Trois grands Tours, un défi à sa démesure
Tadej Pogačar, ici au départ de la dernière étape du Tour entre Mantes-la-Ville et Paris Champs-Élysées, le 27 juillet, a conquis un quatrième Maillot Jaune cette année. Il peut égaler le record en juillet prochain.
Si aucun coureur n’est jamais parvenu à remporter le Giro, le Tour et la Vuelta au cours de la même saison, Tadej Pogačar y pense dans un coin de sa tête.
"Je ne pense pas que ce soit une question d’âge,
il s’agit plutôt de maintenir la motivation.
Et plusieurs éléments entrent en jeu,
notamment la nouveauté de l’objectif"
- JEROEN SWART, DIRECTEUR DE LA
PERFORMANCE D’UAE EMIRATES XRG
29 Dec 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
Il avait très bien compris la question, en tout cas le terrain sur lequel on voulait l’amener:
« Pouvez-vous gagner les trois grands Tours ? » Avec sa roublardise non-feinte, il a tenté d’esquiver et de se glisser dans l’espace vide délaissé. « En une seule saison ? » , a-t-il demandé, sourire en coin. À partir du moment où il a remporté quatre Tours de France, un Giro, rien ne s’oppose à ce qu’il en fasse de même un jour sur la Vuelta, épreuve qu’il a disputée à une seule reprise (3e en 2019).
Mais la question est en effet de savoir s’il peut réaliser cet exploit sur dix mois. À ce petit jeu, il noierait volontiers un hareng.
« Je ne sais pas, il faut voir avec les patrons de l’équipe et tous les autres coureurs. Parce que j’estime que ce n’est pas vraiment juste de disputer tous les grands Tours alors que nous avons tellement d’autres gars capables de les gagner. Et je n’ai pas besoin d’être obsédé par tout ça, d’avoir une soif insatiable de victoires. Je ne veux pas juste penser à moi et à mes résultats. »
Dernière relance désespérée sur la faisabilité, physique, d’un tel enchaînement: « Je pense que oui. » Et toujours ce petit rictus malin car non seulement il se sait capable d’avaler neuf semaines de grands Tours, mais il a, dans un coin de la tête, ce fantasme. Selon Jeroen Swart, directeur de la performance d’UAE Emirates-XRG, « on en parle de temps en temps, mais rien de concret. Je pense que pour un cycliste de son niveau, c’est presque mythique. Est-il possible de remporter les trois grands Tours en une seule saison? Bien sûr, il y pense, nous aussi, mais rien n’est encore prévu. On verra bien. »
Un glouton en quête de découvertes
Ce ne sera pas en 2026 puisqu’il a révélé son programme début décembre et qu’il aura des Classiques à remporter (de nouveau les Strade Bianche, le Tour des Flandres) ou à conquérir (Milan-San Remo, Paris-Roubaix) mais on peut imaginer qu’une fois un cinquième Tour de France accroché, ses dirigeants lui lâcheront un peu de mou au crépuscule de sa carrière.
Et s’il a beau nier que les livres d’histoire l’intéressent, il demeure un glouton en quête de découvertes, de courses qu’il n’a jamais gagnées, mais également d’enchaînements que personne n’a réussis. Et pour cause, jusqu’en 1995, la Vuelta se disputait au printemps et non pas en septembre, ce qui a compliqué les desseins d’un autre Cannibale (Eddy Merckx), voire du Blaireau (Bernard Hinault, *).
Au coeur d’un cyclisme contemporain qui explose tous les compteurs, ce ne sera pas plus facile mais, techniquement, c’est réalisable et, ces dernières années, quelques coureurs ont consacré des saisons à des courses de trois semaines mais sans un rôle de leader au classement général, pas sur les trois Tours en tout cas pour Sepp Kuss en 2023 (vainqueur de la Vuelta) et Alejandro Valverde en 2016. D’autres avec un statut clairement d’électron libre ou de gregario: Sylvain Chavanel en 2015, Thomas De Gendt en 2019 et Adam Hansen, le stakhanoviste, présent sur le Giro, le Tour et la Vuelta sur cinq saisons de suite (2012 à 2017).
