Et Bardot créa BB


BRIGITTE BARDOT (1934-2025)

La pilule est loin, le MLF pas même encore dans les cartons. Bardot apparaît comme une promesse de liberté.

Déjà star, devenue une icône avec Et Dieu… créa la femme, elle avait dit adieu aux écrans il y a cinquante ans mais restait un mythe. Ses sympathies à l’extrême droite et ses propos racistes ont fortement terni son image.

Brigitte Bardot est morte dimanche à l’âge de 91 ans.


29 dic 2025 - L'Humanité
MAURICE ULRICH

BB avait quitté les écrans en ... 1973. Brigitte Bardot est morte dimanche 28 décembre à Saint-tropez, elle avait 91 ans. On pourrait commencer par cette improbable rencontre dont témoignent quelques photos. Sur l’une d’elles, elle est debout, les jambes bien plantées dans le sol avec le maintien de la danseuse qu’elle est. Chaussée de simples ballerines, elle porte une robe à fleurs au décolleté en carré, à la jupe largement évasée. Devant elle se tient un petit homme râblé, avec une chemise en damier. La vaste pièce est encombrée de sculptures, de tableaux. C’est Picasso. Il a 74 ans, elle en a 21. Au Festival de Cannes, nous sommes en 1956, elle n’a encore que quelques films à son actif, dont le Trou normand, de Jean Boyer, avec Bourvil, le racoleur Manina, la fille sans voiles, de Willy Rozier, un rôle secondaire dans les Grandes Manoeuvres, de René Clair, un autre dans un péplum américain de Robert Wise, Hélène de Troie…

À Cannes, pourtant, elle éclipse toutes les actrices et même les stars que sont Sophia Loren et Gina  Lollobrigida. Les photographes ne voient qu’elle. Elle découvre en projection le documentaire d’Henri-Georges Clouzot, le Mystère Picasso. Il n’est pas loin, à Vallauris. Que se disent-ils ? On l’ignore, mais à l’évidence, ils se comprennent. On s’attendrait à ce qu’il fasse son portrait. Il ne le fera pas. Il aurait pu, même après une simple entrevue. Il l’avait déjà fait deux ans auparavant pour une de ses jeunes voisines, Sylvette David, à qui, deux heures après l’avoir entrevue, il apporte deux dessins d’elle. Mais sans doute Bardot est-elle « trop », comme on dit aujourd’hui. Trop belle, trop gracieuse, trop libre… Picasso le Minotaure a besoin de dominer, mais là, il est devant une égale, dans deux mondes différents. Ils sont comme deux étoiles qui ne se ressemblent en rien mais de même intensité. Deux ans auparavant, Roland Barthes a déjà inscrit Bardot dans ses Mythologies, comme la DS 19, la déesse, bien sûr, le jeu de mots est vendu avec. « Elle représente un érotisme dépouillé de tous ces substituts faussement protecteurs qu’étaient le semi-vêtement, le fard, le fondu, l’allusion, la fuite. »

LES AMÉRICAINS INVENTENT LE TERME DE BARDOLÂTRIE

L’explosion pourtant n’a pas encore eu lieu. Quelques mois après, le mambo qu’elle danse devant Curd Jürgens et Jean-louis Trintignant est une bombe à fragmentation. Les pieds nus, ses longues cuisses dévoilées dans le mouvement. C’est une transe magique, tribale. Un saint, écrit Simone de Beauvoir, « vendrait son âme au diable pour la voir danser » . Et Dieu… créa la femme, de Roger Vadim, qui est encore son mari alors que sur le tournage elle va commencer une nouvelle histoire avec JeanLouis Trintignant, est un manifeste de liberté et de sensualité. Nous sommes en novembre 1956. Un mois auparavant, invitée à Londres, elle a rencontré la reine d’angleterre et croisé Marilyn Monroe.

Sur les Champs-Élysées, l’affiche du film proclame : « Dieu créa la femme… et le diable inventa BB. » La femme. Ce n’est pas la Sainte Vierge, la mère de famille, la compagne de l’homme. La femme dans son essence, sa vérité de femme.

La pilule est loin, l’avortement est toujours sévèrement sanctionné, le MLF n’est même pas encore dans les cartons. Bardot ne sera jamais de ces combats-là mais elle apparaît, une douzaine d’années seulement après la Seconde Guerre mondiale, comme une promesse de liberté. Elle chante aussi, et Harley Davidson, écrite pour elle par Gainsbourg, va imprimer cette image.

