DANS LE SILLAGE DE CHANY
son style inspirent toujours autant.
Trente ans après son décès, Pierre Chany reste la référence du journalisme de cyclisme. Un personnage libre et hors du commun, témoin de l’âge d’or. Une plume à (re)découvrir.
27 Feb 2026 - Vélo Magazine
Par Matthieu Lambert. photos collections l’équipe.
C’est d’abord une photo d’identité au dos (ou sur le rabat, selon les éditions) de l’année du cyclisme. Un monsieur d’un certain âge, les cheveux blanchis. La notice biographique nous apprenait qu’il avait vu le jour en 1922 à Langeac (Haute-loire) – même année, même département que les deux grands-pères, hasard généalogique et géographique engageant. Un portrait en médaillon, 30X34 mm, aussi petit qu’inspirant : le regard, un peu fatigué par une vie de plein vent, voilé par la fumée des Gitanes, semblait franc, empreint d’une invitation. L’homme au casque blanc racontait une histoire que le titre d’un de ses volumes disait fabuleuse : celle du cyclisme. On s’y est plongé, un jour de 1994 – Chany vivait encore – sans plus jamais remonter à la surface. On a découvert une vocation et des caractères, une galerie d’ébouriffés, comme autant de figures repères dans un monde insolite. Appris la rage complexée de Jean Robic, la beauté d’hugo Koblet, le maintien de Louison Bobet, la grâce de Fausto Coppi, l’élégance froide de Jacques Anquetil, la résignation de Raymond Poulidor content de son sort, la ruse de Rik Van Looy, la souplesse et le vice de Roger de Vlaeminck, l’insatiable voracité d’eddy Merckx, la rudesse de pugiliste de Bernard Hinault, le détachement comptable de Miguel Indurain.
Pierre Chany (à l’avant) a couvert 49 Tours.
En 1954, avec Antoine Blondin (debout, à droite),
Roger Frankeur et Claude Muller, il se trouve au coeur de l’action pour
suivre les exploits de Louison Bobet, vainqueur de sa deuxième Grande Boucle.
Des hauts faits tellement plus exaltants que les pages des manuels scolaires, une frise à faire mouliner l’imaginaire. Bonsecours 1947. Vigorelli 1956. Chartreuse 1958. Puy de Dôme 1964. Mourenx 1969. Pra Loup 1975. Sallanches 1980. Champs-élysées 1989. Narrés dans une langue précise et sans apprêt, une plume affûtée comme des cannes de coursier. Clarté absolue, aucune prise entre l’arbre et l’écorce. On connaît la citation de Jacques Anquetil à sa descente de vélo, maintes fois rapportée : « Ne me demandez pas de vous raconter ma course, il y a plus compétent que moi. J’attends de lire demain l’article de Pierre Chany dans L’équipe pour savoir ce que j’ai fait, pourquoi et comment je l’ai fait. Comme il fait autorité, qu’il est compétent, qu’il me connaît et me comprend, sa version sera meilleure que la mienne et deviendra la mienne. »
SAUVEUR DE PETITS CANCRES
Le sens de l’analyse, le bon mot. Un sauveur de petits cancres, l’oasis dans un foyer parental sans autres livres que les siens. On en atteste : la lecture exclusive de Pierre Chany permet à un enfant et un adolescent d’apprendre à écrire ; Christophe Penot le sait bien. « J’admire Chateaubriand, mais je n’ai pas honte d’avoir passé tout ce temps avec Pierre Chany », lance le journaliste désormais éditeur, auteur d’un livre d’entretiens avec celui qu’il considère toujours comme son maître « un Joseph Kessel en puissance. Ce n’est pas beaucoup moins grand que Kessel, Chany ». « Le plus grand dans son domaine », renchérit Philippe Brunel, ex-plume de L’équipe et fils