À hauteur d’un leader, c’est différent mais « si c’est bien géré, Tadej peut le faire, estime Pavel Sivakov, son équipier chez UAE. S’il le veut, physiquement, il peut. C’est plus mentalement que cela doit être compliqué à réaliser. Il faut dédier une saison et ne pas courir autour. Ce n’est peut-être pas la saison la plus fun au final ( S’il a rempli “sa liste” de victoires et que le dernier grand truc qu’il lui reste, c’est de gagner les trois Tours en une année, pourquoi pas? Et s’il y en a un qui peut le faire, c’est lui. »
Mot pour mot, c’est la première phrase de Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, sondé sur le sujet, avant d’enchaîner : « Tout ce qu’on ne peut pas imaginer avec d’autres est différent avec lui. J’ai longtemps dit que j’aimais l’époque bénie d’Eddy Merckx parce qu’on voyait des coureurs de mars à octobre et c’est revenu avec Pogacar. Je ne suis pas médecin ou entraîneur mais quand on voit la manière dont il a gagné en 2025, ce n’est pas forcément illusoire. »
Aux premières loges l’été dernier, quand le Slovène s’est crispé en même temps qu’un de ses genoux grinçait et que le protocole chronophage l’agaçait, le patron du Tour considère, comme Sivakov, qu’un tel exploit reposerait sur une fraîcheur mentale impossible à anticiper, une saison monacale. « Avec le maillot de leader, son statut de super vedette de sa discipline, c’est lourd, pesant. Mais je me réfère à Eddy Merckx encore: cela fait plusieurs années qu’il dit que s’il y en a un qui peut réussir ça, c’est Pogacar. »
Son entraîneur Javier Sola répète à l’envi qu’il n’a jamais vu un tel athlète, dans sa faculté de récupération notamment et il juge même « qu’il peut encore progresser. » « Concernant la fatigue mentale, c’est assurément un facteur, note de son côté Swart. « Je ne pense pas que ce soit une question d’âge, il s’agit plutôt de maintenir la motivation. Et plusieurs éléments entrent en jeu, notamment la nouveauté de l’objectif. » Sans se projeter sur un triptyque Giro-Tour-Vuelta, Sola expliquait il y a quinze jours vouloir, avec son poulain, « gagner d’autres courses, atteindre d’autres objectifs. Et je pense que c’est quelque chose qu’il faut préparer dès maintenant. Quand il se sentira prêt, ce sera probablement le moment. » Cela pourrait arriver très vite.
(*) Eddy Merckx a empilé 4 grands Tours sur 2 saisons (Giro et Tour 1972; Vuelta et Giro 1973); Bernard Hinault en compte 3 d’affilée (Giro 1982, Tour 1982 et Vuelta 1983) quand Chris Froome a enchaîné leTour et la Vuelta en 2017 puis le Giro en 2018.
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Tadej Pogačar, qui alla partenza dell'ultima tappa del Tour, da Mantes-la-Ville a Parigi-Champs-Élysées, lo scorso 27 luglio, ha conquistato la quarta Maglia Gialla quest'anno. Potrebbe eguagliare il record il prossimo luglio.
Tre grandi giri, una sfida senza precedenti
Sebbene nessun corridore sia mai riuscito a vincere Giro, Tour e Vuelta nella stessa stagione, Tadej Pogačar ci sta pensando in un angolo della sua mente.
"Non credo sia una questione di età,
si tratta piuttosto di mantenere la motivazione.
E diversi fattori entrano in gioco,
in particolare la novità dell'obiettivo"
- JEROEN SWART, DIRETTORE DELLA
PERFORMANCE DI UAE EMIRATES XRG
29 dicembre 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
Aveva capito perfettamente la domanda, o almeno il terreno su cui volevamo portarlo: “Riuscirai a vincere i tre grandi Giri?” Con la sua astuzia genuina, ha cercato di schivare la domanda e di infilarsi nello spazio vuoto che gli era stato lasciato libero. «Nella stessa stagione?», ha chiesto con un sorriso ironico. Dal momento che ha vinto quattro Tour de France e un Giro, nulla gli impedisce di fare lo stesso un giorno alla Vuelta, gara che ha disputato solo una volta (3° nel 2019; al debutto da pro', ndr).
Ma la domanda è: riuscirà a realizzare questa impresa in dieci mesi? A questo gioco, sarebbe ben felice di affogare un'aringa.
«Non lo so, bisogna vedere con i dirigenti della squadra e tutti i miei compagni. Perché ritengo non sia proprio giusto disputare tutti i grandi giri quando abbiamo tanti altri ragazzi in grado di vincerli. E non ho bisogno di essere ossessionato da tutto questo, di avere una sete insaziabile di vittorie. Non voglio pensare solo a me stesso e ai miei risultati".
Ultimo disperato tentativo di verificare la fattibilità fisica di una simile impresa: «Penso di sì». E sempre con quel sorrisetto malizioso, perché non solo sa di essere in grado di affrontare nove settimane di grandi giri, ma in fondo alla sua mente c'è questo sogno. Secondo Jeroen Swart, direttore delle prestazioni alla UAE Emirates-XRG, «ne parliamo di tanto in tanto, ma nulla di concreto. Penso che per un corridore del suo livello, sia quasi mitico. È possibile vincere i tre grandi giri nella stessa stagione? Certo, lui ci sta pendando, e anche noi, ma non c'è ancora niente di programmato. Vedremo».
