PAUL LÈVE LE VOILE
LA VOIE DE PAUL MAGNIER
Il a 21 ans, il est né au Texas et court pour une équipe belge mais rêve de remporter le maillot arc-en-ciel sous les couleurs de la France. Paul Magnier a remporté dix-neuf courses la saison dernière et, désormais, ce sprinteur rêve de classiques.
« J’AVAIS 18 ANS, ILS ÉTAIENT ENVIRON 120, JE N’AURAIS JAMAIS IMAGINÉ QU’UNE ÉQUIPE IMPLIQUAIT TANT DE MONDE... »
27 Feb 2026 - Vélo Magazine
Par Gilles Comte. Photos Jean-Baptiste Autissier/L'Équipe.
Vainqueur d’une course dès son entrée chez les pros en 2024, et dix-neuf fois victorieux l’an dernier, Paul Magnier est au coeur des attentions chez Soudal Quick-step qui a laissé partir Remco Evenepoel cet hiver. L’espoir de 21 ans ne veut pas se cantonner à un rôle de sprinteur, il nous a longuement expliqué comment il voit la suite.
C’était hier, c’était il y a une éternité. En ce temps-là, Paul Magnier se voyait grimpeur, non pas qu’il s’était choisi un destin, mais parce qu’il n’a jamais eu à coeur de contredire ce que la nature avait de mieux à lui proposer. On pouvait y voir une lointaine ramification de sa nonchalance qui l’accompagne encore aujourd’hui, dont il fait une force plus qu’une faiblesse. Il se laissait façonner par la vie, sans chercher à lui opposer les moindres exigences personnelles. C’était hier, c’était à l’époque où il faisait podium de la Classique des Alpes Juniors. C’était hier, c’était tout à l’heure à l’échelle d’une vie, puisqu’on parle d’un temps où Lenny Martinez, 22 ans à ce jour, était déjà professionnel.
Nous sommes donc en 2022, le jeune Paul est un long escogriffe d’1,87 m pour 64 kilos au plus bas de son poids. Il a la silhouette de ces coureurs efflanqués dont Chris Froome fut une sorte d’égérie moins de dix ans plus tôt. Mais le Britannique, vainqueur de quatre Tours de France, n’a jamais été un modèle car ce junior un peu rêveur ne s’en est jamais choisi aucun.
« PATRICK QUI ? »
Sa seule référence sur la route n’est autre que son père, qui écume les courses régionales et l’a orienté vers le VTT, filière qui va le conduire au Pôle France de Besançon. En l’absence d’une idole à imiter, Paul Magnier passe indifféremment d’une discipline à l’autre, même s’il prend de plus en plus goût à la route car une grande partie de l’entraînement au pôle bisontin privilégie les tranquilles départementales du coin, riches en dénivellation. En somme, il va là où on le convoque, et c’est ainsi que, en marge d’une médaille de bronze dans l’épreuve cross-country des Mondiaux juniors des Gets, il remporte en 2022 une étape du Tour du Pays de Vaud (une course suisse qui fait partie de la Coupe des Nations Juniors) et termine surtout deuxième du Tour de la Lunigiana qui compte à son palmarès Damiano Cunego (1998), Vincenzo Nibali (2002), Tao Geoghegan Hart (2013), Tadej Pogacar (2016), Remco Evenepoel (2018), tous des vainqueurs de Grands Tours. En Italie, Paul Magnier n’est battu que par le seul Antonio Morgado, cinquième deux ans plus tard chez les pros du Tour des Flandres, signe d’un destin qui n’est peut-être pas si figé qu’il en a l’air... Cette manière de mi-temps sur chacune de ses deux disciplines de prédilection lui vaut une huitième place, relativement anonyme, à notre Challenge Vélo Magazine, véritable vitrine du peloton routier junior, mais elle a éveillé au contraire la curiosité de Johan Molly, l’homme qui a soufflé en son temps le nom de Julian Alaphilippe à l’oreille de Patrick Lefévère, l’omnipotent patron de la Quickstep, véritable faiseur de rois en Belgique. « Je parlerai de toi à Patrick », lui glisse le Flamand à l’intuition reconnue. « Patrick qui ? », demande le jeune garçon invité à se greffer en décembre au stage de l’équipe belge à Calpe, en Espagne. Une immersion facilitée par la bienveillance de Julian Alaphilippe avant la signature un an plus tard d’un premier contrat qu’une saison gâchée par une mononucléose au sein de la polyvalente Trinity Racing (Vtt/route/cyclocross) n’est pas venue compromettre. « C’est vrai, nous avouet-il, je n’avais aucune idée de qui était