La petite bourgeoise née à Paris n’était pas spécialement destinée à cela. Son père est un industriel, catholique convaincu, descendant d’un maréchal d’empire ; sa mère, fille d’un directeur de société d’assurances, voulait être ballerine et va reporter sur elle son désir contrarié, gifles à l’appui s’il le faut pour qu’elle se tienne droite. Elle a 15 ans quand la directrice du magazine Elle et du Jardin des modes, Hélène Lazareff, une amie de sa mère, la remarque. Elle fait la une de Elle. Le réalisateur Marc Allégret lui fait tourner une scène dans Les lauriers sont coupés. Elle donne la réplique à Roger Vadim qui est son assistant. Ils sont amoureux, mais papa et maman Bardot ne l’entendent pas ainsi. La jeune fille fait une tentative de suicide, alors oui, ils pourront se marier, mais quand elle aura 18 ans.

Et Dieu… créa la femme ne séduit pas d’emblée le public ni la critique en France, à l’exception notable de Chabrol, Truffaut et Godard, mais quelques mois plus tard, il triomphe aux États-unis, puis en Angleterre, en Allemagne et fait un retour de tsunami en France. Les Américains inventent le terme de bardolâtrie. BB est née. Ce n’est pas une actrice mais une icône. On va s’intéresser autant, sinon plus, à ses amours qu’à ses films. Sa grossesse, qu’elle vivra douloureusement, presque sur le mode du refus, et la naissance de son fils Nicolas, qu’elle a avec l’acteur Jacques Charrier, sont des événements nationaux et même au-delà des frontières. Elle achète son refuge, la Madrague, dans ce qui n’est encore qu’un village de pêcheurs. « Je me crée mon monde à l’intérieur du monde des autres. » Celui-ci l’atteint, toutefois. Trintignant a dû partir en Algérie… En 1961, L’OAS, qui multiple les attentats criminels au nom de l’algérie française, veut la racketter en la menaçant. L’humanité va publier sa réponse à la une, avec sa photo : « Moi, je ne marche pas, parce que je n’ai pas envie de vivre dans un pays nazi. »

Trois films, ou quatre si l’on retient le délicieux l’ours et la poupée (1970) de Michel Deville, vont marquer profondément son parcours. La Vérité, de Clouzot, en 1960, avec un tournage difficile, suivi par une nouvelle tentative de suicide après celle de son adolescence. Vie privée, de Louis Malle, un an plus tard, avec là aussi un tournage difficile, en Suisse. Elle est insultée publiquement : « La putain, en France. Qu’elle aille chez elle faire ses saloperies ! » Dans le film où Malle la saisit souvent en gros plan, une femme l’invective : « Ça gagne des millions pour se montrer à poil et pendant ce temps-là, mon frère il est en Algérie. » Dans le Mépris, en 1963, de Godard d’après Moravia, on retient souvent la scène dite « culte » où elle interroge Piccoli – « Tu les trouves jolies, mes fesses ? » –, mais la vérité du film est davantage dans son regard, lorsqu’elle comprend pourquoi il la laisse seule avec le producteur du film en chantier. Au fond, c’est peut-être son plus grand rôle, celui où Godard semble traduire en images ce qu’elle dira elle-même plus tard : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. »

PIONNIÈRE DE LA CAUSE ANIMALE

En 1973, alors qu’elle tourne avec Nina Companeez l’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-chemise, elle se trouve soudain stupide en se regardant costumée dans un miroir : « Tout cela me sembla dérisoire, superflu, ridicule, inutile. » Elle met fin à sa carrière d’actrice. Les icônes sont toujours des mensonges.