Un avido alla ricerca di nuove conquiste
Non sarà nel 2026, dato che ha rivelato il suo programma all'inizio di dicembre e che avrà delle Classiche da vincere (di nuovo la Strade Bianche, il Giro delle Fiandre) o da conquistare (Milano-Sanremo, Parigi-Roubaix), ma si può immaginare che una volta conquistato il quinto Tour de France, i suoi dirigenti gli daranno un po' di tregua al tramonto della sua carriera.
E anche se nega di essere interessato agli annali del ciclismo, resta un avido cercatore di scoperte, di gare che non ha mai vinto, ma anche di combinazioni che nessuno ha mai realizzato. E a ragione, perché fino al 1995 la Vuelta si disputava in primavera e non a settembre, il che ha complicato i piani di un altro Cannibale (Eddy Merckx) e persino del Tasso (Bernard Hinault)*.
Nel cuore di un ciclismo contemporaneo che fa saltare tutti i record, non sarà più facile, ma tecnicamente è fattibile e, negli ultimi anni, alcuni corridori hanno dedicato stagioni a gare di tre settimane senza però ricoprire un ruolo di leader nella classifica generale, almeno non nei tre Tour de France, come nel caso di Sepp Kuss nel 2023 (vincitore della Vuelta) e Alejandro Valverde nel 2016. Altri con uno status di battitore libero o da gregario: Sylvain Chavanel nel 2015, Thomas De Gendt nel 2019 e Adam Hansen, lo stacanovista, presente al Giro, al Tour e alla Vuelta per cinque stagioni consecutive (dal 2012 al 2017).
A livello di leader è diverso, ma «se gestito bene, Tadej può farcela», ritiene Pavel Sivakov, suo compagno di squadra alla UAE. Se lo vuole, fisicamente può farlo. È più a livello mentale che deve essere complicato da realizzare. Bisogna dedicarvi un'intera stagione e non correre di qua e dilà. Forse alla fine non sarà la stagione più divertente (Se ha completato la “sua lista” di vittorie e l'ultima grande impresa che gli resta è vincere i tre Tour in un anno, perché no? E se c'è qualcuno che può farlo, quello è lui.")
Parola per parola, questa è la prima frase pronunciata da Christian Prudhomme, direttore del Tour de France, intervistato sull'argomento, prima di aggiungere: «Tutto ciò che non si può immaginare con altri è diverso con lui. Ho sempre detto che amavo l'epoca benedetta di Eddy Merckx perché si vedevano i corridori da marzo a ottobre, e tutto questo è tornato con Pogačar. Non sono un medico né un preparatore, ma considerato come ha vinto nel 2025, non è necessariamente un'illusione. »
In prima fila la scorsa estate, quando lo sloveno si è irrigidito mentre un ginocchio gli scricchiolava e il lungo protocollo lo infastidiva, il capo del Tour ritiene, come Sivakov, che un'impresa del genere si baserebbe su una freschezza mentale impossibile da prevedere, una stagione monacale. « Con la maglia di leader, il suo status di superstar della propria disciplina è pesante, opprimente. Ma mi riferisco ancora a Eddy Merckx: sono diversi anni che dice che se c'è qualcuno che può riuscirci, quello è Pogačar.»
Il suo preparatore Javier Sola ripete in continuazione che non ha mai visto un atleta simile, in particolare per quanto riguarda la sua capacità di recupero, e ritiene addirittura che «possa ancora migliorare». «Per quanto riguarda la fatica mentale, è un fattore importante», osserva Swart. «Non credo sia una questione di età, piuttosto si tratta di mantenere alta la motivazione. E diversi fattori entrano in gioco, in particolare la novità dell'obiettivo». Senza proiettarsi sul trittico Giro-Tour-Vuelta, Sola spiegava due settimane fa di voler, insieme con il suo pupillo, «vincere altre gare, raggiungere altri obiettivi. E penso sia qualcosa che bisogna preparare fin da ora. Quando lui si sentirà pronto, probabilmente sarà il momento giusto». Potrebbe succedere molto presto.
(*) Eddy Merckx ha collezionato 4 grandi giri in 2 stagioni (Giro e Tour 1972; Vuelta e Giro 1973); Bernard Hinault ne ha vinti 3 in fila (Giro 1982, Tour 1982 e Vuelta 1983), mentre Chris Froome ha vinto il Tour e la Vuelta nel 2017 e poi il Giro nel 2018.
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