spirituel. « Sincèrement passionné par les autres. En le fréquentant, j’ai eu l’impression de le connaître depuis toujours. Écrire sur le cyclisme peut paraître futile. Mais c’est au fond écrire sur les hommes, donc c’est sérieux. À mes débuts, je me suis dit : ‘‘Si un type comme lui fait ce métier, je peux le faire à mon tour’’, dans le sens ‘‘si un homme de cette nature, de cette envergure, s’intéresse à cela, c’est un boulot valable’’. Chany a instauré un genre. » Un sous-genre à première vue, sublimé par le conteur qui faisait crépiter la Japy, clope au bec. « Cela peut sembler dérisoire, mais il a tout écrit à la machine, sans le confort extraordinaire offert par l’ordinateur », souligne Jean-luc Gatellier, autre vétéran du Parisien et de L’équipe. « Il fallait éviter les ratures, faire mouche. Chany te faisait rêver, voyager… »
Au palmarès du Tour operator : 49 Tours de France de 1947 à 1995, près de quatre décennies au journal L’équipe, un GP de la littérature sportive en 1972, un prix Henri-desgrange de l’académie des sports, un prix Lucien-d’apo, et ce prix Martini, reçu en 1967 pour un papier consacré au record de l’heure de Ferdinand Bracke, jamais écrit, dicté à chaud au téléphone. « Sous-genre » rehaussé au gré de milliers d’articles, chroniques, comptes-rendus rédigés dans l’urgence du bouclage (merveilleux stimulant) de ces ouvrages volumineux comme un pavé de Paris-roubaix. Jamais en compilateur stérile, désincarné. De la chair, de l’inédit favorisé par sa présence au coeur de l’action : le type en tricot rayé juché sur le tan-sad de la moto dans le sillage immédiat de Robic, Teisseire et Fachleitner lors de l’ultime étape du Tour 47, c’est lui ; l’intrus pédalant se glissant à la faveur de l’obscurité au coeur du peloton d’un Bordeaux-paris pour les besoins d’un mémorable reportage Ma nuit avec les coureurs, c’est encore lui. Il cultivait un vaste réseau d’informateurs tissé au fil des ans. À la fois journaliste, historien, écrivain, introducteur de la littérature sportive en France avec le didactique et imagé Les rendez-vous du cyclisme ou Arriva Coppi, un témoignage influencé par la lecture d’ernest Hemingway. « Lui a influencé tout le monde », jure Philippe Brunel. « Sans professer », précise Jean Montois, l’ancien de l’agence France-presse. « Il n’avait rien d’un enseignant ; nous apprenions en le regardant faire. Pour ses confrères : un leader, à défaut d’être un modèle. Sa capacité à discerner d’emblée l’important de l’accessoire me fascinait. Jacques Goddet a écrit à son sujet : “Lui seul semble tout prévoir.” Comment était-il parvenu à ce résultat ? Il exerçait une sorte d’ascendant naturel. Il en imposait sans tapage, dégageait une aura. Au-delà de ses écrits, de sa juste perception des événements, sa personnalité tranchait. » Celle d’un homme instinctif et clairvoyant, instruit des choses de la vie qui se joue parfois sur un coup de dés, capable de « savoir quand on lui mentait », poursuit Montois, pour qui « sa connaissance des coureurs se doublait d’une connaissance des humains ».
Que ce soit derrière sa machine à écrire en 1957
(à gauche) ou debout à l’arrière d’une moto sur le Tour 1959,
Pierre Chany prenait plaisir à suivre les courses
et ceux qui les font et plus encore à les conter.
Les plaisirs du natif de Langeac ?
Côtoyer les champions comme ici Jacques Anquetil au
départ du Paris-Roubaix 1960 et filer le train au peloton.
