Sam Allardyce - Un ancien si moderne


Sam Allardyce après la montée de Bolton en Premier League, en 2001.

Connu pour avoir réussi de nombreuses opérations sauvetage en Premier League, l’entraîneur septuagénaire s’est appuyé à la fois sur des initiatives innovantes et une tactique assez rustre.

"Généralement, avant ses causeries, son monteur avait préparé dix minutes de séquences genre Vidéo Gag. Honnêtement, ça fonctionnait plutôt DÉFENSEUR bien"
   - GAËL GIVET, ANCIEN DE BLACKBURN

"Peu après ma signature à Bolton, en février, 
Sam m’annonce qu’on part six jours à Dubaï. 
Premier jour sur place, le programme, c’est piscine et plage. 
Deuxième jour ? Piscine et plage. 
Je finis par lui dire : « Y a-t-il un moment où on s’entraîne ? »"
   - YOURI DJORKAEFF

29 Dec 2025 - L'Équipe
PIERRE-ÉTIENNE MINONZIO

Alors qu’ils ne sont plus que trois aujourd’hui en poste dans l’élite outre-Manche, retour sur cinq managers anglais qui, chacun à leur manière, ont marqué l’histoire de la Premier League.

Conteur hors pair, Sam Allardyce n’aime rien tant que décrire les quelques semaines qu’il a passées, à l’été 1983, au sein des Tampa Bay Rowdies, une franchise de soccer établie en Floride. Celui qui s’apparentait alors à un rugueux défenseur avait tenté, comme beaucoup d’autres modestes joueurs professionnels anglais de sa génération, de garnir son compte en banque en rejoignant une formation de NASL. Mais il avait vite déchanté en découvrant les terrains synthétiques, les conditions de jeu étouffantes et un rituel déroutant : un fan des Rowdies jouait de l’orgue très fort pendant les matches, à un rythme de plus en plus élevé lorsque son équipe favorite attaquait.

Si le technicien anglais, âgé de 71ans et actuellement sans poste, évoque si souvent son séjour floridien, c’est surtout parce que, à cette occasion, il a eu une véritable révélation en assistant aux entraînements des Buccaneers, la formation de NFL de Tampa. « Ils avaient des kinés, des médecins disponibles sur site avec des scanners mobiles, trois masseurs, une demi-douzaine de personnes spécialisées dans les strappings, des coaches spécialisés dans la défense, l’attaque, les phases de coups de pied…» , énumère-t-il, émerveillé, dans son ouvrage Big Sam: My Autobiography.

Sa carrière d’entraîneur a débuté huit ans plus tard, en Irlande, à Limerick, où le président l’avait choisi parce qu’il était le premier nom cité dans une liste de coaches disponibles classés par ordre alphabétique. Son parcours sur le banc s’est ensuite prolongé pendant quatre décennies sous une double influence : celle du joueur qu’il était, privilégiant l’impact physique aux subtilités techniques, et celle de la NFL, à travers la pratique des staffs élargis. De sorte, «Big Sam», surnommé ainsi du fait de sa taille (1,91m), qui est généralement caricaturé comme un apôtre invétéré du kick and rush, s’est également distingué par sa quête novatrice des gains marginaux, qui explique en grande partie ses diverses réussites.

On parle ici d’un coach qui a dirigé neuf clubs différents en Premier League (un record), qui a été brièvement sélectionneur de l’Angleterre (2016), qui est parvenu à sauver de nombreuses équipes promises à la relégation (Blackburn Rovers en 2009, Sunderland en 2016, Crystal Palace en 2017, Everton en 2018…) et qui a réussi le tour de force, au cours de son long passage à Bolton (1999-2007), de qualifier les Wanderers pour la première fois de leur histoire en Europe (en 2005).

Écran novateur et pizzas pepperoni

Quand on interroge les joueurs français passés par ce club situé au nord-ouest de Manchester à l’époque où Allardyce était aux commandes, tous soulignent spontanément la qualité du staff qui l’accompagnait et la modernité des outils qu’il utilisait, notamment au niveau de la data. Franck Passi, qui a évolué à Bolton entre 1999 et 2001, se souvient lui que « Sam faisait des analyses de matches sur un écran, et en appuyant sur un bouton, les joueurs que l’on voyait se transformaient d’un coup en pion sur un terrain, ce qui rendait ses démonstrations hyperefficaces… Une fois devenu entraîneur, j’ai essayé de retrouver ce fameux écran, mais je n’y suis jamais parvenu».

Pour autant, certaines innovations initiées par Big Sam à Bolton ne se sont pas révélées probantes, comme lorsqu’il a décidé de suivre les rencontres en tribunes, en restant en contact radio avec l’un de ses assistants resté sur le banc, Phil Brown. Mais leurs échanges étaient souvent perturbés par des interférences causées par un restaurant italien situé à côté du stade, de sorte qu’Allardyce en vint un jour à poser en plein match cette question passée à la postérité : « Phil, c’est toi qui viens de commander deux pizzas pepperoni là?»

