Groupama-FDJ United à un tournant
Trois coureurs de la Groupama-FDJ United, dont Rémy Rochas (au premier plan),
ont pris l’échappée de la 3e étape du Tour de Romandie, hier.
Quatorzième au classement UCI, l’équipe française essaie de redresser la barre, comme cette semaine en Romandie, tout en préparant la suite de la saison.
“Certains de nos leaders n’ont pas répondu
aux attentes depuis le début de saison"
- MANAGER THIERRY CORNEC, LE
GÉNÉRAL DE GROUPAMA-FDJ UNITED
2 May 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
ORBE (SUI) – Ce n’est qu’une vérité de mi-avril, donc loin du bilan de fin de saison, mais voir Groupama-FDJ United traîner à l a 21e place du classement UCI piquait les yeux. Dans la foulée de son année 2025 compliquée (18e), l’historique formation française dégringolait et, si elle a depuis remonté la pente (14e), « on n’est pas à notre place aujourd’hui », tranche Thierry Cornec. Le manager général était de passage au Tour de Romandie, jeudi, et a accepté de dresser « non pas un bilan, mais un point d’étape ».
La différence ? Le bilan serait trop définitif « et ce que je demande, c’est de rester fidèle à ce qu’on s’est fixé comme plan. Il n’y a pas lieu de changer de direction ou de réagir de façon trop importante. On ne se met pas en situation de panique, de coup de gueule, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Je demande aux coureurs et aux équipes de vraiment dérouler le plan. »
C’est ce qu’a réussi Romain Grégoire, plus que jamais au centre du projet. Le Bisontin s’est montré offensif sur les classiques flandriennes, qu’il découvrait, et au rendez-vous sur « ses » ardennaises (4 tops 10). Derrière, hormis quelques bonnes surprises (Huens, Braz Afonso, Berthet actuellement 10e en Romandie où trois équipiers se sont échappés hier), c’est maigre. « Certains de nos leaders n’ont pas répondu aux attentes depuis le début de saison pour des raisons différentes », pose le successeur de Marc Madiot.
Les deux cas les plus symboliques concernent les deux Bretons. Pour David Gaudu (lire cidessous), le mal est profond. Pour Valentin Madouas, sa façon de courir à l’arrière pour s’éviter la tension permanente du placement a touché ses limites. « Il a un très bon niveau physique (16e du Tour des Flandres), on sait que c’est un coureur très endurant, capable de très bons résultats, commence Cornec. Mais le format des courses a aussi changé et, quelque part, ça l’a handicapé. Ça nécessite, dans sa manière de courir, une forme de remise en question. » Décision a été prise de lui éviter la Flèche Wallonne et Liège « pour avoir un point de bascule une semaine plus tôt » afin de préparer de nouveaux objectifs : les courses en Bretagne (Tro-Bro Léon, Tour du Finistère, Châteaulin) et les Quatre Jours de Dunkerque. « Il y va pour gagner » , espère le manager général.
On comprend que les dirigeants attendent de voir les prochaines semaines avant de disc ut er prolo ngati on avec le champion de France 2023, déjà courtisé par ailleurs. Celui-ci arrive en fin de contrat, comme de nombreux coureurs (Martin Guyonnet, Penhoët notamment) et c’est aujourd’hui que se construit le collectif de la saison prochaine, où il pourrait y avoir du changement.
Autour de sponsors fidèles, engagés jusqu’en 2027 « et avec qui on travaille sur une prolongation et comment on articule une accélération du budget » – Groupama-FDJ United ses itue aujourd’hui dans la moyenne du World Tour –, Thierry Cornec veut garder une identité très marquée, celle d’une équipe « qui construit ses victoires de manière différente, c’est-à-dire avec des coureurs qui ont de la personnalité. Ça a été l’ADN de l’équipe qu’a construit Marc. Si on avait le budget pour avoir des coureurs plus performants, oui, probablement qu’on irait en chercher. Malgré tout, ce point de différenciation, qui prend racine dans l’équipe de développement, on le gardera toujours. »
Autour du noyau dur, les leaders changeront. Pas loin de signer Christophe Laporte, qui a prolongé finalement chez VismaLease a bike, l’une des deux dernières équipes françaises du World Tour (avec Decathlon-CMA CGM) cherche un gros sprinteur et un coureur de classement général, en plus de verrouiller sur le long terme Romain Grégoire. Pour retrouver un standing plus conforme aux ambitions.
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La galère de Gaudu
Pas bien sur le Tour de Romandie comme depuis le début de la saison, le grimpeur breton ne voit pas la lumière en 2026. Alors il travaille, conscient que le processus sera long.
"Les sensations sont correctes à l’entraînement et là,
j’arrive en course, c’est moins bien"
- DAVID GAUDU
2 May 2026 - L'Équipe
P. Me., à Orbe (Suisse)
Cinquante-cinquième hier, David Gaudu a obtenu son meilleur classement de la semaine en Romandie. Le constat est sévère et, malheureusement, il résume la saison du grimpeur français, qui a eu une bonne journée, sur Paris-Nice (8e de la 4e étape), au milieu d’un long tunnel. C’est un réel problème. Au sein de l’équipe Groupama-FDJ United, dont le Breton est l’un des plus beaux contrats (jusqu’en 2027) et un supposé leader, Gaudu n’apporte pas beaucoup de points UCI, comme d’autres ( lire par ailleurs). Mais surtout pour lui-même.David Gaudu a crevé, mardi, dès le prologue du Tour de Romandie.
À 29 ans, l’ancien 4e du Tour (en 2022) semble dans une impasse dont il ne parvient pas à sortir. « Si on reprend le film, il a vécu deux dernières saisons difficiles, pleines de très hauts et de très bas, resitue le patron Thierry Cornec. On a vraiment besoin de construire quelque chose de différent avec lui, il y a eu un changement d’entraîneur, quelques modifications dans son calendrier. »
Celui qui avait remporté une étape de la Vuelta l’an passé (la 3e entre San Maurizio Canavese et Ceres) et porté le maillot rouge a accepté de tout reprendre pour se refaire une base. Mais le processus est long, il semble lui avoir enlevé ces performances ponctuelles dont il était capable. Et Gaudu ne fait que subir en course, où il se relève totalement quand les jambes lâchent.
« Les sensations sont correctes à l’entraînement et là, j’arrive en course, c’est moins bien, expliquait-il hier au départ d’Orbe. Je suis parti d’extrêmement loin cet hiver, par exemple, j’ai perdu quasiment 50 watts sur mon seuil ventilatoire 1 donc ça, il fallait aller le rechercher. J’ai perdu énormément de points de VO2, ça se reconstruit mais pas aussi vite qu’on voudrait malheureusement. Jeudi, au bout de 10 secondes dans l’avant-dernier pétard, j’ai beau mettre tout ce que j’ai, je me mets à toxiner, et je ne peux pas aller plus loin, j’ai la patte qui explose. »
Le 2e de Paris-Nice 2023 répète le mot « travail » pour sortir de « cette période pas facile moralement ». Et ne veut pas croire en la fin. « J’ai eu de la chance, entre guillemets, car mine de rien, il m’arrive toujours de belles choses même dans les saisons compliquées. On verra, peut-être que la belle chose arrivera sur le Tour en juillet (pour lequel il est dans une liste élargie) et, si c’est le cas, on oubliera ces six mois. »
Pour l’instant, c’est plutôt la malchance qui guette. Sur le prologue d’à peine 3,2 kilomètres, mardi, deux coureurs (sur 103) ont réussi à crever. Devinez qui était parmi les deux…
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