MÉFIEZ-VOUS DE L’ORDRE
Un être exigeant, naturellement sceptique à l’égard de tous les pouvoirs, épris de vérité autant que de liberté et de nomadisme, cette existence sans garde-fou, propice aux excès – le stoïque Jean Farges, chauffeur de la mythique voiture 101 sur le Tour de France, l’a souvent attendu jusqu’au petit matin pour le reconduire. Une nuit de libations lui aurait fait manquer le départ d’un Milansan Remo. Épaté par sa résistance physique la soixantaine bien entamée, Jean-luc Gatellier se remémore le petit somme d’un quart d’heure piqué sur le siège avant lors d’un Liège-bastogneliège, suffisant pour émerger frais comme un gardon. Accessible quoique intimidant avec les plus jeunes, le joueur de poker se faisait un peu comédien à la veillée, juste assez de mauvaise foi pour pimenter la discussion, pousser l’interlocuteur dans ses retranchements. En privé, il pouvait se montrer caustique et grinçant, fustiger Tony Rominger en suisse alémanique bas du casque. Bourreau de travail, ce balzacien dans sa boulimie d’écriture s’est totalement dédié à son métier, le cyclisme au service duquel, peu sensible aux loisirs, « il s’est annulé », dit Brunel. En dévot, lui, le bouffeur de curé, le rebelle. Montois : « Il avait un côté anarchiste, pas “À bas l’ordre !“Plutôt “méfiez-vous de l’ordre”. » En matière de dopage, il n’était surtout pas de ceux qui ne veulent rien voir, rien savoir. Il a traité toutes les affaires (dont celle, difficile à démêler, du courrier de Dax) sans complaisance, mais sans revêtir la robe de procureur, soupesant les responsabilités, refusant tout manichéisme. Le grand Alfredo Binda lui avait dit un jour qu’en la matière, il ne faut jamais croire un coureur. Sa proximité avec les champions laisse pantois : il a dormi dans le même lit que René Vietto, enseigné à Anquetil l’art délicat de manger les verres sur le comptoir, vu Robic en slip, roulé en vallée de Chevreuse avec Coppi, convaincu Jean Graczyk de décrocher des amphètes, tapé le carton avec Poupou. Des affinités électives « jamais au détriment de l’information », assure Philippe Brunel. « C’est moche d’être partisan, on sent les arrière-plans. Si le coureur déconne, il faut l’écrire. Sinon, vous êtes un attaché de presse. » Un de ces passe-plats dont se défiait le fidèle en amitié, sans doute moins en amour.
Installé à Créteil, mais viscéralement attaché à ses racines auvergnates au point de jouer de ses relations pour équiper de superbes vélos Bianchi le modeste club de L’AC Langeac. Son petit-fils Jeanfabien, aujourd’hui éleveur de moutons à Ramenac, se souvient d’un aïeul gentil et généreux débarquant à la ferme dans sa belle Mercedes, plein d’attentions, la Super Nintendo sur la banquette arrière, un billet pour une destination ensoleillée dans son portefeuille d’auvergnat pas si radin. « Le soir, il s’engueulait avec mon père, revenu à la terre dans l’après-68, sourit Jean-Fabien. Ils ne se comprenaient pas, ça finissait souvent en esclandre. Il avait également des rapports conflictuels avec ma grand-mère. Avec moi, il était très prévenant, il m’emmenait à la pêche. Sa faculté d’adaptation m’étonnait : aussi à l’aise avec les paysans qu’avec les gens des hautes sphères. Un caméléon. »
Double héritage oblige. Chany, c’est l’histoire d’un gamin des champs jeté sur le pavé de Paris, quand son père quitte l’aride pays natal pour ouvrir un café bougnat dans le XIE arrondissement. Qui devient serrurier, sans conviction, rejoint le maquis en 1942 quand les flics viennent le chercher pour ouvrir l’appartement d’une famille juive. Distinctions : croix de guerre, quatre citations. Expérience profondément marquante. « Il ne faisait jamais référence à son passé de résistant, salue Gatellier. Je l’ai appris après sa mort. » Chany a « disputé » le Tour de France 1995, son dernier, avec des pansements sur ses mains crevassées ; de vieilles plaies se rouvraient parfois. « Arrêté et torturé, il n’a jamais parlé, s’incline Penot. Sans juger ceux qui avaient craqué. Il se montrait extrêmement pudique sur la question. Comme au sujet des femmes : “Je garde ma chemise et mon pantalon !” » La paix revenue, il avait embrassé le journalisme, sur la foi de son envie, son certificat d’études, sa connaissance du vélo pratiqué en compétition avant-guerre. S’y était imposé, scoops à l’appui : le forfait de Kübler au Tour, les tentatives d’anquetil contre l’heure, l’usage de la cortisone par Bernard Thévenet – la révélation conduisit la firme Peugeot à sucrer tout le budget pub au journal L’équipe. Toujours sur la brèche, il s’est prolongé très au-delà de l’âge de la retraite, malgré une santé de plus en plus précaire. « Il avait peur du vide », pense Brunel. « Il a poussé jusqu’au bout en sachant que c’était fini. Quand tu n’as que ça dans ta vie, tu veux finir sur les planches », lâche Gatellier.