Gaël Givet, qui a connu Allardyce à Blackburn en 2009-2010, se rappelle que son son usage intensif, et précurseur, des montages vidéo en amont des coups d’envoi pouvait, là aussi, se révéler contre-productif: «Généralement, avant ses causeries, son monteur avait préparé dix minutes de séquences genre Vidéo Gag. Ça détendait tout le monde et derrière, bim, il prenait la parole, on basculait sur le match et on redevenait sérieux. Honnêtement, ça fonctionnait plutôt bien. En revanche, une fois, il nous avait diffusé un montage qui mélangeait des extraits de films comme Gladiator ou 300 pour nous inciter à aller au combat avant un match à Old Trafford. Et là, ça n’avait pas vraiment marché, car on avait perdu 7-1 ( le 27 novembre 2010). »

Big Sam a devancé la concurrence en Premier League dans un autre domaine: la planification de stages à Dubaï en hiver. Sans pour autant que l’expérience ne laisse un souvenir impérissable à Youri Djorkaeff, passé par Bolton entre 2002 et 2004: «Peu après ma signature à Bolton, en février, Sam m’annonce qu’on part six jours à Dubaï. Premier jour sur place, le programme, c’est piscine et plage. Deuxième jour ? Piscine et plage. Je finis par lui dire: “Y a-t-il un moment où on s’entraîne (il rit) ?” Après, j’ai compris que le but du stage, c’était surtout de favoriser la cohésion de l’équipe.»

Il faut d’ailleurs reconnaître le mérite à Allardyce d’avoir constamment cherché à renouveler ses activités de team building, en organisant pour ses joueurs des compétitions de billard, de golf, de ball-trap… «Une fois, il nous a fait enfiler des costumes de sumo gonflables et on s’était affrontés, c’était à mourir de rire, indique Givet. En gros, dès qu’il sentait qu’on commençait à être un peu crispés au niveau des résultats, il programmait une activité ou une soirée.»

On touche là à l’un des paradoxes de l’entraîneur: lui qui a fait appel à des nutritionnistes dans de nombreux clubs où il a exercé, faisant régulièrement mesurer le taux de masse grasse ses joueurs, n’a jamais vraiment renoncé à la théorie selon laquelle des séances de beuverie collectives se révèlent bénéfiques pour forger un collectif. Au point que, à la fin d’un stage de pré-saison en Croatie avec Blackburn, il avait emmené ses joueurs dans une discothèque, avant de les quitter en confiant à son capitaine, Ryan Nelsen, sa carte bleue et son code PIN, avec cette consigne : « Amusez-vous et mettez tout sur mon compte!»

L’autre paradoxe majeur du parcours d’Allardyce concerne la qualité du jeu proposé par ses équipes, inversement proportionnel au nombre d’adjoints dont il disposait. « Parfois, pendant ses causeries d'avant match, Sam commençait à écrire le nom des titulaires sur un tableau, puis il s’arrêtait d’un coup alors que seulement la moitié de l’équipe était représentée, il balançait le tableau et il disait: “J’en ai rien à f… des noms de ceux qui vont jouer, moi ce que je veux, c’est que vous donniez tout sur le terrain”» , restitue en rigolant Djorkaeff.

Pascal Chimbonda, qui a été dirigé par Big Sam à Blackburn (2009-2010), décrit le style de jeu des Rovers à l’époque: « C’était le recours aux longues touches et aux longues passes vers l’attaquant pour jouer les seconds ballons, l’interdiction de faire des passes dans notre propre camp… » Ce qui lui a valu le sobriquet de « Long Ball Sam » et d’être brocardé en 2014 par José Mourinho, qui estimait que West Ham sous sa direction développait « un football du XIXe siècle» .

Piégé par le « Telegraph »

En ce sens, les soixante-sept jours qu’il a passés en tant que sélectionneur de l’Angleterre en 2016 synthétisent parfaitement les forces et les faiblesses du personnage. Il n’avait dirigé qu’une seule rencontre, particulièrement ennuyeuse, mais finalement victorieuse, les Trois Lions s’étant imposés 1-0 en Slovaquie (le 4 septembre). Quelques jours plus tôt, il avait fait venir, un soir, deux comédiens pour animer un quiz avec les joueurs, contribuant ainsi à détendre un groupe traumatisé par son élimination, trois mois plus tôt, en huitièmes de finale lors de l’Euro face à l’Islande (1-2).

Son mandat s’était conclu dans le fracas, puisqu’il s’était fait piéger par des reporters du Telegraph se faisant passer pour des investisseurs asiatiques, à qui il avait proposé son aide pour contourner des règles sur la tierce propriété des joueurs. Un épisode illustrant la part la plus sombre d’Allardyce, qui a été plusieurs fois soupçonné de malversations sur des transferts. Ce qui a sans doute contribué au fait que son profil ait été constamment ignoré par des clubs du Big Six anglais.

Aujourd’hui, c’est l’ensemble des formations de l’élite anglaise qui donnent l’impression d’avoir pris ses distances avec lui, sans doute parce que ses deux dernières missions sauvetage, avec West Bromwich Albion (en 2021) et Leeds (en 2023), se sont conclues par des échecs. À croire que ses méthodes sont passées de mode ? L’ancien milieu de terrain reconverti en expert de la santé mentale, Paul McVeigh, qui l’a croisé à Palace, n’est pas loin de le penser. «Sam a été visionnaire en développant, dans les années 2000, des champs d’expertise que les autres entraîneurs n’exploraient pas du tout, analyse l’auteur de l’ouvrage The Psychology of Leadership. Mais aujourd’hui, tous les managers de Premier League fonctionnement comme Sam le faisait il y a vingt ans, il ne bénéficie plus de cet avantage compétitif.»

L’intéressé semble en avoir conscience: le mois dernier, alors qu’il était interrogé par Talk Sport sur la possibilité qu’il reprenne son club de coeur, Wolverhampton, actuelle lanterne rouge de la Premier League, le septuagénaire ne s’est pas montré très optimisme: «Je crois comprendre qu’ils cherchent un manager plus jeune…» Avant d’ajouter: «Quand on est à Dubaï, comme je le suis actuellement, on se dit: “Pourquoi on s’embêterait à replonger ?” » Comme s’il était dit, que, de la Floride aux Émirats, sa carrière avait vocation à s’achever comme elle avait débuté: sous le soleil.

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