Et si Millwall montait ?
Jamais l’autoproclamé club « le plus détesté du Royaume », 7e de Championship à deux points du 3e, n’a évolué en Premier League. Une fois, seulement, il a goûté à l’élite, entre 1988 et 1990. Tony Cascarino y était. L’ancien buteur de l’OM raconte une exp
"Les fans se disent : « La Premier League ne veut pas de nous »"
- TONY CASCARINO
29 Dec 2025 - L'Équipe
DAMIEN DEGORRE
LONDRES – Il y a deux semaines, Millwall était troisième de Championship, premier qualifié pour les play-offs d’accession, et habité par des ambitions inédites. Parce que sportivement, c’est plutôt Amiens, bien calé au milieu de tableau de D2, que Metz, qui monte et qui descend. Jamais ce club, dont les supporters revendiquent le statut de « plus détesté du Royaume» , n’a évolué en Premier League, depuis sa création en 1992. En tribunes, en revanche, c’est la démesure. « No one likes us, we don’t care » («Personne ne nous aime, on s’en fiche»), chantent les fans à chaque match.
Une fois, seulement, les Lions ont connu l’élite, la « First Division », entre 1988 et 1990. Septième à égalité de points avec Bristol City, qu’il reçoit ce soir, le club du sud de Londres rêve maintenant du grand monde.
Tony Cascarino, qui a vécu la montée avec Millwall lors de la saison 1987-1988, en reste stupéfait. «Quand ils étaient troisièmes, je me suis dit : “Waouh, c’est fou ! Ils surperforment.” Là, ils sont septièmes. C’est un sacré défi pour eux de rester à cette position parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec Coventry, Middlesbrough ou Ipswich, des clubs qui peuvent dépenser encore cet hiver. Cela va être très dur pour Alex Neil ( le manager de Millwall). »
À cette dimension économique, l’ancien buteur de l’OM ajouteque « l’autre problème, c’est que c’est un club où tout peut changer très vite » : « En 1988, par exemple, on est montés avec un manager qui s’appelait John Docherty. On était promus et les fans chantaient un chant à son sujet, disons pas très joli, qui disait qu’ils ne l’aimaient pas vraiment. Il avait été le premier à faire monter l’équipe en Première Division, et il avait droit à ce chant! C’est ça, Millwall. Il y a quelques années, j’avais été approché pour le poste de manager et je savais que, même si j’avais été un ancien joueur, cela ne comptait pas. Si les choses ne tournent pas bien pendant deux ou trois semaines, tu ramasses. Et c’est assez intimidant. Marseille peut être très exigeant. Mais Millwall, c’est encore différent. Ils n’ont pas 60000 supporters chaque semaine mais les 15 000 qui vont au stade font vraiment beaucoup de bruit, et ils parlent, et ils crient. Je n’ai pas marqué pendant les deux ou trois premiers matches, et ils étaient tous à m’insulter. Là, tu te dis : “Wow ! Ils m’ont vite adopté!” »
Cascarino se marre à l’évocation de ce souvenir. Puis plonge un peu plus loin dans le temps: « Mon père habitait à 3 km du stade de Millwall, l’ancien Den. C’était vraiment incroyable car, dans les années 1970, il n’y avait jamais de supporters visiteurs parce qu’ils avaient peur d’être agressés. À Arsenal, Tottenham, West Ham, il y avait toujours des supporters adverses. Et je medemandais: “Pourquoi personne ne va à Millwall?” »
Trente ans plus tard, l’atmosphère a un peu changé, les supporters adverses peuvent se rendre au nouveau Den. Mais des rivalités demeurent. « Le pire rival, c’est West Ham, prévient Cascarino. Je me souviens d’un match entre Millwall et West Ham dans les années 1970, même pas un match de Championnat, juste un match honorifique. Ça se battait partout dans les rues. J’ai joué des West Ham-Millwall dans l’ancien Upton Park et tout ce que j’entendais, c’était les sirènes de police, les ambulances, et ça continuait pendant le match. Ces deux clubs-là dans la même division, c’est dangereux. »
Cascarino, aujourd’hui âgé de 63ans, aimerait toutefois revivre une accession de son ancien club: « Quand on a obtenu la promotion à Hull, en mai 1988, j’étais assis dans le vestiaire avec les autres joueurs. Et il y avait beaucoup de supporters de Millwall. À la fin, ils étaient assis à côté de nous dans le vestiaire, on ne savait pas comment ils s’étaient retrouvés là. Ils avaient suivi les joueurs sur la pelouse puis dans le tunnel et jusqu’au vestiaire. Ce ne serait plus possible aujourd’hui. Je m’en souviendrai toute ma vie, il y avait un type qui pleurait, il avait vu Millwall monter pour la première fois de son histoire. Avoir des fans dans le vestiaire, et se demander: “Mais qui va les faire sortir ?” Personne ne les a fait sortir !
(Il se marre.) Donc, oui, j’adorerais les voir monter. En même temps, je croiserais les doigts pour qu’il n’arrive rien de regrettable. C’est une crainte, et les fans doivent la ressentir aussi. Ils se disent : “La Premier League ne veut pas de nous.” Et ils n’ont pas complètement tort. Certains derbys de Londres, c’est toujours : “Espérons que les supporters se tiennent.” Mais il ne faut pas oublier le positif. Ces clubs ont fait des choses dont ils peuvent être fiers. Ils ont changé les communautés où ils sont installés. Millwall a fait un travail incroyable dans South London.»

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