C’est désormais à Brigitte Bardot de jouer son propre rôle. Elle a commencé dès 1962 en obtenant après une émission de télévision et une entrevue avec le ministre de l’intérieur d’alors, Roger Frey, la généralisation du pistolet d’abattage pour une mort indolore du gros bétail. En 1976, sa campagne pour les bébés phoques secoue l’opinion. On s’émeut ou on la raille : que va-t-elle faire sur cette banquise ? On stigmatise ce qu’on pense être sa méconnaissance de la vie des Inuits… Reste que cette chasse annuelle aux jeunes animaux assommés, parfois dépecés encore vivants, pour les fourrures blanches que vont porter les riches élégantes, est assez abominable. Elle reçoit de multiples soutiens dont celui de l’académicienne Marguerite Yourcenar. L’union européenne finit par interdire l’importation de ces fourrures. On passe de 200 000 phoques abattus en 1981 à 20 000 en 1985. En 1986, elle crée la Fondation Brigitte Bardot pour la protection des animaux. Elle va obtenir de réelles avancées dans le traitement de la souffrance animale et le regard porté sur ce qui est devenu un véritable sujet sociétal et politique, que l’on parle des fermes industrielles, des poules en cage, des abattoirs, des animaux de cirque…

Cela n’empêche pas les critiques acerbes à son encontre. En 1990, Marlene Dietrich dit, dans Paris Match : « Brigitte Bardot est encore une légende vivante mais elle est devenue tellement bizarre qu’il est impossible de lui garder intacte son aura d’autrefois. L’admiration qu’elle voue aux chiens est effarante quand on pense à l’horreur dans laquelle se débat le monde, face à la mort, la douleur, la misère et le désespoir des enfants malades et affamés. »

Quelques années plus tard, c’est le père de son propre enfant, Jacques Charrier, qui répond à ses mémoires, Initiales B.B., référence à Gainsbourg : « Pour elle, l’humanité se divise en trois : les êtres humains (race inférieure et méprisable), les animaux (dignes d’être aimés) et elle-même (digne d’être adulée). » Ce sont les annonces de ses dernières années. Elle dit, elle écrit ouvertement sa haine de l’humanité, elle vit avec ses chiens, son compagnon Bernard d’ormale, un proche des Le Pen. Elle multiplie les déclarations abjectes et racistes sur les musulmans ou les Réunionnais qui ont des « gènes de sauvages » et « des réminiscences de cannibalisme ». Condamnée à de fortes amendes à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale, elle semble en tirer des raisons de persister et signer. Politiquement, elle se lie à l’extrême droite et apporte son soutien aux candidatures présidentielles de Marine Le Pen en 2012 puis d’Éric Zemmour en 2022, avant de se raviser en faveur de Nicolas Dupont-Aignan.

Quelques très rares déclarations font penser à une courte embellie. Sur les gilets jaunes, elle dit, dans le Parisien : « Vous avez d’un côté des ministres avec chauffeurs, de l’autre des gens qui ont trois francs six sous pour finir le mois. Je vais finir par devenir communiste… non, quand même pas. Mais Macron tue les petites gens. » Ces petites gens qu’elle n’a jamais connues. Elle retourne à ses chiens. On pense de nouveau à ses mots : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. » C’était assez, peut-être.

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Regonfler la loi

Les aides versées aux entreprises représentent le premier poste budgétaire de l’état.

29 Dec 2025 - L'Humanité
PAR LAURENT MOULOUD

Michelin ne s’est pas dégonflé. Dans un arrêté paru vendredi 26 décembre au Journal officiel, le groupe de pneumatiques a remboursé 4,3 millions d’euros à l’état. Une somme qui correspond au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) que l’entreprise avait perçu pour l’achat de huit machines-outils destinées au site de La Roche-sur-yon, mais dont six ont été expédiées en Espagne et en Roumanie avant que l’usine vendéenne ferme ses portes. Ce détournement d’argent public avait été souligné lors de la commission d’enquête parlementaire menée en tant que rapporteur par le sénateur communiste et directeur de l’humanité, Fabien Gay. À l’époque, le patron de Michelin, Florent Menegaux, ne pouvant nier l’évidence, avait estimé « pas anormal » que sa société le rembourse. Il a tenu parole.

Ce geste n’est pas que symbolique. Il crée un précédent qui doit servir d’électrochoc. Les aides versées aux entreprises – 211 milliards d’euros en 2023 – représentent le premier poste budgétaire de l’état. Censées soutenir l’emploi et l’investissement, elles sont pourtant distribuées sans contreparties. Et s’évaporent, pour une part, en dividendes, rachat d’actions, voire – paradoxe suprême – en plan de licenciements et en fermeture de sites. Ce scandale discret mine la justice sociale et alimente la défiance. Derrière chaque euro public, un citoyen paie et attend que cet argent serve le bien commun. Pas la destruction industrielle et la rente de quelques-uns. Les entreprises ne peuvent être exonérées de comptes à rendre et des « efforts » que l’état impose, chaque jour, au reste des citoyens et travailleurs.

