LE MONDE EST À EUX
La Canadienne SUMMER McINTOSH, éblouissante aux Mondiaux de natation à seulement 19 ans, et le Slovène TADEJ POGACAR, auteur d’une saison phénoménale en cyclisme, sont sacrés pour la première fois Champions des champions monde par « L’Équipe ».
Sacré pour la première fois par « L’Équipe », le coureur slovène, auteur d’une nouvelle saison exceptionnelle, peine à assimiler la dimension qu’il a prise depuis deux ans.
"Le cyclisme n’est pas un sport jugé à sa juste valeur,
peut-être pas aussi « classe » que la NBA, le tennis, le golf"
"Je ne pense pas être très mature.
J’ai 27 ans, j’ai encore le temps de grandir"
"Pourquoi j’attaque de si loin ?
Parce que je gagne comme ça.
Si j’attends le sprint, je suis sûr de ne pas gagner"
29 Dec 2025 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
GRAN CANARIA (ESP) – Tadej Pogacar avance en règle générale avec assez peudefiltres dans ses relations aux autres, dans un sens comme dans l’autre. Parfois, il ne cache pas son agacementquanddesquestions,redondantes, lui déplaisent. Alors, il râle, il grogne un peu, il boude. Leplus souvent, il s’amuse des interrogations autour de sa personnalité assez peu lisible parfois. À Gran Canaria, fin novembre, il a reçu Vélo Magazine pour la réception de son Vélo d’Or puis L’Équipe, en toute décontraction, et sans savoir au préalable qu’il avait été choisi pour être le Champion des championsMonde2025.
Un titre qu’il n’avait jamais remporté (il est seulement le deuxième coureur, après Greg LeMond en 1989) et qu’en toute honnêteté, il a avoué ne pas connaître. Mais, après une deuxième saison d’affilée pleine, marquée par un quatrième succès sur le Tour de France, un cinquième Tour de Lombardie, un deuxième titre de champion du monde, vingt victoires au total, mais aussi le panache pour aller se frotter aux pavés de Paris-Roubaix, le choix dit tout de la dimension prise par le Slovène de 27ans.
S’il reste dans le viseur de spectateurs (téléspectateurs plutôt) ou d’observateurs toujours circonspects quant à la probité de ses performances, il est devenu une star du sport mondial, tête d’affiche d’une discipline issue du Vieux Continent et qui commence tout juste à évangéliser d’autres territoires. En France, en Italie, en Belgique et en Espagne, il draine des foules toujours plus denses, génère des audiences exponentielles malgré sa domination écrasante dont il compense l’ennui supposé par des raids solitaires qui, là encore, enflamment ses fans ou irritent ses détracteurs. Une telle omnipotence finira bien par lasser, il le sait, et c’est pour cette raison qu’il profite encore de cet instant de grâce, sans se soucier d’écrire l’histoire, passant l’entretien à triturer sa casquette dans tous les sens, comme le gamin qu’il est resté.
Quand vous voyez la liste des Champions des champions de “L’Équipe”, que ressentez-vous?
(Ils epenche sur le palmarès.) Je vois quand même des noms très cool (sourire). Deschampions… Je suis très honoré et heureux de faire partie de ce palmarès.
Le quel est, à vos yeux, le plus impressionnant? Avec lequel aimeriez-vous discuter?
Avec tous (sourire) ! Il y a quand même Michael Jordan (1992), trèsfort. Et Usain Bolt (2008, 2009, 2012, 2015, 2016) dontj’étais fan. Je remarque que Roger Federer a été sacré aussi plusieurs fois (2005, 2006, 2007, 2017). Je ne vois pas Cristiano Ronaldo, mais seulement Messi (2011, 2022). Pourquoi (rires)? Serena Williams (2012, 2013, 2015), Simone Biles (2016, 2018, 2019, 2023, 2024)… Ce palmarès est impressionnant. Federer incarnait vraiment la classe. Et maintenant que je suis un peu plus vieux, je suis fan de Novak Djokovic (sacré en 2021 et en 2023). Ils sont vraiment tous différents, entre le style de Federer et la mentalité de travailleur a charné de Djokovic que je n’ai pas. Di sons que je me trouve entre les deux (sourire).
Vous sentez-vous leur égal?
Honnêtement, je ne me serais pas mis dans cette liste.
Pourquoi?
Je ne peux pas me placer aussi haut.
Mais ce trophée consacre votre incroyable saison…
Oui, c’était une très grande saison, mais je ne me sens pas… Je ne sais pas, c’est juste mon opinion.
Au palmarès, vous n’êtes que le second coureur, après Greg LeMond en 1989. Cela dit quoi de votre sport, souvent décrié par le passé pour sa culture du dopage, et de sa dimension actuelle?
Le cyclisme est vraiment un sport particulier, pas facile à suivre et à pratiquer. Cela me paraît plus simple de regarder un match de tennis qu’une course qui dure six heures. Au tennis, seulement deux mecs s’affrontent pour la victoire et tu ensoutiens un des deux. En vélo, tuensupportesunégalement, mais 175 coureurs peu vent le battre. Les probabilités sont complètement différentes. C’estpareil au basket, c’est un match entre deux équipes. Nous, 23 formationss’affrontentsuruneseule course. C’est aussi pour cela que le cyclisme n’est pas un sport jugé à sa juste valeur, peut-être pas aussi “classe” que la NBA, le tennis, le golf. Le foot, c’est plus simple également, car tout le monde en parle, tout le monde peut l’expliquer. Le vélo est différent, complex et actiquement, il n’a pas la même visibilité. C’est aussi un sport très humble, nous n’avons pas des athlètes comme en Formule 1 avec de très grosses personnalités, qui participent à de sévénements prestigieux. Les coureurs disputent des courses et ensuite veulent juste rentrer chez eux pour encore s’entraîner. Vous avez peu de temps pour participerà autre chose. C’est en ce sens que je trouve que ce n’est pas un sport “glamour”.
