À plusieurs, c’est meilleur
Luke Lamperti (à gauche) a remporté le sprint hier grâce notamment à son poisson-pilote,
Marijn van den Berg, qui lève le bras au loin, avant même son coéquipier victorieux.
La première étape de Paris-Nice s’est conclue sans surprise par un sprint remporté par Luke Lamperti, parfaitement emmené par un équipier, ce qui n’est pas toujours une garantie.
«Aujourd’hui, c’est très difficile de mettre en place un train de sprint parfait (...)
Il n’y a pas beaucoup d’équipes capables de le faire »
- MILAN FRETIN, COÉQUIPIER DE
BRYAN COQUARD CHEZ COFIDIS
«Cela roule maintenant tellement vite,
l’énergie économisée est tellement importante
qu’on est obligé de travailler avec des coéquipiers»
- ANTHONY TURGIS (TOTAL ÉNERGIES)
9 Mar 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
CARRIÈRES-SOUS-POISSY (YVELINES)- Le sprint réglé, hier, par Luke Lamperti fut un cas d’école assez simple à lire : deux maillots roses d’EF Education-EasyPost dans le final de Carrière-sous-Poissy -le vainqueur et son poisson-pilote (Marijn Van den Berg)- et tous les autres sprinteurs, isolés, qui prennent le vent comme une porte. Demandez à Cees Bol (13e), parti en desperado à 300 m mais à l’arrêt, les cuisses toxinées.
L’Américain, lui, profitait de l’aspiration de son équipier « tellement fort dans ce final qu’à 300 mètres, il a pris les choses en main pour me lâcher dans les tout derniers mètres. Je n’avais plus qu’à finir ».
Prévu sur Tirreno-Adriatico à partir d’aujourd’hui, Arnaud de Lie a peut-être apprécié la démonstration, quinze jours après avoir développé un point de vue intéressant chez nos confrères belges de la DH : « Sur mes 33 victoires professionnelles, je pense n’avoir gagné qu’une fois après avoir été emmené par un vrai leadout. Je préfère fonctionner d’une autre manière, qu’on me positionne bien à un endroit clé puis que je trace ma voie. »
Peut-on se passer d’un train long et structuré ? L’ancien sprinteur Tom Steels, directeur sportif de Soudal -Quick Step, est sceptique « car tu as besoin de mecs qui te portent, qui t’autorisent à prendre plus de risques parce que tu as confiance en eux. »
Bryan Coquard a connu les deux scénarios, avec un train et le système D : « mes dernières années chez Direct Énergie, avec Adrien Petit et Angelo Tulik, on avait une triplette top. En 2016, j’ai dû gagner 12-13 courses cette année-là (13). Ensuite, chez B & B, il y avait la Rez’ (Kévin Reza), Jens (Debusschere), Julien (Morice) mais cela n’a pas fonctionné comme on voulait. Parfois, chez Cof’, on m’a mis Alexis ( Renard) sur le Tour. Il fait un super boulot mais il était seul. On a considéré que je pouvais me débrouiller. Pour un top 3, top 5, oui. Pour gagner, c’est compliqué. »
Avec 55 victoires, le Coq’de Cof s’en est plutôt bien sorti, souvent à l’instinct, donc. En ce sens, son équipier Milan Fretin (4e, hier) irait dans le sens du Taureau de Lescheret : « aujourd’hui, c’est très difficile de mettre en place un train de sprint parfait. Avec trois ou quatre coureurs, il ne reste jamais compact, cela devient vite un énorme chaos. Si tu regardes le peloton, il n’y a pas beaucoup d’équipes capables de le faire. »
Jonathan Milan et Alpecin-Premier Tech pour Jasper Philipsen. William Green, qui encadre la partie sprint de Groupama-FDJ United, confirmait la difficulté de maintenir « un plan qui semble parfait avant le départ. Mais ce plan reste très important car quand cela devient chaotique, tu as toujours une base à laquelle te référer. Il ne faut pas le changer mais plutôt l’adapter légèrement. »
Le Néo-Zélandais éclairait ainsi le sens des propos de De Lie : « Peut-être qu’il n’a pas la meilleure cohésion avec son équipe dans les tout derniers moments du sprint et qu’il a un très bon instinct pour le final pour savoir quand accélérer, quand garder sa position ou même accepter de perdre une place avant de lancer son sprint. »
Les plus rapides en apparence (Vito Braet, Biniam Girmay), hier, ne se sont pas imposés car mal positionnés ou partis de trop loin, ce qui n’est pas toujours préjudiciable note Fretin : « dans les petites courses, tu peux le faire seul mais dans les grandes, tu as besoin d’un coéquipier pour te placer. »
Et le profil du sprinteur dessine, aussi, une stratégie, remarque Anthony Turgis (11e) : « Jonat h a n Mi l a n , c o mme A r n a u d Démare avant, a un train lancé petit à petit sans avoir à trop à frotter alors que Tim Merlier joue plus sur son placement à l’approche du sprint. Certains vont déboucher de l’arrière en profitant de l’accélération, d’autres être lancés en force. »
À 31 ans, le coureur de TotalEnergies s’est habitué à se débrouiller « tout seul. Mais cela roule maintenant tellement vite, l’énergie économisée est tellement importante qu’on est obligé de travailler avec des coéquipiers. » « Quand tu es déposé à 150 m de la ligne, tu ne peux pas dire que tu n’aimes pas ça, sourit
Coquard. Demandez à (Matthew) Brennan quand Christophe (Laporte) le dépose à Kuurne. Y a pas photo et Arnaud (De Lie) serait d’accord. Mais je vois ce qu’il veut dire. Il n’aime pas avoir cinq mecs devant lui et attendre le dernier moment avec le risque de se faire avoir et de ne pas pouvoir sprinter. » La pire des frustrations pour un finisseur.
