La double quête de Vingegaard
Vingegaard sans rival ?
Le Danois s’élance aujourd’hui en Bulgarie avec le statut d’immense favori pour son premier Giro. S’il ambitionne de compléter la trilogie des Grands Tours, il estime aussi que venir ici est le meilleur moyen de battre Tadej Pogacar sur la prochaine Grand
"Il ne faut jamais sous-estimer quiconque et je ne vais pas m’y mettre"
- JONAS VINGEGAARD AVANT LE DÉPART DU GIRO
8 May 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
BOURGAS (BUL) – C’est avec le dessous de l’oeil qui porte les stigmates étrangement persistants de sa burlesque chute de janvier, où il tenait à distancer un cyclo en descente, que Jonas Vingegaard est apparu à Bourgas, mercredi soir, lors de la présentation des équipes. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le Danois n’a pas fait le voyage en Bulgarie pour prendre des coups. Plutôt pour en distribuer généreusement à la ronde.
Le Giro a beau être « imprévisible » , comme l’intéressé le rappelle, personne ne s’attend à un autre scénario qu’une domination sans partage, ni suspense, de la part du Danois sur cette 109e édition. Lorsque sa participation a été annoncée, en janvier, il était déjà écrit qu’il s’avancerait en Bulgarie comme le grand favori, alors que Tadej Pogačar et Remco Evenepoel se projetaient uniquement vers juillet. Son statut n’a pas souffert de la cascade de forfaits survenus ces dernières semaines, à l’image de Richard Carapaz, Mikel Landa et João Almeida, son dauphin lors de la dernière Vuelta.
Et c’est donc un boulevard aussi large que celui de la Demokratsia à Bourgas, où déboulera aujourd’hui le vainqueur de la 1re étape, qui semble tracée pour sa quête de la Maglia Rosa. Comment pourrait-il perdre face à une concurrence aussi clairsemée ? « Non, il y a plein de prétendants, balaie sans surprise le Danois. UAE a une grosse équipe, Red Bull et Decathlon aussi. Il ne faut jamais sous-estimer quiconque et je ne vais pas m’y mettre. » Avant d’éprouver les premiers sortilèges du Giro – peut-être dès demain sur les pavés menant à la forteresse de Veliko Tarnovo – tous les signaux sont au vert: « J’ai le sentiment d’être monté en puissance tout au long de la saison. J’ai aussi franchi un cap depuis ma dernière course. Je suis prêt. » Après avoir remporté facilement les deux courses qu’il a disputées, Paris-Nice et le Tour de Catalogne, Vingegaard a tout de même dû observer deux jours de repos en raison d’une « petite maladie » .
Un contretemps qui n’en était pas un puisqu’il avait prévu de faire un break, cette semaine-là, avant de partir en stage à Tenerife : « Et cela remonte à cinq semaines, je n’ai rien perdu. J’ai eu une bonne préparation. » Ce dont ne doute absolument pas Jai Hindley, co-leader de Red Bull-BORA-hansgrohe avec celui qui porte tous les espoirs du peuple italien, Giulio Pellizzari. « C’est certain qu’il est le grand favori, il n’y a pas de débat, juge l’Australien, vainqueur surprise en 2022. Mais je pense que le Giro est plus imprévisible que le Tour. C’est une course spéciale, tout peut arriver en troisième semaine. Je pense que c’est assez difficile de débarquer ici en tant qu’immense favori. »
Entrer dans le cercle des vainqueurs des trois grands tours
Vingegaard aura donc attendu ses 29 ans et sa 8e saison chez Visma-Lease a bike pour s’aventurer enfin sur le premier Grand Tour de l’année. On pourrait y voir le signe d’un renoncement, de l’acceptation de la supériorité de Pogacar, qui l’a largement dominé lors des deux derniers Tour de France. Si le Slovène avait décidé, lui aussi, de disputer ce Giro, le Danois l’aurait-il quand même disputé? « Oui, je serais quand même venu, assure-t-il avec fermeté. Comme je l’ai déjà dit, c’est un objectif personnel d’être ici. »