Pierre Chany s’est éteint le 18 juin 1996, entre le Dauphiné, dont il avait pris le départ, et le Tour de France. Dans les années suivant sa mort, les veilles de grandes classiques, ses confrères émus ont continué de descendre dans les hôtels où il avait ses habitudes, à Milan, Gand, où Liège. Christophe Penot : « Ce n’était pas donné à tout le monde d’être lui. Un honnête homme. Si c’était à refaire, je l’asticoterais tout de même davantage sur la littérature, la religion, la parabole des talents. Dépositaire d’un savoir qu’il ne nous a pas totalement transmis, Pierre Chany n’a pas exploité ses talents. » Cantonné à un registre, quand Pierre Lazareff, le patron de France Soir, l’imaginait à raison en reporter de guerre. Il laisse tout de même un unique roman Une longue échappée – titre trompeur, il ne s’agit pas de vélo.
UN PRIX À SON NOM
Faute de temps, Le Forcené, son deuxième manuscrit, est resté inachevé au fond d’un tiroir. Qu’importe : Chany, personnage romanesque, hante les pages du livre de Philippe Brunel Le Cercle des Obligés, sous les traits du vieux journaliste Salberg. Tout à la rédaction d’un récit de jeunesse dont son mentor est l’un des protagonistes, Brunel ignore s’il ira au bout. « Tout cela est très intime… » Que subsiste-t-il de palpable ? Une quarantaine d’ouvrages aisément disponibles sur internet, un gymnase et une course « toutes catés » à Langeac, un prix journalistique récompensant le meilleur article cycliste en langue française lancé par Christophe Penot, des archives que le petit-fils se propose d’ouvrir, des souvenirs indélébiles chez ceux qui l’ont fréquenté. « Trente ans après, nous sommes en train d’en parler, ce n’est déjà pas si mal », souffle Philippe Brunel. « Ce type formidable mérite que l’on pense à lui. » Une image pour finir, extraite d’un reportage télévisé de 1996. Les pieds dans l’eau, Chany vieilli taquine la truite en compagnie de Jean-Fabien dans un torrent de Haute-loire. Il dit : « On passe trop peu de temps sur cette terre pour se permettre d’être un salaud. On ouvre les yeux à 15 ans, et on les ferme. Ça ne vaut pas la peine, on peut très bien vivre sans se compliquer la vie avec ce genre de choses. »
***
SULLE ORME DI CHANY
A trent'anni dalla sua scomparsa, la sua penna e il suo stile continuano a ispirare come un tempo.
A trent'anni dalla sua scomparsa, Pierre Chany rimane un punto di riferimento per il giornalismo ciclistico. Un personaggio libero e fuori del comune, testimone dell'epoca d'oro.
Una penna da (ri)scoprire.
