demain : Newport, siège de l’alliance franco-américaine

La grande ville de la Nouvelle-Angleterre célèbre avec fierté le 250e anniversaire d’une déclaration d’indépendance qu’elle a contribué à précipiter.

29 Dec 2025 - Le Figaro

L’indépendance américaine commence par la révolte de Boston. Deux siècles et demi plus tard, la grande ville de Nouvelle-angleterre commémore avec fierté son rôle central dans ce soulèvement, qui commence par des manifestations fiscales avant de se transformer en guerre. Les guides en tricorne et souliers à boucle marchent avec les visiteurs le long du Freedom Trail. Ce chemin de la Liberté traverse le centre de Boston, et suit les épisodes les plus célèbres de la première révolution contemporaine.

Ce parcours historique en forme de pèlerinage commence sous les arbres du Boston Common, le plus ancien parc des États-unis. C’est là où campent les soldats britanniques envoyés pour calmer l’agitation des Bostoniens contre les taxes que leur impose la couronne britannique. L’itinéraire s’achève de l’autre côté de la rivière Charles, à Bunker Hill. Un monument s’élève à l’emplacement de la colline où les soldats britanniques essuient quelques années plus tard des lourdes pertes dans une bataille rangée contre les insurgés. Entre les deux, on suit pas à pas dans les rues la rupture progressive entre la métropole et ses colonies.

Certains lieux ont parfois été en partie reconstitués. Le Musée de la Tea Party expose comme une relique l’une des caisses contenant le thé de l’east India Company, déversé dans le port de Boston par des colons déguisés en Indiens pour protester contre la politique douanière britannique. Deux répliques de navires de l’époque sont amarrées au quai, et les visiteurs peuvent jeter par-dessus bord des caisses de thé (des cordages permettent de les remonter à bord).

Mais l’on retrouve aussi d’authentiques vestiges du passé révolutionnaire. En face de la silhouette massive de la mairie de Boston, exemple superbe (ou terrible, selon les goûts) de l’architecture brutaliste que déteste entre autres Donald Trump, le Faneuil Hall est l’un des hauts lieux de l’époque révolutionnaire. Avec sa girouette en forme de sauterelle dorée, ce marché couvert a été agrandi, mais conserve une partie du bâtiment de l’époque de la révolution. De l’autre côté de la rue, au pied des immeubles modernes et entre la circulation automobile se dresse encore la Old State House, l’ancienne assemblée du Massachusetts. L’édifice est sans doute le plus ancien des États-unis à être encore debout. À l’époque de la révolution, il est l’un des plus hauts de la ville. Il apparaît aujourd’hui minuscule entre les gratte-ciel du quartier des affaires. Malgré quelques transformations intérieures, le bâtiment a conservé sa physionomie, et son balcon, d’où étaient lues les proclamations de la couronne britannique à ses sujets rebelles. Avant que ceux-ci ne lisent à leur tour à la couronne leur déclaration d’indépendance, le 18 juillet 1776, dont une copie venait d’arriver de Philadelphie. C’est sur ce même balcon qu’apparaît sous les acclamations George Washington, lors de sa visite triomphale en 1789, devenu président de la nouvelle nation.

