Vingegaard, le rose est mis
Jonas Vingegaard a placé son attaque, implacable, à 4,6 km l’arrivée pour
s’envoler vers Pila et ce maillot rose tant convoité, sous les acclamations des tifosi.
Vainqueur de sa troisième étape, Jonas Vingegaard a enfilé le maillot rose pour la première fois de sa carrière. Avec près de trois minutes d’avance sur ses poursuivants, la vue est dégagée sur Rome.
24 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
PILA (ITA)– La vallée d’Aoste est à cette époque de l’année une palette de couleurs, une ode au printemps, un kaléidoscope où se révèlent aussi les coureurs du Giro. En majesté au pied des immenses névés blancs du Grand Paradis, du Monte Fallère ou de la Punta del Trajo qui l’entouraient, face à la forêt verte et luxuriante de cette fin mai, Jonas Vingegaard a troqué le maillot azzurro de meilleur grimpeur qu’il portait jusque-là, pour la maglia rosa de leader dont il rêvait et qu’il a enfilée pour la première fois hier. Le leader de Visma-Lease a bike a déambulé avec en fin de journée dans un grand sourire, ravi du plan appliqué à la lettre par son équipe.
Des équipiers pour le mettre sur orbite
Timo Kielich, Tim Rex, Bart Lemmen, Victor Campenaerts, Sepp Kuss et Davide Piganzoli. Six armes de destruction massive, dans l’ordre, pour rendre la vie plus douce à Jonas Vingegaard. Le plan de Visma a fonctionné à merveille hier, du départ fictif, où presque tous les membres de la formation néerlandaise étaient à proximité de la voiture de direction, à l’arrivée, où le Danois s’est imposé. « C’était super impressionnant. Ils étaient vraiment forts aujourd’hui et super motivés pour qu’on gagne cette étape » , salue Vingegaard.
« C’était juste un travail d’équipe irréel. Nous avions un plan clair et chacun a contribué à 100 % » , raconte le Belge Victor Campenaerts, mains sur les hanches, gourde dans la poche arrière et épaté, notamment, par le travail de Tim Rex, « un néo-pro, qui fait son premier grand Tour, et n’a laissé que trente mecs en vie après son travail », à un peu plus de 45 kilomètres de l’arrivée. Sur la route, Campenaerts lui a fait un câlin dans le dos avant de se mettre à son tour à la planche jusqu’à quasiment dix kilomètres de la ligne. Avant de laisser Kuss et Piganzoli, les grimpeurs, écoeurer les adversaires de Vingegaard au général. « Le plan du matin correspond exactement à la manière dont nous l’avons exécuté, jubile le nouveau maillot rose. Nous voulions démarrer dès la première montée. Et à partir de là, nous allions de plus en plus vite. Chacun avait son rythme. On avait ce plan de jouer cette étape, la gagner, et prendre le maillot rose. »
Une seule attaque pour s’envoler
Vingegaard, qui a profité du gros travail de Kuss (un relais de 2,3 km) puis de Piganzoli (2,1 km complètement à bloc), n’a eu besoin que d’une seule attaque, à 4, 6km de la ligne (à peine dix secondes debout sur les pédales) pour faire la différence et filer vers la victoire. Le Danois se retournait régulièrement pour constater l’écart avec Felix Gall (Decathlon-CMA CGM), deuxième à 49 secondes, et les autres, beaucoup plus loin. Son visage ne trahissait aucune fatigue extrême, comme s’il savait exactement à quel rythme il devait aller pour faire basculer le Giro dans cette montée très raide (16,5 km à 7,1 %, des passages à 11 %). « Tu vas forcément au bout de toi-même sur un tel effort, évidemment que c’était un moment difficile, une journée difficile, tempère Vingegaard. Je pense que tout le monde était à la limite, et moi aussi je suis allé à ma limite. »
Pendant la course, le Danois semblait quand même détendu et confiant, à écouter Campenaerts, qui racontait au sommet de Pila que son leader, après trente kilomètres, avait dit à ses coéquipiers: « Les gars, je crois que j’ai un problème, je n’ai pas de chaîne sur mon vélo. » « J’ai dû m’assurer de ne pas perdre mon souffle, je dois avouer qu’il nous a bien fait rire. Il était super confiant. Quand j’ai fini mon travail, il m’a juste dit “bien joué” et m’a fait un clin d’oeil.Je savais qu’on pouvait compter sur lui. Plus tard, j’ai entendu qu’il avait gagné, avec une bonne marge, j’étais vraiment très heureux. »
Un Giro au suspense désormais limité
Maillot rose sur les épaules, Jonas Vingegaard a fait part de sa fierté de porter cette tunique mythique pour la première fois de sa carrière, mais il n’a pas voulu reconnaître que le suspense était déjà bien bien noyé. À la question de savoir s’il avait d’ores et déjà gagné le Tour d’Italie, à huit jours de l’arrivée à Rome, le Danois a esquissé un sourire mais rembarré l’auditoire: « Ce n’est pas vrai. Il y a encore trois étapes de montagne très difficiles la semaine prochaine. Alors oui, ce n’est pas encore fini et tout le monde peut passer une mauvaise journée. Nous devons juste rester concentrés et continuer à nous battre pour ce magnifique maillot. Comme je l’ai dit, ce serait un rêve pour moi de l’amener à Rome. »
Jusqu’à présent, le plan se passe sans accroc, à l’exception du contre-la-montre de Massa, où le Danois était visiblement un brin souffrant (toux et maux de gorge). Mais sur les trois premières étapes de montagne, au Blockhaus, à Corne alle Scale et hier à Pila, il a tapé trois fois du poing sur la table pour trois victoires. « Je suis juste extrêmement heureux de la façon dont cela se passe, consent-il. Avoir trois minutes d’avance, c’est une super bonne position. Maintenant, on n’a plus besoin d’attaquer, on peut courir de manière plus défensive. » Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour le spectacle.
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Magnier perd son maillot... pour une journée ?
24 May 2026 - L'Équipe
Th. P. à Pila.
Avec une étape ramassée sur 133 kilomètres et cinq cols à gravir, dont le premier qui commençait après moins de trois kilomètres de course, il était écrit que la journée de Paul Magnier serait un long calvaire sur les pentes de la Vallée d’Aoste. S’il est arrivé à Pila (143e) avec le maillot cyclamen, le sprinteur français de Soudal Quick-Step (22 ans) ne le portera pas aujourd’hui au départ de Voghera. L’Équatorien Jhonatan Narváez l’en a en effet dépossédé en se glissant habilement dans la grande échappée pour aller cueillir les douze points du sprint intermédiaire à Roisan (km 53,9).
Suffisant pour dépasser Magnier d’un point au classement (131 contre 130), malgré les efforts de Gianmarco Garofoli, qui a tenté d’aller défendre le maillot de son coéquipier. Magnier devrait malgré tout remettre la main sur la tunique cyclamen aujourd’hui avec le sprint massif qui s’annonce à Milan. Narvaez essayera peut-être de se mêler à la bagarre, mais il ne devrait pas faire le poids face à des sprinteurs qui ne laisseront pas passer cette ultime occasion avant la dernière étape à Rome, dimanche prochain.
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