27 febbraio 2026 - Vélo Magazine
di Matthieu Lambert. Foto: collezioni L’Équipe.
Si tratta innanzi tutto di una fototessera sul retro (o sul risvolto, a seconda delle edizioni) dell’Annuario del ciclismo. Un signore di una certa età, dai capelli brizzolati. La nota biografica ci informava che era nato nel 1922 a Langeac (Alta Loira) – stesso anno, stesso dipartimento dei due nonni, una coincidenza genealogica e geografica affascinante. Un ritratto a medaglione, 30x34 mm, tanto piccolo quanto stimolante: lo sguardo, un po’ stanco per una vita all’aria aperta, velato dal fumo delle Gitanes, sembrava sincero, intriso di un invito. L’uomo con il casco bianco raccontava una storia che il titolo di uno dei suoi volumi definiva favolosa: quella del ciclismo. Ci siamo immersi in essa, un giorno del 1994 – Chany era ancora vivo – senza più riemergere. Abbiamo scoperto una vocazione e dei personaggi, una galleria di figure stravaganti, come altrettanti punti di riferimento in un mondo insolito. Abbiamo imparato a conoscere la rabbia tormentata di Jean Robic, la bellezza di Hugo Koblet, il portamento di Louison Bobet, la grazia di Fausto Coppi, la fredda eleganza di Jacques Anquetil, la rassegnazione di Raymond Poulidor soddisfatto del proprio destino, l’astuzia di Rik Van Looy, la flessibilità e il vizio di Roger de Vlaeminck, l’insaziabile voracità di Eddy Merckx, la rudezza da pugile di Bernard Hinault, il distacco da contabile di Miguel Indurain.
Pierre Chany (in primo piano) ha seguito 49 Tour.
Nel 1954, con Antoine Blondin (in piedi, a destra),
Roger Frankeur e Claude Muller, si trova nel vivo dell’azione per
seguire le imprese di Louison Bobet, vincitore del suo secondo Tour de France.
Imprese molto più esaltanti delle pagine dei libri di scuola, una sequenza che fa volare l’immaginazione. Bonsecours 1947. Vigorelli 1956. Chartreuse 1958. Puy de Dôme 1964. Mourenx 1969. Pra Loup 1975. Sallanches 1980. Champs-Élysées 1989. Raccontati con un linguaggio preciso e senza fronzoli, con una penna affilata come le stanghe di un corriere. Chiarezza assoluta, nessun divario tra il tronco e la corteccia. Conosciamo la citazione di Jacques Anquetil appena sceso dalla bicicletta, più volte riportata: «Non chiedetemi di raccontarvi la mia gara, c’è chi ne sa più di me». Aspetto di leggere domani l’articolo di Pierre Chany su L'Équipe per sapere cosa ho fatto, perché e come l’ho fatto. Poiché è autorevole, competente, mi conosce e mi capisce, la sua versione sarà migliore della mia e diventerà la mia.»
