Lui et les autres

L’Italien de Netcompany Ineos, Filippo Ganna, a très largement dominé le seul contre-la-montre du Giro, pendant que Jonas Vingegaard (13e) se montrait à la peine et que Rémi Cavagna (Groupama-FDJ United) montait sur le podium.
20 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
MASSA (ITA) – Jonas Vingegaard devait écraser la concurrence et assommer le Giro, hier, mais la journée sur le front de mer toscan a balayé cette prophétie, le Danois de Visma-Lease a bike se montrant bien à la peine, seulement 13e d’un contre-la-montre dominé de la tête, des épaules et des grosses cuisses par Filippo Ganna. L’Italien a collé trois minutes à Vingegaard, et 125 coureurs ont terminé à plus de cinq minutes. Et dans tout ça, le Portugais Afonso Eulálio (Bahrain-Victorious) a même gardé sa tunique rose pour vingt-sept secondes.
Ganna surpuissant
Un transat face à la mer aurait sûrement été un meilleur habitacle pour Filippo Ganna hier après-midi. L’Italien a écrasé la concurrence lors des 42 kilomètres du contre-la-montre entre Viareggio et Massa, et il a dû prendre son mal en patience dans le hot seat pendant plus de deux heures. Le siège dans lequel prend place le meilleur temps provisoire a dû le supporter pendant que tout le reste du peloton butait sur son impressionnante performance. Voir le rouleur de Netcompany Ineos (30 ans) s’imposer n’est pas une surprise, mais le monde qu’il a mis entre lui et les autres (1’53 à Arensman, 2e, ou 3 minutes à Vingegaard, 13e) en est une. « Il n’y avait rien à faire, il était imbattable. Ganna était beau à voir, il était en Italie, il est toujours survolté, rigolait le Français Rémi Cavagna (3e). L’écart est impressionnant, deux minutes quand même… »
À 54,905 km/h de moyenne, le Piémontais a signé un record lors d’un chrono de plus de 40 km sur un grand Tour. Ganna avait bien préparé son affaire (64 dents à l’avant, pour les très longues lignes droites), cet effort en solitaire était coché depuis le début de la saison. « On a fait un travail incroyable cet hiver, appréciait l’Italien, et c’est aussi le cas pour les coureurs du général, avec Thymen ( Arensman) qui termine deuxième comme sur le chrono de Tirreno. J’aime vraiment les longs efforts comme ceux-là, je suis content d’avoir pu faire un chrono sans montée aussi! » Ganna revenait sur le Tour d’Italie après avoir zappé l’édition 2025, et il a rejoint Eddy Merckx au rang des coureurs qui comptent sept victoires en contre-la-montre sur le Giro.
Vingegaard décevant
Hier matin, au départ de Viareggio, plusieurs spécialistes émettaient l’hypothèse que la combinaison dédiée au maillot azzurro pouvait faire perdre au Danois une seconde par kilomètre. Vingegaard, avec son textile Castelli sur la peau, et non pas sa combinaison habituelle de la marque Nimbl, calibrée pour chaque millimètre de son corps, a concédé trois minutes au vainqueur, 1’06’’ à un adversaire comme Arensman, 44’’ sur Derek Gee-West et il n’a pris par exemple que 18 secondes à Giulio Pellizzari et 1’22’’ à Felix Gall, qui s’attendait plutôt à concéder jusqu’à trois minutes sur le Danois… « Terrible ». C’est le mot utilisé par Vingegaard pour qualifier le chrono, avant de développer: « C’était un contre-la-montre très long. Un parcours comme celui-ci, complètement plat, n’est pas ma spécialité, mais je pense que je m’en suis plutôt bien sorti. Mais je suis dans une bonne position au général. Je suis proche du maillot rose. »
Il n’a pas encore repris la première place à Eulalio, mais il possède tout de même 1’30’’ d’avance sur son plus proche adversaire, Thymen Arensman. Gall pointe à 1’57’’, O’Connor à 2’21’’ et Hindley à 2’39’’. Gagne-petit dimanche à Corno alle Scale, solide sans être impérial au Blockhaus, le Danois n’est peut-être pas aussi facile que prévu sur ce Giro. Il n’a pas besoin d’en faire trop, la concurrence étant un peu limitée pour l’heure, mais le chrono d’hier a ouvert une petite brèche. Qu’il pourrait certes très vite refermer, sauf si ses adversaires ont également le sentiment qu’il y a une fissure à élargir.
Cavagna surprenant
Avec Pinarello Q36.5, GroupamaFDJ United était jusqu’à hier la seule équipe à n’avoir décroché aucun top 10 sur le Giro. La formation française a un peu rattrapé son retard grâce au podium de Rémi Cavagna. Une petite surprise, sachant que d’autres coureurs du classement général étaient attendus sur le chrono derrière l’intouchable Ganna. « C’était un objectif que je m’étais fixé depuis plusieurs mois, ce contre-la-montre du Giro qui semblait me correspondre, assurait pourtant le Clermontois de 30 ans, déjà 3e d’un chrono bien plus court à l’UAE Tour cet hiver. J’ai pris le parti de le faire à fond, c’était un objectif de mes trois semaines ici, le podium c’était l’objectif et je l’ai rempli. Ça montre que je suis en jambes. C’est une vraie satisfaction. C’était très roulant, il ne fallait pas faiblir. » Cavagna aurait même pu monter sur la deuxième marche, Arensman ne le devançant que de cinq secondes au classement final. « Je sais que j’ai eu des petits pépins pendant la course, j’ai été gêné quand j’ai doublé des véhicules, j’ai dû freiner, je sais que les secondes sont ici, confie-t-il. Il n’y a pas les deux minutes avec Ganna mais la deuxième place est sûrement là, c’est la seule petite frustration que j’ai sur ce contrela-montre. » Cavagna préfère les exercices en solitaire entre 26 et 32 km, « avec parfois des passages un peu plus vallonnés » , mais celui d’hier entre Viareggio et Massa, parfaitement plat, lui a permis de se montrer et de redonner des couleurs à une formation Groupama-FDJ United qui en avait bien besoin.

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