Pourtant, depuis deux ans, sur le Tour notamment, on constate un engouement autour de vous rarement vu dans ce sport, en tout cas depuis un moment. Avez-vous l’impression d’avoir basculé dans une autre dimension?
Non, je suis toujours sur la planète Terre (sourire). C’est vraiment chou et te devoir tous ces gamins, fans de cyclisme, si jeunes, en particulier quand ce sont mes supporters. Mais je n’aipas l’impression d’être une star. Je suis toujours frappé quand un gars m’arrête dans la rue alors que je suis en civil, au restaurant, ou quand il me demande une photo, les mains tremblantes, même si parfois il ne t’écoute même pas quand tu lui répond set qu’il veut juste la photo. Mais je ne suis pas une grande star. Si je décide d’alleren Asie, on ne va peut-être pas mere connaître. À Barcelone, à Bruxelles ou en Italie, c’est différent. Tout dépend de l’endroit où je me trouve.
Djokovic, Champion des champions en 2023, évoquait alors sa volonté de marquer l’histoire du sport. Vous, vous répétez souvent que cela ne vous intéresse pas. Pourquoi?
Novak avraiment cett ementalité de devenir le plus grand de tous les temps. Il n’abandonne jamais, veut toujours prouver à tout le monde qu’il est le meilleur et qu’il peutencorel’être aujourd’hui. Mais je sais qu’unjour, tout s’arrêter a et que je voudrai juste retourner à une vie normale. Je n’ai pas ce besoin, cette en vie, de montrer constamment que je suis le meilleur. Parfois, c’est agréable de disputer une course et de ne pas ressentir le besoin de gagner absolument. Mais Novak veut gagner chacun de ses matches par ce quel es sports sont aussi différents, les mentalités aussi.
Donc, vous vous moquez d’inscrire votre nomdans les livres d’histoire du sport?
Oui, je ne recherche pas ça particulièrement. C’est ce qui se passe, donc je l’accepte, mais ensuite je passe à autre chose.
Yoseba Elguezabal, votre ancien masseur, explique que vous êtes le meilleur coureur du monde mais aussi resté un gamin…
Je suis assez d’accord,jenepensepasêtre trèsmature( sourire). J’ai 27ans, j’ai encore le temps de grandir. Mais je suis de moins en moins “gamin” par ce qu’on me juge de plus en plus, je dois garder pour moi ce que j’ai dans la tête et agir comme un adulte.
Mais voyez-vous encore le vélo tel un jeu, commelorsque vous étiez enfant?
Oui, et je ne suis pas les eul. Tout le monde abesoin de faire ce qu’il aime. Si vous faites ce que vous aimez, vous avez besoin de le savourer. Si vous prenez ça comme un jeu, je suis persuadé que ce la fonctionne mieux pour vous. C’est évidemment différent d’il y a dix ans, mais j’aime toujours ce sport, c’est une partie de ma vie et je ne me vois pas faire autre chose.
Après avoir gagné un 4e Tour de France, un 5e Tour de Lombardie, un 2e Tour des Flandres, un 3e Liège-Bastogne-Liège et terminé au moins sur le podium de chaque Monument disputé, comment trouvez-vous la motivation, de repartir pour une nouvelle saison?
Il y a toujours une marge de progression pour voir comment je peux encore être meilleur, jusqu’où je peux aller. Ce n’est donc pas très difficile de se motiver, encore plus quand on sait que j’ai un long contrat avec mon équipe (jusqu’en 2030 avec UAE Emirates-XRG) et de nombre uses années devant moi. Et quand vous avez de bons résultats, la motivation vient facilement. C’est plus compliqué quand vous ne gagnez pas beaucoup ou pas du tout.
Quand on interroge vos proches, votre staff, pour essayer de comprendre qui vous êtes, pourquoi vous attaquez si loin de l’arrivée, ils répondent, résignés: “C’est Tadej.”
Pourquoi j’attaque de siloin? Par ce que je gagne comme ça (rires). Si j’attends le sprint, jesuissûrdenepasgagner. Je sais que j’ai de la chance de pouvoir faire ça, de connaître le moment de la course pendant le quel je peux partir seul. Parfois, ce la fonctionne et je gagne, parfois non et je perds.
Mais à quoi pensez-vous quand vous êtes seul à l’avant, parfois pendant des dizaines de kilomètres. Votre esprit s’évade-t-il un peu?
Au moment où j’attaque,jenepensequ’àcequi peutmefairegagner, à gérer mon énergie, tout…Etc’estdéjàbeaucoup. Ce n’est pas une promenade! Vous de vez penser à vérifier comment-vous vous-sentez, à regarder les écart set à anticiper la suite. Bien sûr, il y a des moments où vous pensez à tout autre chose, c’est humain, mais la plu part du temps, vous réfléchissez à la seule façonde rejoindre le plus vite possible l’arrivée.
Votre vie et votre carrière auraient-elles été totalement différentes si vous aviez terminé deuxième derrière Primoz Roglic à la Planche des Belles Filles sur le Tour 2020?
Peut-être un peu, oui. Si je n’avais pas gagné, j’auraiseumoinsdepression sur les autres courses. Mais c’est comme ça et c’est très chouette d’avoir gagné à l’époque, carce la a donné un énorme élan à ma carrière. Sans cette victoire, je n’aurais pas eu la même.»
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