Patrick Lefévère, mais je faisais de la route depuis peu et je ne m’étais jamais intéressé au cyclisme professionnel. Julian m’a présenté les gens… il m’a présenté le métier, précise-t-il d’une formule au charme naïf. J’avais 18 ans, ils étaient environ 120, je n’aurais jamais imaginé qu’une équipe impliquait tant de monde, j’étais impressionné. Julian, c’est quelqu’un de foncièrement gentil, un coeur en or, encore aujourd’hui, on s’échange quelques messages, parfois une photo. »
L’isérois se replonge dans le contexte du moment alors qu’il est en voiture en direction de Nice, où il posera ses valises quelques jours avant le Tour de l’Algarve, sa première course de la saison. On est à la fois gâté et pas verni car Paul Magnier a du temps à nous consacrer – côté passager, il n’y a pas grand-chose à faire sinon parler – mais la conversation est hachée, quand elle ne part pas en lambeaux avant de disparaître totalement.
L’OEIL DE MERLIER
« On est un peu au milieu de nulle part, mais on se rapproche du littoral où la connexion devrait être meilleure », cherche-t-il à nous rassurer. À chaque coupure, on craint toutefois que l’échange ne cesse définitivement, manière un peu abrupte de mettre fin à une interview, mais le jeune espoir du cyclisme français répond inlassablement à chacun de nos appels, sa voix ne montrant aucun signe d’agacement ou d’impatience. Il n’a personne à côté de lui pour lui dire que le temps qui nous est imparti est écoulé, une sacrée aubaine !
C’est lors de son premier stage « officiel » avec la Quick-step, en décembre 2023, que l’ex-vététiste a réellement pris conscience de sa pointe de vitesse, affirmant même que son équipe « l’avait su avant lui » : « J’ai fait quelques bons sprints, avec de bonnes données, puis ils m’ont confronté à Tim Merlier que j’ai battu une ou deux fois. Je ne mesurais pas tout à fait la performance, mais ils m’ont dit que c’était vraiment fort, que ça pouvait donner de belles choses. » À l’époque, le sprinteur flamand avait reconnu que, oui, le gamin avait de réelles dispositions, qu'il était peut-être « plus talentueux que lui », mais que lui-même n'atteignait son meilleur niveau qu'en en course, fort de cette conjonction entre l'adrenaline, la hargne et la scien- ce du sprint. Une réalité admise par Paul Magnier: Je ne vais pas dire que c'est facile d'être rapide à fen trainement, mais l'enjeu n'est pas le même avec un dossard dans le dos. faut donner raison à ceux qui vous accordent leur confiance et c'est ce que j'ai réussi à faire lors de ma toute première course malgre la pression de désigné leader et de tous ces paramètres propres au sprint massif qui étaient nouveaux pour moi (il s'est imposé en 2024 ou Trophée Ses Salines comptant pour le Chal- lenge de Majorque).
De Tim Merler, Paul Magnier men pense que du bien: « On s'entend franchement bien. Il a un bon oeil pour analyser la course, il n'a pas son pareil pour décortiquer un sprint et me fait part de ses feedbacks. Lan dernier, j'ai fait beaucoup de po- diums sur les épreuves World Tour, il m'a certainement manqué un lead-out (un train), mais pas que ça. J'ai aussi péché par inexpérience, et à ce propos, mes échanges avec Tim sont précieux. Il faut dire aussi qu'a 35 ans, et que d'ici à deux ans, I ne sera plus le meilleur sprinter du monde. J'aurai alors largement ma place comme sprinteur numéro 1 dans l'équipe et j'irai faire les plus grandes courses du calendrier.»