SALVATORE DEI SOMARELLI
Il senso dell’analisi, la battuta azzeccata. Un salvatore dei somarelli, l’oasi in una casa dove non c’erano altri libri se non i suoi. Ne abbiamo la prova: la lettura esclusiva di Pierre Chany permette a un bambino e a un adolescente di imparare a scrivere; Christophe Penot lo sa bene. «Ammiro Chateaubriand, ma non mi vergogno di aver passato tutto questo tempo con Pierre Chany», afferma il giornalista, ora editore, autore di un libro di interviste con colui che considera ancora il suo maestro, «un Joseph Kessel in erba. Chany non è molto meno grande di Kessel». «Il più grande nel suo campo», aggiunge Philippe Brunel, ex giornalista de L'Équipe e suo erede spirituale. «Sinceramente appassionato degli altri. Frequentandolo, ho avuto l’impressione di conoscerlo da sempre. Scrivere di ciclismo può sembrare futile. Ma in fondo significa scrivere degli uomini, quindi è una cosa seria. All’inizio mi sono detto: “Se uno come lui fa questo mestiere, posso farlo anch’io”, nel senso che “se un uomo di questa natura, di questa levatura, si interessa a questo, è un lavoro che vale la pena”. Chany ha creato un genere.» Un sottogenere a prima vista, sublimato dal narratore che faceva crepitare la Japy, con la sigaretta in bocca. «Può sembrare irrisorio, ma ha scritto tutto a macchina, senza la straordinaria comodità offerta dal computer», sottolinea Jean-Luc Gatellier, altro veterano de Le Parisien e de L’Équipe. «Bisognava evitare le cancellature, andare a segno. Chany ti faceva sognare, viaggiare…»
Nel palmarès del Tour operator: 49 Tour de France dal 1947 al 1995, quasi quattro decenni al quotidiano L’Équipe, un Gran Premio della letteratura sportiva nel 1972, un premio Henri-Desgrange dell’Académie des Sports, un premio Lucien-D’Apo e questo premio Martini, ricevuto nel 1967 per un articolo dedicato al record dell’ora di Ferdinand Bracke, mai scritto, dettato a caldo al telefono. Un «sottogenere» valorizzato da migliaia di articoli, cronache, resoconti redatti nella fretta della chiusura (meraviglioso stimolo) di queste opere voluminose come un lastricato della Parigi-Roubaix. Mai un semplice cronista asettico, distaccato. Carne e ossa, l’inedito reso possibile dalla sua presenza nel vivo dell’azione: il tizio con la maglia a righe appollaiato sul sedile posteriore della moto, sulla scia immediata di Robic, Teisseire e Fachleitner durante l’ultima tappa del Tour del ’47, è proprio lui; l’intruso in sella che, approfittando dell’oscurità, si infilava nel cuore del gruppo di una Bordeaux-Parigi per le esigenze di un memorabile reportage La mia notte con i corridori, è ancora lui. Coltivava una vasta rete di informatori tessuta nel corso degli anni. Giornalista, storico, scrittore, introduttore della letteratura sportiva in Francia con il didattico e ricco di immagini Les rendez-vous du cyclisme o Arriva Coppi, una testimonianza influenzata dalla lettura di Ernest Hemingway. «Ha influenzato tutti», giura Philippe Brunel. «Senza fare il professore», precisa Jean Montois, l’ex dell’agenzia France-Presse. «Non aveva niente di un insegnante; imparavamo guardandolo all’opera. Per i suoi colleghi: un leader, se non un modello. La sua capacità di discernere immediatamente l’importante dall’accessorio mi affascinava. Jacques Goddet ha scritto di lui: “Sembra che solo lui preveda tutto.” Come era riuscito a ottenere quel risultato? Esercitava una sorta di ascendente naturale. Imponeva rispetto senza clamore, emanava un’aura. «Al di là dei suoi scritti e della sua acuta percezione degli eventi, spiccava la sua personalità.» Quella di un uomo istintivo e perspicace, esperto delle cose della vita che a volte si gioca con un lancio di dadi, capace di «capire quando gli si mentiva», continua Montois, per il quale «la sua conoscenza dei corridori si accompagnava a una conoscenza degli esseri umani».
Che fosse dietro la sua macchina per scrivere nel 1957
(a sinistra) o in piedi sul retro di una moto al Tour del 1959,
Pierre Chany provava piacere nel seguire le gare
e coloro che le disputano e, ancora di più, nel raccontarle.
I piaceri del nativo di Langeac? Frequentare i campioni, come qui Jacques
Anquetil alla partenza della Parigi-Roubaix del 1960, e stare al passo con il gruppo.
