Encore plus fort?
Déjà auteur d’une saison historique en 2024, Tadej Pogacar a récidivé cette année avec peut-être la plus belle campagne de Classiques jamais réalisée. Entre les deux derniers crus du champion du monde, difficile de dire lequel est le plus impressionnant.
"J’ai même l’impression qu’il a levé le pied en dernière semaine (du Tour de France) pour montrer un visage plus humain, alors que c’est un cannibale"
- ANDY SCHLECK, VAINQUEUR DU TOUR 2010
"Cette année, il a encore été très fort, mais ça aussi c’est impressionnant. Il peut faire deux saisons incroyables de deux façons différentes"
- VINCENZO NIBALI, VAINQUEUR DU TOUR 2014
29 Dec 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS (avec L. H.)
2024 ou 2025? Le doublé Giro-Tour ou une campagne de classiques inédite? Pas facile de choisir tellement l’armoire à trophées de Tadej Pogacar déborde sur ces deux dernières saisons. Pour l’an passé, on a ainsi tendance à souligner cet enchaînement rarissime sur les deux premiers grands Tours du calendrier, mais ce doublé fut illuminé en plus par un premier arc-en-ciel, à Zurich, alors que les victoires aux Strade Bianche, dans Liège-Bastogne-Liège et en Lombardie, passeraient presque pour ordinaires.
Cette saison, la succession de podiums sur les Monuments a fasciné. Cinq sur cinq, une performance unique dans l’histoire, avec des sacres aux Flandres, à Liège, en Lombardie, et en plus un nouveau titre mondial, à Kigali (Rwanda). Le quatrième triomphe dans le Tour de France est presque apparu secondaire, même pour le Slovène lui-même, d’autant qu’il y a si peu tremblé. Quant aux victoires aux Strade Bianche et à la Flèche Wallonne, elles sont déjà aux oubliettes, reléguées, c’est dire.
Alors, comment trancher? Le peut-on seulement tant le champion du monde a évolué ces deux années dans des sphères phénoménales ? Il est compliqué de dégager un critère objectif, même le nombre de victoires ne l’est pas, et donc les 25 bouquets de 2024 ne valent pas forcément mieux que les « seulement » 20 de 2025. On pourrait examiner le poids mental, psychologique, de ces succès et dans ce cas, peut-être que 2024 aura été plus exigeante, pesante pour Pogacar (27 ans).
L’usure endurante et lancinante d’un grand Tour semble de moins en moins lui convenir, même si les Classiques figurent un combat cérébral qui n’est pas non plus évident, un test d’adrénaline, l’obligation de répondre présent à un moment précis, sans session de rattrapage. On pourrait tout simplement dire que l’on s’en fiche, que c’est une conversation de comptoir, mais en réalité, cette question interroge les fondements de notre rapport au cyclisme, de notre sensibilité.
Elle rejoint un débat ontologique qui traverse ce sport, sur ce qui en est l’essence, son magma, entre l’électricité, le fil du rasoir des Classiques et la grande oeuvre, le temps long d’un Tour de France ou d’un Giro. Chacun aura donc sa réponse, et c’est un bon cas d’étude, pas de Pogacar, qui lui gagne de toute manière partout sans distinction, mais du sens que chacun veut trouver dans le cyclisme.
À ce propos, et sans vouloir influencer la discussion, le premier Paris-Roubaix du Slovène revient sans cesse dans les bilans, tant sa prestation sur les pavés a subjugué, alors qu’il n’a même pas gagné, ce qui prouve bien, encore une fois, à quel point tout cela est impalpable. Coureur de grands Tours même s’il a également triomphé dans Liège-Bastogne-Liège (2009), Andy Schleck explique que Pogacar l’a « plus impressionné cette saison » . « Pour sa campagne de classiques » , bien sûr, mais aussi « pour son Tour de France » .
« L’écart de niveau avec les autres…, appuie le vainqueur du Tour de France 2010. J’ai même l’impression qu’il a levé le pied en dernière semaine pour montrer un visage plus humain, alors que c’est un cannibale. »
Quand il a consulté le palmarès par saison du leader d’UAE devant nous, Geraint Thomas est resté pantois. « C’est irréel quand on le regarde comme ça » , a lâché le Gallois. Comme le Luxembourgeois, il vote en faveur de 2025.
La plus belle victoire de sa carrière reste le Tour de France 2018, mais Thomas est allé se frotter aux flandriennes – vainqueur du GPE3 2015, 8e des Flandres et 7e de Roubaix en 2014 –, alors il connaît la difficulté de la versatilité. « Je choisis cette saison à cause de cette campagne de classiques et de Roubaix, justifie le nouveau directeur course d’Ineos. D’être compétitif face à des gars totalement différents, Van der Poel et ce groupe-là… C’est Van der Poel mais fort dans les Alpes, c’est dément. » Vincenzo Nibali, lui, prend le contre-pied.
Le Sicilien, vainqueur des trois grands Tours mais aussi de Milan-San Remo et de deux Tours de Lombardie, retient 2024 et le doublé, « si rare, quasi unique, qu’on n’avait pas vu depuis (Marco) Pantani (en 1998) » . « Surtout qu’il a ajouté la victoire au Mondial, complète l’Italien. Cette année, il a encore été très fort, mais c’est totalement différent et ça aussi c’est impressionnant, il peut faire deux saisons incroyables de deux façons différentes. » Trouvera-t-il une troisième voie en 2026 alors que tout le monde attend un signe d’affaissement ? Il n’a plus besoin d’être aussi glouton, il sait que la prochaine étape de sa grandeur passe par Milan-San Remo et Paris-Roubaix.
***
Ancora più forte?