« J'AI RAPIDEMENT PRIS DU MUSCLE
ET IL S'AVÈRE QUE CE MUSCLE ÉTAIT EXPLOSIF>>
DRIES, SON ELENA
En attendant, ils se partagent le marché (Magnier ira par exemple au Giro tandis que Merlier visera une quatrième victoire d'étape sur le Tour de France) Chacun, bien en- tendu, dispose de son binôme, Bart Van Lerberghe pour le champion d'Europe 2024, Dries Van Gestel pour celui qui a cartonné l'an dernier avec ses dix-neuf victoires, à une unité seulement de Tadej Pogacar si le jeu des comparaisons a un sens. Plus que n'importe quel autre membre du train d'un sprinteur, le pois-son-plote a un statut à part: c'est un peu le Daniel Elena de Sébastien Loeb en rallye. Il met sa vie en danger pour un autre, lui dédie son exis tance, consent aux mêmes sacrifices pour un bénéfice a sens unique.
C'est une pression supplémentaire, une écrasante responsabilité, surtout pour un jeune coureur de 21 ans qui n'a pas encore Tassise émotionnelle d'un trentenaire: « Je ressens plutôt un devoir d'arriver sur chaque course avec l'envie de donner le meilleur de moi-même. C'est vrai qu'ils ne sont pas si nombreux les coureurs qui se donnent à 100% dans les 500-600 derniers metres sans jamais envisager la victoire. mais avec Dries, on a senti très vite fan dernier que fon avait une bonne connexion dans la final des courses. llen tire une vraie satisfaction, et je pense même que le fait que je n'ai que 21 ans (Von Gestel en a dix de plusça le rajeunit ! »
Honnête grimpeur dans un passé pas si lointain, respectable sprinter aujourd'hui, une mue express qui permet de comparer les sensations. dou notre curiosité à savoir si fune domine l'autre, autrement dit si impression de force et de vitesse au cette saison, Paul coude à coude est plus jouissive et Magnier sera exaltante que le sentiment d'une pédalée aérienne pour lächer l'autre. Il réfléchit un instant, provoquant en nous la crainte d'une nouvelle coupure du réseau mais sa voix revient après quelques longues secondes: « Le sentiment le plus important, c'est le sentiment de victoire! Le moyen par lequel on passe n'a aucu ne importance. »
<<LA MUSCU, IL FAUT ME CALMER
SINON JE PEUX VITE DEVENIR BODYBUILDER!>>
15 KILOS DE PLUS
Le jeune athlète nous confirme un pic de puissance de 1952 watts que nous avons déniché quelque part sur internet, et enchaine avec son évolu tion physique: La musculation n'y est pas étrangère. J'adore ça, la muscu! Ce n'est pas une contrainte, c'est un plaisir. Je pense méme qu'il faut essayer de me calmer, sinon, je peux vite devenir bodybuilder! J'en fais depuis longtemps avec le VTT, c'est dans la continuité en fait...»
A l'entendre toutefois, à était programmé pour suivre ce cheminement de coureur type relief à terreur de la dernière ligne droite: « On est encore des enfants quand on est chez les juniors, puis le corps se dé veloppe j'ai rapidement pris du mus cle, et il s'avère que ce muscle était très explosif (fibres rapides indispensables our sprinteur). Ça c'est fait comme ça je n'ai pas choisi. En l'espace de trois ans à peine, Paul Magnier prend une quinzaine de kilos abandonnant son corps efflanqué pour une carrure athlétique. Finia la vague similitude avec les canons incarnés par Chris Froome, il a dé sormais la charpente d'un Tom Boonen sur la trace duquel le voit fenca- drement de son équipe. On le lui rappelle subrepticement, connaissant à la fois son peu de goût pour Thistoire de son sport et le jeu des comparaisons. Puisqu'est un gar çon bien élevé et qu'il ne veut pas jouer les bégueules, il commence par dire: « C'est sûr que c'est flatteur d'être comparé à quelqu'un qui a réussi une si grande carrière, surtout au sein de cette équipe (quadruple vainqueur de Paris-Roubaix et triple vainqueur du Tour des Flandres, Boonen a couru pendant quinze ans pour les différentes versions de la formation Quick-Step). Mais il finit par confesser: « Pour être honnéte. je n'avais jamais regardil une seule de ses courses avant qu'on ne me parle de lui, et je nien as jamais regar dé une seule depuis... Je veux bien prendre ça comme un compliment mais j'ai du mal avec les comparaisons. »