À l’intérieur, une excellente exposition permanente rappelle les épisodes de cette histoire tumultueuse. La colère populaire est attisée par des mouvements comme l’organisation des Sons of Liberty, qui prennent parfois quelques libertés pour présenter dans des journaux les atrocités commises pendant l’occupation britannique. «C’était une période de foisonnement des journaux», explique JD Dickey, historien et auteur d’un livre à paraître sur le Boston révolutionnaire (Boston, 1776 : A Rogue Tour of Revolution City). «Les révolutionnaires, les patriotes, avaient leurs propres journaux, tout comme les loyalistes, que l’on appelait à l’époque les “réalistes”.» L’imprimeur Benjamin Edes avait son atelier à côté de Old State House, et publiait la Boston Gazette. «Il avait une influence considérable sur les perceptions du public, qui n’a jamais été égalée par l’autre camp.» Rappel que la vie politique américaine continue d’être parfois houleuse, l’exposition s’achève par des panneaux consacrés à l’émeute contre le Capitole le 6 janvier 2021. Juste devant la State House, un cercle d’étoiles commémore l’un de ces épisodes célèbres : le «massacre de Boston». La fusillade, quand sept soldats britanniques paniqués ouvrent le feu sur une foule de manifestants qui leur jettent des projectiles en 1770, tuant cinq personnes et en blessant d’autres, soulève l’indignation des Bostoniens. Elle est attisée par le dessin dramatique qu’en fait le graveur Paul Revere, reproduit dans les journaux.

La maison de Paul Revere est aussi l’une des étapes importantes de toute visite historique du Boston révolutionnaire. Ce graveur et orfèvre, dont la société familiale a continué à fabriquer des ustensiles de cuisine jusque dans les années 2010, joue un rôle central dans la révolution américaine. Sa maison de bois gris est l’une des plus vieilles de Boston, et l’un des derniers exemples de ce à quoi ressemblait la ville au XVIIIE siècle avant que la brique ne s’impose. Elle fut rachetée par ses descendants. L’intérieur comprend quelques meubles d’époque et même un morceau de papier peint. C’est de cette maison que Revere part pour la mission qui le fait entrer dans la légende nationale américaine, la nuit du 18 avril 1775, par barque et à cheval, prévenir du raid que préparent les soldats britanniques contre les arsenaux rassemblés par les insurgés américains à Concord et Lexington, deux villes voisines de Boston. L’épisode est rendu célèbre par le poème de Longfellow, que connaissent tous les Américains ou presque : « Écoutez mes enfants, et vous entendrez, la chevauchée nocturne de Paul Revere… » L’église de North Church, où les insurgés mettent deux lanternes pour indiquer que les soldats arrivent par voie de mer, est aussi encore debout, superbe exemple de l’architecture de l’époque. Le parcours traverse ensuite le pont sur la rivière Charles. Là aussi, la colline de Bunker Hill a été arasée, et l’on ne peut qu’imaginer les pentes que les soldats britanniques ont dû gravir sous le feu de la mousqueterie des insurgés. Sur le bord de la rivière, la frégate USS Constitution, dont la construction remonte à 1797 est l’un des derniers bâtiments de l’époque en état de naviguer, et l’un des musées les plus visités de la ville.

« La physionomie de Boston a considérablement changé, explique JD Dickey. À l’époque de la révolution, la ville n’était reliée à la terre que par une étroite péninsule, le long de l’actuelle Orange Street, ce qui avait permis aux insurgés de bloquer les troupes britanniques. Tout a été transformé au XIXE siècle par des travaux de remblayage. Les collines ont été nivelées, et les remblais ont servi à gagner sur la mer. »

Beacon Hill, l’élégant quartier résidentiel de Boston, a gardé ses petites rues en pente, mais les deux collines voisines ont été nivelées. « Comme la maison de Paul Revere, la plupart des bâtiments de la ville étaient en bois sombre, et certains historiens ont comparé Boston au Londres de la fin du Moyen Âge, avec des rues très étroites et encombrées de détritus. » Le meilleur point de vue pour mesurer l’extension de la Boston moderne est depuis le beffroi de l’ancienne douane. La vue panoramique depuis la terrasse embrasse toute la ville, depuis la rivière Charles jusqu’aux hauteurs de Dorchester Heights, où un monument s’élève à l’endroit où George Washington installe une batterie d’artillerie, qui force la flotte anglaise à évacuer la ville en 1776. On comprend la position exceptionnelle de cette cité, et de sa rade, même si les îles qui la protégeaient ont été aussi remblayées pour y construire l’aéroport.

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