***
Arrivé cet hiver chez EF Education-EasyPost, l’Américain a signé son premier succès en World Tour hier. Le voilà en jaune.
«C’est un coureur qui va vite et un pilote incroyable.
Dans les classiques, il est toujours bien placé,
il suit bien les mouvements du peloton»
- TOM STEELS, SON ANCIEN DIRECTEUR
SPORTIF CHEZ SOUDAL QUICK-STEP
9 Mar 2026
L'Équipe
THOMAS PEROTTO (avec Y. H.)
CARRIÈRES-SOUS-POISSY (YVELINES) - Luke Lamperti aurait pu être le poisson-pilote de Paul Magnier chez SoudalQuick Step. Mais il est depuis hier en jaune sur Paris-Nice avec le maillot d’EF Education EasyPost. Copains chez Trinity Racing en 2023, copains lors de leur première année au sein de la formation belge en 2024, l’Américain avait même été l’efficace lanceur du Français lors des deux premières victoires de sa carrière au Trofeo Ses Salines et lors de la troisième étape du Tour d’Oman.
Lamperti a refusé la « proposition » de Magnier l’an dernier et ce choix est déjà une réussite, le sprinteur de 23 ans ayant décroché dans les Yvelines sa première victoire en World Tour et la première de la saison pour sa nouvelle formation. « C’est tôt et gagner aussi rapidement, c’est spécial, apprécie Lamperti. Je savais que ça allait bien mais pour un sprinteur c’est toujours très important de gagner. C’est la plus belle de ma carrière, j’espère que ça va me servir pour la suite. »
Cela le conforte dans sa décision d’être allé chercher un espace sportif que Soudal lui offrait forcément moins avec la montée toujours plus en puissance de Magnier. « Je me sens comme à la maison dans cette équipe » , explique Lamperti, qui a retrouvé chez EF deux anciens de Trinity, les Britanniques Max Walker (dans l’échappée du jour ce dimanche) et Lukas Nerurkar. « Il est nouveau mais il connaissait déjà quelques gars et il n’a eu aucun souci pour s’intégrer. Il a surtout montré qu’il avait une belle pointe de vitesse » , apprécie le Français Alex Baudin, autre coéquipier.
Avant de démarrer Paris-Nice, Lamperti, désormais sept victoires au compteur, s’était imposé sur un critérium en Australie, il avait réglé le sprint du peloton lors de la dernière étape du Tour de la Provence (3e) avant de marquer les esprits en Belgique le 28 février et 1er mars (10e du Nieuwsblad et 9e de Kuurne-BruxellesKuurne).
« C’est un coureur qui va vite et un pilote incroyable, remarque Tom Steels, son ancien directeur sportif chez Soudal Quick-Step. On l’a vu chez nous, dans les classiques, il était toujours bien placé, il suit bien les mouvements du peloton. Il n’est jamais nerveux, il a fait du moto-cross et beaucoup appris des virages à haute vitesse. »
Lamperti aime surtout les sprints après avoir souffert ou ceux en bosse, comme à Oman il y a deux ans avec Magnier et comme hier. « Il a un gros caractère et il a confiance en lui, apprécie Charles Wegelius, qui le dirige depuis cet hiver. Il a les épaules pour amener un groupe derrière lui. Il n’a que 23 ans, mais on dirait qu’il est un peu plus vieux sur cet aspect. »

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