La conditionnalité des aides publiques est une nécessité démocratique, éthique, sociale et économique. Et le cas Michelin montre que cela est possible. Mais l’exemplarité ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté des entreprises. Il revient à l’état d’instaurer des règles par la loi : lier ces aides à des engagements sociaux et environnementaux, contrôler leur usage, exiger leur remboursement en cas de tricherie. Cet encadrement, loin de disqualifier le soutien aux entreprises, permettra de le légitimer aux yeux de tous. Et surtout de le rendre efficient.

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29 Dec 2025 - L'Humanité
MARIE-JOSÉ SIRACH

Et Dieu… créa la femme, de Roger Vadim (1956)

Le film qui propulsa l’actrice au rang d’icône mondiale. Sous la caméra de Roger Vadim, son mari d’alors, Brigitte Bardot campe une orpheline d’à peine 18 ans, sauvage et libre, qui aime comme bon lui semble dans un Saint-tropez qui n’est encore qu’un petit port de pêche. Sur le tournage, c’est un coup de foudre réciproque avec Jean-louis Trintignant. S’il ne fallait retenir qu’une seule image : la scène du mambo où, sous le regard médusé des hommes, elle se lance dans une danse endiablée. « Dieu créa la femme… et le diable inventa BB » , peut-on lire sur l’affiche du film, sur les Champs-Élysées.

La Vérité, d’Henri-Georges Clouzot (1960)

Si le tournage fut un « cauchemar » , Bardot a toujours dit que ce fut là son « meilleur film » . Elle y joue le rôle d’une jeune femme accusée du meurtre de son amant. Face à ses juges – que des hommes –, face à la vox populi qui occupe jusqu’au moindre strapontin du tribunal, ce n’est pas tant la criminelle qu’une femme « aux moeurs légères » qui est accusée. L’actrice se défend, provoque, désarçonne. Le visage marqué, les cheveux en chignon, face à des mastodontes du cinéma tels Charles Vanel ou Paul Meurisse, elle se révèle une grande comédienne, tout simplement sublime.

Le Mépris, de Jean-Luc Godard (1963)

Adapté du roman d’alberto Moravia, ce film est à la fois une réflexion sur le cinéma (ses conditions de production, son financement) et sur les relations tourmentées d’un couple formé par Brigitte Bardot et Michel Piccoli. Dans cette tragédie qui se joue sous le ciel bleu foudroyant de la Méditerranée, Bardot, inoubliable de beauté et de folie douce, incarne la passion, le doute, la jalousie, le passage de l’amour au mépris… Piccoli dira qu’il a tourné là « une des plus grandes scènes d’amour (qu’il ait) jamais jouées » .

Paparazzi, de Jacques Rozier (1963)

C’est sur le tournage du Mépris que Jacques Rozier, à la demande de Godard, réalise ce documentaire de vingt-deux minutes. Avec la complicité de Bardot et même des photographes chasseurs de scoops, Rozier filme la traque incessante de l’actrice sur terre comme sur mer par ces paparazzi qui semblent tout droit sortis de la Dolce Vita. Le montage-collage dynamique, la partition musicale, le texte dit par Piccoli, les scènes de complicité et de fous rires entre Bardot et Piccoli et les colères de Godard contre les photographes sont précieux.

Viva Maria !, de Louis Malle (1965)

Au journaliste qui demandait à Brigitte Bardot et Jeanne Moreau : « Dans le film, qui crève l’écran ? » , Bardot répond : « La bombe ! » Ce qui fit éclater de rire sa partenaire. Louis Malle, qui avait réalisé Ascenseur pour l’échafaud et Zazie dans le métro, surprend en tournant ce western au féminin un brin anarchiste. Dans un pays d’amérique latine au début du siècle passé, Maria et Maria forment un duo de music-hall. De danseuses à révolutionnaires, il n’y a qu’un pas qu’elles franchissent, dans la bonne humeur. Leur complicité crève l’écran… quand ce ne sont pas des bombes.

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