« UN PROFIL À LA BOONEN »
Le technicien flamand entraîne Paul Magnier depuis mars 2024, avec un projet à long terme.
27 Feb 2026 - Vélo Magazine
PAR BENEDICT VANCLOOSTER.
« Paul a franchi un cap important l’an passé en apprenant parfois à lever le pied. Il possède cette qualité essentielle d’aimer s’entraîner. Mais son enthousiasme de jeune coureur, combiné à celui de son ancien entraîneur, l’amenait parfois à en faire un peu trop, avec la tendance à arriver trop tôt en forme. J’essaie de le freiner à temps, de lui faire comprendre l’impact que peut avoir, sur son corps dans quelques semaines ou quelques mois, le fait de pousser aujourd’hui vingt ou trente watts de trop. L’hiver dernier, nous avons surtout travaillé sa base : davantage d’efforts dans les zones basses de fréquence cardiaque et de puissance, la fameuse zone 2, afin de développer le système énergétique dominant lors des efforts de longue durée. Paul est par nature un coureur explosif. Sur des efforts d’une seconde à une minute et demie, il a fait déjà partie de l’élite mondiale. Nous continuons à entretenir cette arme, mais l’art consiste à ne pas la laisser devenir prédominante. Avant de pouvoir sprinter pour la victoire, il doit encore arriver avec le groupe de tête. Et s’il dispute le Giro, nous voulons qu’il ait encore du souffle après deux semaines de course. Renforcer sa base est également essentiel en vue des classiques de cinq à six heures. Paul souhaite clairement s’orienter dans cette direction et il en a les qualités physiologiques. Si je le compare à Tim Merlier (également entraîné par Broché), il s’en rapproche en termes de puissance de pointe, mais Paul dispose d’un plus gros moteur. Son système cardiovasculaire est davantage taillé pour l’endurance que celui de Tim. Il affiche une VO2 max plus élevée. Il peut ainsi enchaîner les petites côtes sans accumuler trop de fatigue et supporter un volume d’entraînement légèrement supérieur. Dans le profil, je compare souvent Paul à Tom Boonen : un coureur très rapide dans ses jeunes années, qui gagne progressivement en gabarit. Sa vitesse pure s’émoussera peut-être un peu avec le temps, par nature et par effet de l’entraînement, mais il compensera sans doute cette perte en développant une meilleure “vision hélicoptère” dans les sprints – l’un des grands points forts de Tim – ce qui lui permettra de continuer à gagner des arrivées massives. Je vois aussi Paul combiner encore longtemps les sprints et les classiques. Parmi les Monuments, le Tour des Flandres et Paris-roubaix sont, à terme, ceux qui lui correspondent le mieux. Les limites d’un coureur ne sont jamais entièrement prévisibles, mais à l’avenir il devra pouvoir y jouer à armes égales avec Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar. Il lui faudra encore deux ou trois ans, à mon avis. Paul doit apprendre à mieux lire la course, à mieux répartir ses apports énergétiques et ses efforts afin de courir de manière plus efficace. Cela viendra avec la connaissance des parcours et l’expérience, mais aussi en apprenant à canaliser son tempérament. Par moments, il a encore trop envie de montrer en course à quel point il est fort. Paul ne sera jamais un coureur qui attaque à 50 kilomètres de l’arrivée pour aller seul au bout. Il devra toujours s’appuyer sur son sprint dans un petit groupe. Lui faire porter dès maintenant toute la responsabilité de l’équipe au printemps serait encore prématuré, je pense. C’est aussi pour cela que j’ai salué l’arrivée de renforts comme Jasper Stuyven et Dylan van Baarle. Il pourra apprendre à leur contact : sur le plan tactique et technique, mais aussi, par exemple, sur la manière d’assumer un rôle de leader au sein d’une équipe. Dans les courses juste en dessous des Monuments, je vois en revanche Paul jouer la victoire dès ce printemps. Il en a déjà apporté la preuve l’an dernier avec sa deuxième place dans l’omloop Nieuwsblad. Quand on est capable de cela, on peut aussi prétendre au succès dans des épreuves comme À travers la Flandre ou Gand-wevelgem. Ce serait une nouvelle et belle étape dans sa progression. »
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