DIFFIDATE DELL’ORDINE
Un uomo esigente, naturalmente scettico nei confronti di ogni forma di potere, amante della verità tanto quanto della libertà e del nomadismo, questa esistenza senza freni, propizia agli eccessi – lo stoico Jean Farges, autista della mitica auto 101 al Tour de France, lo ha spesso atteso fino alle prime ore del mattino per riaccompagnarlo. Una notte di bevute gli avrebbe fatto perdere la partenza di una Milano-Sanremo. Stupito dalla sua resistenza fisica ben oltre i sessant’anni, Jean-Luc Gatellier ne ricorda il pisolino di un quarto d’ora fatto sul sedile anteriore durante una Liegi-Bastogne-Liegi, sufficiente per riemergere fresco come una rosa. Accessibile pur se intimidente con i più giovani, il giocatore di poker si trasformava un po’ in attore durante le serate, con quel tanto di malizia che bastava a rendere più piccante la discussione e a mettere alle strette l’interlocutore. In privato, poteva mostrarsi caustico e sarcastico, criticando aspramente Tony Rominger in un dialetto svizzero-tedesco rozzo. Stacanovista, questo balzachiano nella sua bulimia di scrittura si è dedicato totalmente al suo mestiere, il ciclismo, al servizio del quale, poco sensibile al tempo libero, «si è annullato», dice Brunel. Da devoto, lui, il mangiapreti, il ribelle. Montois: «Aveva un lato anarchico, non “Abbasso l’ordine!”, piuttosto “diffidate dell’ordine”». In materia di doping, non era certo di quelli che non vogliono vedere nulla, non vogliono sapere nulla. Ha trattato tutti i casi (compreso quello, difficile da districare, della posta di Dax) senza compiacenza, ma senza vestire i panni del procuratore, soppesando le responsabilità, rifiutando ogni manicheismo. Il grande Alfredo Binda gli aveva detto un giorno che, in materia, non bisogna mai credere a un corridore. La sua vicinanza ai campioni lascia a bocca aperta: ha dormito nello stesso letto di René Vietto, ha insegnato ad Anquetil la delicata arte di mangiare i bicchieri sul bancone, ha visto Robic in mutande, ha pedalato nella valle di Chevreuse con Coppi, ha convinto Jean Graczyk a smettere con le amfetamine, ha fatto quattro chiacchiere con Poupou. «Affinità elettive che non vanno mai a discapito dell’informazione», assicura Philippe Brunel. «È brutto essere di parte, si percepiscono i retroscena. Se il corridore fa una cazzata, bisogna scriverlo. Altrimenti, sei un addetto stampa.» Uno di quei portavoce di cui il fedele diffidava nell’amicizia, ma senza dubbio meno in amore.
Stabilitosi a Créteil, ma visceralmente legato alle sue radici dell’Alvernia al punto da sfruttare le sue relazioni per dotare di splendide biciclette Bianchi il modesto club dell’AC Langeac. Suo nipote Jean-Fabien, oggi allevatore di pecore a Ramenac, ricorda un nonno gentile e generoso che arrivava alla fattoria con la sua bella Mercedes, pieno di attenzioni, il Super Nintendo sul sedile posteriore, un biglietto per una destinazione soleggiata nel portafoglio di un auvergnate non poi così tirchio. «La sera litigava con mio padre, tornato alla terra nel dopo-Sessantotto», sorride Jean-Fabien. «Non si capivano, spesso finiva in un putiferio. Aveva rapporti conflittuali anche con mia nonna. Con me era molto premuroso, mi portava a pescare. La sua capacità di adattamento mi stupiva: a suo agio sia con i contadini sia con la gente dell’alta società. Un camaleonte. »