Le Giro est le dernier des trois grands tours qu’il lui reste à cocher, après le Tour (2022 et 2023) et la Vuelta (2025). En cas de succès, le 31 mai à Rome, il deviendrait le 8e coureur à compléter la trilogie après Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Chris Froome. « Vu tous ces noms, ce serait vraiment spécial d’ajouter le mien sur la liste, sa live-t-il.Ce serait un rêve devenu réalité. Enfin non, ce n’était même pas un rêve, car c’est quelque chose que je n’aurais jamais pensé possible. » « La trilogie, c’est très important pour lui, rapporte Sepp Kuss, à nouveau son fidèle équipier durant ces trois semaines. C’est quelque chose qui lui apporte beaucoup de motivation cette année. Mais c’est valable pour tout coureur: quand on peut faire quelque chose de différent, ça motive beaucoup. »
Dans cette course face à l’éternel, la perspective de devancer Pogacar, à qui il manque la Vuelta, lui donne-t-il une quelconque motivation? « Non. Réaliser ce triplé est un objectif pour moi… et c’est tout, a-t-il répondu dans la Gazzetta dello Sport. Cela signifie entrer dans l’histoire. Lui aussi y parviendra, ce n’est qu’une question de temps. Tadej est peut-être le meilleur de tous les temps. Mais je l’ai déjà battu et je suis convaincu de pouvoir le faire à nouveau. »
Dans son plan pour y parvenir, le Giro occuperait paradoxalement une place centrale, à rebours de la théorie édictant que l’enchaînement des deux premiers grands tours serait forcément néfaste pour la bataille estivale. « Dès la fin de la Vuelta, il a manifesté l’envie de s’aligner au Giro, rapporte Mathieu Heijboer, qui a pris la relève de son ancien entraîneur Tim Heemskerk, parti subitement cet hiver. On s’est donc penchés sur les datas derrière sa victoire. On a constaté qu’il ne subissait pas le contrecoup d’un grand tour en amont, mais qu’il en tirait au contraire un léger bénéfice. Le niveau du Tour de France est tel aujourd’hui que nous n’avions pas vraiment d’autre choix que d’essayer quelque chose de nouveau. »
« Lorsque j’ai fait la Vuelta après le Tour (en 2023), je me sentais encore plus fort que lors du Tour, poursuit Vingegaard. Je crois donc que faire le Giro peut m’avantager pour le Tour, m’amener à un autre niveau. » Si ses jambes ont de quoi s’occuper en mai, la tête, elle, ne se détourne jamais vraiment de juillet.
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Ces Bleus visent haut
Les Français Paul Magnier et Mathys Rondel, 22 ans tous les deux, arrivent avec de grandes ambitions sur le Giro 2026, à savoir : des victoires d’étapes et le premier maillot rose pour l’un, et un top 10 au général – ou pas loin – pour l’autre.
Magnier : le maillot rose d’entrée, le cyclamen après
Rondel : « sans pression » et un top 10 en tête
8 May 2026 - L'Équipe
J. Ch., à Bourgas (BUL)
On a demandé à Jonathan Milan si Paul Magnier était, à ses yeux, son principal rival en vue de la 1r e étape du Giro 2026, aujourd’hui, promise aux grosses cuisses sur les boulevards de Bourgas. Le colosse de Lidl-Trek a répondu par l’affirmative, ajoutant seulement Dylan Groenewegen à la liste. « C’est flatteur, sourit le Français. Car il y a beaucoup de sprinteurs cette année au Giro (Andresen, De Lie, Vernon, Groves…). » L’Isérois sort d’un « bon stage » de trois semaines en Sierra Nevada, entamé dans la foulée d’une campagne de classiques sans grand résultat (19e d’À Travers la Flandre). Et il se dit « vraiment plus en forme que l’an passé » , sur son premier Giro.