Refuser les comparaisons ne signifie pas rejeter les sources d'inspiration, et la première d'entre elles niest autre que Mathieu van der Poel: Jai merais lächer comme lui des petites bombes dans les monts pavis, a-t Il confié un jour à un magazine flam- and, et on l'invite à développer:
Mais qui n'aimerait pas être aussi fort que Mathieu (il le nomme por son prénom, qui n'aimerait pas avoir autant la classe? Je dois beaucoup progresser pour espérer lui ressem bler, mais c'est vrai que, ouais, j'ai meras être à Tavant d'une classique, ne pas subir les attaques dans les monts pavés, mais les provoquer moi-même. Jouer agressivement. faire la course, quol. C'est l'objectif
<<SOUVENT, ENTRE NOUS COUREURS, ON SE RETROUVE,
DEVANT NOS CHAMBRES
ÇA ME RAPPELLE UN PEU
L'INTERNAT, J'AIME BIEN... >>
PLAISIRS ADDICTIFS
On l'alerte sur le fait que muter vers un troisième profit, celui d'homme de classiques, peut se révéler gratifiant par la dynamique de course, mais frustrant en termes de victoires. Est-il prêt à se priver de ces plaisirs addictifs, de ces « shoots » émotionnels? Peut-on se passer de cette violente poussée d'adrenaline à un régime de 2000 watts quand on ya goûté une fois, cette jubilation sauvage à arracher la victoire pour l'épaisseur d'un boyau ?: « Trancher entre deux profils? Pourquoi? On voit maintenant Pogacar qui fait Paris-Roubaix et le Tour de France, c'est bien la preuve que fépoque n'est pas à la distinction des profils! A mes yeux, être un bon sprinteur et un bon classicman sont des éléments qui se marient bien, je veux me développer en ce sens. Et gagner moins de courses. pas forcément. Les classiques représentent une période assez courte, et une bonne partie de la saison peut être orientée vers le sprint. Je suis persua de que je trouverai autant de plaisir à gagner une grosse classique qu'une sene de sprints ! »
Devenir un spécialiste des classi ques, ça ne se décrète pas, ça se prépare, ça se travaille. Cela passe par la connaissance du terrain, qui se forge avec le temps mais qui peut santiciper en visionnant des ancien- nes vidéos, ce qui n'est décidément pas la tasse de thé de Paul Magnier: « Bof, je ne suis pas du genre à regarder les courses des années d'avant car les scénarios ne sont jamais les mémes et ne nous renseignent pas beaucoup. Des applications comme VeloViewer sont plus instructives. Dries (Van Geste), à inverse, va re- garder quarante fois la même séquence de course, et la justement, il adore se plonger dans les années passées. Je ne dis pas qu'il fait le boulot pour moi, mais comme on partage souvent la même chambre, il décortique et on échange... » Paul, dont les parents Sabine et Laurent soulignent hyperactivité quand il était enfant (« Il ne voulait jamais dormir », témoignaient-ils dans L'Équipe), niest de toute façon pas du style à rester enfermé dans sa chambre: « J'aime bien trainer à table, dis cuter avec les autres coureurs ou les membres du staff. Des gars comme Jasper Stuyven (en provenance de Lidl-Trek) ou Dylan van Baarle (ex-Visma) ont aussi beaucoup à m'ap porter. Ça ne sert à rien de cogiter tout seul dans son it, c'est là que l'on se met à stresser même si je ne suis pas du genre à être nerveux la velle d'un objectit. Souvent, entre nous, coureurs, on se retrouve devant nos chambres, ça me rappelle un peu l'internat, j'aime bien... »
Assis sur le siège passager de la voi ture qui le conduit à Nice, Paul Magnier nous annonce un tunnel, signe que la communication risque une nouvelle coupure, mais aussi que le ittoral méditerranéen est atteint et que la destination est proche. Cela fait près de quarante minutes que Ton est en ligne, en pointillé certes. mais sans aucun moment de lassitude, du moins de ce que nous percevons dans sa voix.