Un doppio retaggio. Chany è la storia di un ragazzo di campagna catapultato sulle strade di Parigi, quando suo padre lasciò l’arida terra natale per aprire un caffè nel XI arrondissement. Divenne fabbro, senza grande convinzione, e si unì alla resistenza nel 1942, quando la polizia venne a cercarlo per fargli aprire l’appartamento di una famiglia ebrea. Onorificenze: croce di guerra, quattro menzioni. Un'esperienza profondamente segnante. «Non faceva mai riferimento al suo passato di partigiano», ricorda Gatellier. «L'ho saputo dopo la sua morte». Chany ha «disputato» il Tour de France del 1995, il suo ultimo, con cerotti sulle mani screpolate; a volte le vecchie ferite si riaprivano. «Arrestato e torturato, non ha mai parlato», si inchina Penot. «Senza giudicare chi aveva ceduto. Si mostrava estremamente pudico sulla questione. Come riguardo alle donne: “Mi tengo la camicia e i pantaloni!” » Una volta tornata la pace, si era dedicato al giornalismo, forte della sua voglia di fare, del suo diploma di scuola media e della sua conoscenza del ciclismo agonistico prebellico. Si era imposto nel settore, grazie a scoop come il ritiro di Kübler al Tour, i tentativi di Anquetil contro l’ora, l’uso del cortisone da parte di Bernard Thévenet – la rivelazione portò la Peugeot a tagliare tutto il budget pubblicitario al giornale L'Équipe. Sempre in prima linea, ha continuato a lavorare ben oltre l’età della pensione, nonostante una salute sempre più precaria. «Aveva paura del vuoto», pensa Brunel. «Ha tenuto duro fino alla fine, pur sapendo che era finita. Quando nella vita non hai altro che questo, vuoi chiudere in sella», afferma Gatellier.
Pierre Chany si è spento il 18 giugno 1996, tra il Dauphiné, di cui aveva preso il via, e il Tour de France. Negli anni successivi alla sua morte, alla vigilia delle grandi classiche, i suoi colleghi commossi hanno continuato a recarsi negli alberghi dove era solito soggiornare, a Milano, Gand o Liegi. Christophe Penot: «Non era dato a tutti essere lui. Un uomo onesto. Se dovessi rifare tutto da capo, lo stuzzicherei comunque di più sulla letteratura, la religione, la parabola dei talenti. Depositario di un sapere che non ci ha trasmesso completamente, Pierre Chany non ha sfruttato (tutti) i suoi talenti.» Confinato a un unico registro, quando Pierre Lazareff, il direttore di France Soir, lo immaginava giustamente come reporter di guerra. Lascia comunque un unico romanzo, Une longue échappée – titolo ingannevole, non si tratta di ciclismo.
UN PREMIO A SUO NOME
Per mancanza di tempo, Le Forcené, il suo secondo manoscritto, è rimasto incompiuto in fondo a un cassetto. Non importa: Chany, personaggio romanzesco, aleggia sulle pagine del libro di Philippe Brunel Le Cercle des Obligés, nelle vesti del vecchio giornalista Salberg. Impegnato nella stesura di un racconto di gioventù di cui il suo mentore è uno dei protagonisti, Brunel non sa se lo porterà a termine. «È tutto molto intimo…» Cosa rimane di tangibile? Una quarantina di libri facilmente reperibili su Internet, una palestra e una gara «per tutte le categorie» a Langeac, un premio giornalistico per il miglior articolo sul ciclismo in lingua francese lanciato da Christophe Penot, gli archivi che il nipote intende rendere accessibili, ricordi indelebili in chi lo ha conosciuto. «Trent’anni dopo, ne stiamo ancora parlando, già non è male», sussurra Philippe Brunel. «Questo tipo formidabile merita che si pensi a lui.» Un’immagine per concludere, tratta da un servizio televisivo del 1996. Con i piedi nell’acqua, Chany, ormai invecchiato, pesca le trote in compagnia di Jean-Fabien in un torrente dell’Alta Loira. Dice: «Passiamo troppo poco tempo su questa Terra per permetterci di essere dei bastardi. Apriamo gli occhi a 15 anni e li chiudiamo. Non ne vale la pena, si può vivere benissimo senza complicarsi la vita con questo genere di cose.»

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