Il l’avait quitté au matin de la 16e étape, avec une 3e place comme meilleure performance. « L’année dernière, je venais vraiment pour découvrir, rembobinet-il. Avec la perte, dès le premier jour, de Mikel Landa (contraint à l’abandon après une chute), on avait dû changer les objectifs et essayer de viser les étapes. Mais cette année, je me suis vraiment préparé pour le Giro. C’était un objectif en début de saison. J’y vais avec beaucoup d’envie, de motivation pour gagner des étapes. Et j’ai vraiment une équipe forte autour de moi. »
Riche de dix-neuf bouquets l’an passé (le plus haut total derrière Tadej Pogačar) et déjà deux fois victorieux en début de saison, sur le Tour d’Algarve, il est en quête d’un premier succès en grand tour. Si celui-ci arrive aujourd’hui, il sera assorti de la tenue de leader. « C’est rare d’avoir un sprint pour un maillot rose, jaune ou rouge, note-t-il. Il va falloir saisir l’opportunité. L’arrivée en faux-plat montant me convient bien. Je suis excité de prendre le départ. » Il pense aussi au maillot cyclamen et s’est délesté, pour cela, de « un ou deux kilos » pour mieux passer la montagne. « Je me sens autant en forme sur le sprint que sur les montées. Je pense que j’aurai un petit avantage sur les autres sprinteurs. »
Mathys Rondel n’a fait que monter en puissance depuis l’entame de la saison. 12e de l’UAE Tour, il a pris la 8e place de Paris-Nice avant de finir 5e du Tour des Alpes. De quoi gagner sa place de « co-leader en apprentissage » chez Tudor, au côté de Michael Storer. « Ce n’était pas forcément le plan initial, mais on a vu que la stabilité était là, que la forme avait évolué » , explique le Sarthois, désormais installé au pied des Pyrénées. « Il est dans une position parfaite, juge son directeur sportif, Boris Zimine. Son rôle sera d’accompagner Michael le plus longtemps possible, il n’aura pas la pression du résultat. Et comme il vise, à l’avenir, le classement général, il pourra déjà se mentaliser pour ça. »
Pour son premier grand tour, Rondel compte avancer comme l’an passé lors du Tour de Romandie (9e). Sans jamais regarder le classement de l’étape ni sa place au général : « Car ça ne change rien quand tu te donnes à bloc tous les jours. C’est juste une pression en plus. » Il sait pourtant précisément où aller, conformément au plan établi à ses débuts en juniors et qui doit l’amener, un jour, « sur le podium d’un grand tour, voire à la plus haute place » . « Un top 10 serait une belle marque pour commencer, dévoile-t-il. Et même si ce n’est pas le cas, ce sera de l’expérience prise pour l’année d’après. Je pars dans l’optique de découvrir et faire du mieux possible chaque jour. Sans pression. »
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La duplice ricerca di Vingegaard
Vingegaard senza rivali?
Il danese si lancia oggi in Bulgaria con lo status di grande favorito per il suo primo Giro. Se ha l'ambizione di completare la trilogia dei grandi giri, ritiene anche che venire qui sia il modo migliore per battere Tadej Pogacar nella prossima Grande Boucle.
"Mai sottovalutare nessuno e non sarò certo io a farlo"
- JONAS VINGEGAARD PRIMA
DELL'INIZIO DEL GIRO
BOURGAS (BUL) - È sulla parte inferiore dell'occhio che porta i segni stranamente persistenti della sua goffa caduta di gennaio, avvenuta mentre stava cercando di staccare in discesa un cicloamatore, che Jonas Vingegaard si è presentato a Bourgas mercoledì sera, durante la presentazione delle squadre. Ma che nessuno si sbagli. Il danese non ha fatto il viaggio fino in Bulgaria per farsi prendere a pugni. Piuttosto, per distribuirne generosamente in giro.
Il Giro può essere "imprevedibile", come ricorda l'interessato, ma nessuno si aspetta uno scenario diverso da un dominio incondizionato e senza suspense da parte del danese su questa 109a edizione. Quando la sua partecipazione fu annunciata, a gennaio, era già scritto che sarebbe arrivato in Bulgaria da grande favorito, mentre Tadej Pogacar e Remco Evenepoel si sarebbero presentati a luglio. Il suo status non ha risentito della cascata di forfait verificatasi nelle ultime settimane, come nei casi di Richard Carapaz, Mikel Landa e João Almeida, secondo alle sue spalle nell'ultima Vuelta.
Ed è quindi un viale largo quanto quello della Demokratsia a Burgas, dove oggi taglierà il traguardo il vincitore della 1a tappa, che sembra tracciata per la sua caccia alla maglia rosa. Come potrebbe perdere di fronte a una concorrenza così esigua? «No, ci sono molti pretendenti, chiarisce subito senza sorpresa il danese. «La UAE ha una grande squadra, come la Red Bull e anche la Decathlon. Mai sottovalutare nessuno e non sarà certo io a farlo». Prima di provare i primi incantesimi del Giro - forse già domani sul pavé che porta alla fortezza di Veliko Tarnovo - tutti i segnali sono verdi: «Ho la sensazione di essere cresciuto come potenza per tutta la stagione. Ho anche vinto la mia ultima gara (la Volta Ciclista a Catalunya, il 29 marzo, ndr). Mi sento pronto». Dopo aver vinto facilmente le due gare che ha disputato, Parigi-Nizza e Giro di Catalogna, Vingegaard ha comunque dovuto osservare due giorni di riposo a causa di una «piccola malanno».