SANTÉ MENTALE
Puisse cette nouvelle génération garder sa fraicheur, et ne pas se laisser phagocyter par leurs communi cants qui sont en réalité des freins à la communication, dans un souci de surprotection qui ne sert pas au rayonnement du cyclisme. L'intérêt qu'il suscite n'est pas la préoccupa tion majeure de Paul Magnier qui a d'autres idées en téte, avec un pragmatisme qui lui fait dire les choses simplement: Il faut que mon moteur grossisse. A cet effet, on lui a assigné un nouvel entraîneur Frederik Broché, remplaçant Roman Vanstaen: « Pour jouer devant dans une classique, il faut être capable aujour d'hui de rouler à 50 a heure pendant quatre ou cing heures, ce n'est pas quelque chose de naturel, je dois "entrainer" ma résistance. Mon nouve coach a un peu plus d'expérien ce que le précédent, est calme, plus orienté sur un projet à long ter me. Le but n'est pas de gagner la première course de la saison et de voir après. L'antrainement est une chose, mais il y a aussi d'autres aspects, la nutrition, le mental.. Le mental et je dirais même "la santé mentale" Elle joue un grand role. Celui qui s'estime pointu au ni veau du matériel exagère certainement un peu-son côté ado-quand on lui demande s'il s'est déjà plongé dans des bouquins traitant de la physiologie du sport et des métho des d'entrainement, et qu'il nous répond aussi sec: J'ai jamais luun - vre, même à l'école, donc euh... Non, moi je préfére discuter. Parfois entre coureurs, mais plus on confronte nos methodes, plus on trouve des avis différents, même si la base reste la même dans tous les cas. »
Sil n'a jamais ressent le besoin de potasser un ouvrage pour trouver des clés dans sa manière de pro- gresser, il se qualifie d'élève consciencieux au contact de ses entraîneurs: « J'écoute ce qu'on me dit, et surtout, jaime comprendre précisé ment ce que je suis censé faire. Jai besoin de savoir ce qu'il y a derrière le thème de la séance, derrière un type d'exercices. Trop de coureurs partent de temps en temps à l'entraînement sans en connaitre le but précis, mais, pour bien répéter des exercices, il faut en cerner les effets recherchés, c'est la meilleure façon de les assimiler. L'intérêt aussi d'un bon échange, c'est que l'on peut affiner un programme selon les exer cices que l'on aime plus ou moins faire, et de garder ce côté plaisir sur le vélo.
<<J'ÉCOUTE CE QU'ON ME DIT,
ET SURTOUT, J'AIME COMPRENDRE...>>
BANNIÈRE ÉTOILÉE
L'arrière-plan sonore a changé, le ton est plus clair, et fon comprend que la voiture a coupé le moteur, ce que nous confirme Paul: Donnez moi deux minutes, je récupère les clés. On lui propose de mettre fin à la conversation, on lui dit que de tou- te façon on avait presque fini, mais il ajoute: Je vous reprends après Un petit rab de temps que fon veut mettre à profit pour lui poser une ul- time question en forme de boutade. Paul est né à Laredo, au Texas, où son père a occupé un poste d'ingé neur, et il y a vécu jusqu'à ses 4 ans avant que la famille ne revienne en France et s'installe dans la région de Grenoble. On entend qu'il marche, probablement vers un bâtiment an nexe, et on lui demande: Tu as bien la double nationalité?» «Euh, oui, pourquoi ? Tu pourrais porter un jour le maillot de la bannière étalée en course!» Sa réaction est imme diste: «Ça ne m'a jamais traversé Tesprit! Non, nous les Français, on a une très belle nation en cyclisme, et puis je vis en France, aime ce pays. En 2028, 2029 et 2030, les Cham- pionnats du monde se disputeront à Abu Dhabi, Copenhague et Bruxel les, Paul Magnier portera alors fier- ement le maillot bleu-blanc-rouge pour l'un des objectifs qu'il s'est fes dans sa carrière: farc-en-ciel aura peut-être alors une pensée émue pour le jeune grimpeur qu'il fut un jour. Il se dira que c'était hier, que c'était il y a une éternité.

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