Già autore di una storica stagione nel 2024, Tadej Pogačar ha bissato il successo quest'anno con quella che è forse la più bella campagna di Classiche mai realizzata. Tra le ultime due stagioni del campione del mondo, è difficile dire quale sia stata la più impressionante.
“Ho persino l'impressione che abbia rallentato il ritmo nell'ultima settimana (del Tour de France) per mostrare un lato più umano, mentre in realtà è un cannibale”
- ANDY SCHLECK, VINCITORE DEL TOUR 2010
“Anche in quest'anno è stato molto forte,
ma anche questo è impressionante.
Può fare due stagioni straordinarie e in due modi diversi”
- VINCENZO NIBALI, VINCITORE DEL TOUR 2014
29 dicembre 2025 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS (con L. H.)
2024 o 2025? La doppietta Giro-Tour o una campagna di classiche senza precedenti? Non è facile scegliere, vista la ricchezza del palmarès di Tadej Pogačar nelle ultime due stagioni. Per l'anno scorso, si tende a sottolineare questa rarissima serie di successi nei primi due grandi Giri del calendario, ma quella doppietta è stata illuminata anche da un primo arcobaleno, a Zurigo, mentre le vittorie alla Strade Bianche, alla Liegi-Bastogne-Liegi e in Lombardia sembrerebbero quasi ordinarie.
In questa stagione, la serie di podi conquistati nei Monumenti è stata affascinante. Cinque su cinque, una prestazione unica nella storia, con vittorie al Fiandre, alla Liegi, al Lombardia e, in più, un secondo titolo mondiale consecutivo, a Kigali (Ruanda). Il quarto trionfo al Tour de France è sembrato quasi secondario, anche per lo stesso sloveno, tanto più che non ha tremato quasi per niente. Quanto alle vittorie alla Strade Bianche e alla Freccia Vallone, sono già state dimenticate, relegate nel dimenticatoio, per così dire.
Allora, come decidere? È possibile farlo, visto che il campione del mondo ha raggiunto livelli fenomenali in questi due anni? È difficile stabilire un criterio oggettivo, nemmeno il numero di vittorie lo è, e quindi i 25 successi del 2024 non valgono necessariamente più dei “soli” 20 del 2025. Si potrebbe esaminare il peso mentale e psicologico di quei successi e, in tal caso, forse il 2024 è stato più impegnativo e pesante per Pogačar (27 anni).
L'usura resistente e lancinante di un grande Giro sembra adattarsi sempre meno a lui, anche se le Classiche rappresentano una sfida mentale non facile, una prova di adrenalina, l'obbligo di essere presenti in un dato momento, senza possibilità di recuperare. Si potrebbe semplicemente dire che non importa, che è solo una chiacchiera da bar, ma in realtà questa domanda mette in discussione i fondamenti del nostro rapporto con il ciclismo, della nostra sensibilità.
Si inserisce in un dibattito ontologico che attraversa questo sport, sulla sua essenza, il suo magma, tra l'elettricità, il filo del rasoio delle Classiche e la grande opera, i tempi lunghi di un Tour de France o di un Giro. Ognuno avrà quindi la propria risposta, ed è un buon caso di studio, non su Pogačar, che comunque vince ovunque senza distinzioni, ma sul significato che ognuno vuole trovare nel ciclismo.
A tal proposito, e senza voler influenzare la discussione, la prima Parigi-Roubaix (da professionista, ndr) dello sloveno torna continuamente nei resoconti, tanto la sua prestazione sul pavé ha affascinato, anche se nemmeno ha vinto, il che dimostra ancora una volta quanto tutto questo sia impalpabile. Corridore da grandi giri, anche se ha trionfato anche nella Liegi-Bastogne-Liegi (2009), Andy Schleck spiega che Pogačar lo ha “impressionato di più in questa stagione”. “Per la sua campagna nelle classiche”, naturalmente, ma anche “per il suo Tour de France”. “Il divario di livello con gli altri...”, sottolinea il vincitore del Tour de France 2010. “Ho persino l'impressione che abbia rallentato il ritmo nell'ultima settimana per mostrare un volto più umano, mentre in realtà è un cannibale”.
Quando ha consultato l'albo d'oro stagionale del leader della UAE davanti a noi, Geraint Thomas è rimasto sbalordito. «È irreale quando lo si guarda in questo modo», ha esclamato il gallese. Come il lussemburghese, anche lui vota a favore del 2025.
La vittoria più bella nella sua carriera rimane il Tour de France 2018, ma Thomas ha affrontato le classiche delle Fiandre – vincitore del GPE3 (la Saxo Classic, ndr) nel 2015, ottavo al Fiandre e settimo alla Roubaix nel 2014 – conosce quindi bene le difficoltà della versatilità. «Ho scelto la scorsa stagione per via della campagna delle classiche e di Roubaix», spiega il neodirettore sportivo della Ineos. «Essere competitivi contro avversari completamente diversi, van der Poel e quel gruppo... È van der Poel, ma va forte anche sulle Alpi, è pazzesco».
Vincenzo Nibali, invece, la pensa diversamente. Il siciliano, vincitore dei tre grandi Giri ma anche della Milano-Sanremo e di due Giri di Lombardia, punta sul 2024 e sulla doppietta, «così rara, quasi unica, che non si vedeva dai tempi di (Marco) Pantani (nel 1998)». «Soprattutto perché ha aggiunto la vittoria ai Mondiali», aggiunge l'italiano. «Quest'anno è stato ancora molto forte, ma è completamente diverso e anche questo è impressionante, può fare due stagioni straordinarie in due modi diversi». Troverà una terza via nel 2026, mentre tutti si aspettano un segno di cedimento? Non ha più bisogno di essere così avido, sa che la prossima tappa della sua grandezza passa per la Milano-Sanremo e la Parigi-Roubaix.
Commenti
Posta un commento