Un contrattempo che non era affatto tale, dato che aveva programmato di fare una pausa quella settimana prima di partire per uno stage a Tenerife: «Risale a cinque settimane fa, non ho perso niente. Ho fatto una buona preparazione». Di questo non ha alcun dubbio Jai Hindley, co-leader della Red Bull-BORA-hansgrohe insieme a colui che porta tutte le speranze (ciclistiche) del popolo italiano, Giulio Pellizzari. «È certo che (Vingegaard) sia il grande favorito, non c'è da discutere», il giudizio da parte dell'australiano, vincitore a sorpresa nel 2022. «Ma penso che il Giro sia più imprevedibile del Tour. È una gara speciale, tutto può succedere, specie nella terza settimana. Penso sia piuttosto difficile arrivare qui come (unico) grande favorito.»
Entrare nel cerchio dei vincitori delle tre grandi torri
Vingegaard ha quindi atteso i suoi 29 anni e la sua ottava stagione alla Visma-Lease a bike per avventurarsi finalmente sul primo grande giro della stagione. Si potrebbe vedere in questo il segno di una rinuncia, dell'accettazione della superiorità di Pogačar, che lo ha largamente dominato negli ultimi due Tour de France. Se anche lo sloveno avesse deciso di disputare questo Giro, il danese lo avrebbe fatto comunque? «Sì, sarei venuto lo stesso», assicura con fermezza. «Come ho già detto, è un obiettivo personale essere qui».
Il Giro è l'ultimo dei tre grandi giri che gli resta da conquistare, dopo il Tour (2022 e 2023) e la Vuelta (2025). In caso di successo, il 31 maggio a Roma, diventerebbe l'ottavo corridore a completare la trilogia dopo Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali e Chris Froome. «Visti tutti questi (grandissimi) nomi, sarebbe davvero speciale aggiungere il mio alla lista.Sarebbe un sogno diventato realtà. No, non era nemmeno un sogno, perché è qualcosa che non avrei mai pensato possibile. «La trilogia è molto importante per lui», racconta Sepp Kuss, di nuovo il suo fedele compagno durante queste tre settimane. È qualcosa che le dà molta motivazione quest'anno. Ma vale per tutti i corridori: quando si può fare qualcosa di diverso, è molto motivante.»
In questa corsa contro l'eterno, la prospettiva di superare Pogacar, a cui manca la Vuelta, gli dà qualche motivazione? «No. Realizzare questo triplo è un obiettivo per me... e basta, ha risposto sulla Gazzetta dello Sport. Significa entrare nella storia. Anche lui ci riuscirà, è solo questione di tempo. Forse è il migliore di sempre. Ma l'ho già battuto e sono convinto di poterlo fare di nuovo.
Nel suo piano per raggiungere questo obiettivo, il Giro occuperebbe paradossalmente un posto centrale, contrariamente alla teoria secondo cui la successione delle prime due torri sarebbe necessariamente nefasta per la battaglia estiva. Alla fine della Vuelta, ha manifestato la voglia di unirsi al Giro, riferisce Mathieu Heijboer, che ha preso il posto del suo ex allenatore Tim Heemskerk, partito improvvisamente quest'inverno. Ci siamo quindi soffermati sui dati dietro la sua vittoria. Si è constatato che non subisce il contraccolpo di un grande giro a monte, ma che ne trae invece un leggero beneficio. Oggi il livello del Tour de France è tale che non avevamo altra scelta se non quella di provare qualcosa di nuovo.»
«Quando ho fatto la Vuelta dopo il Tour (nel 2023), mi sono sentito ancora più forte che durante il Tour, per seguire Vingegaard. Credo quindi che fare il Giro possa avvantaggiarmi per il Tour, portandomi a un altro livello.» Se a maggio le sue gambe hanno qualcosa con cui prendersi cura, la testa non si allontana mai davvero da luglio.
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